‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 46 sur 112 · IL. HONTANO I · texte numérisé non relu

IL. HONTANO I

Les principaux centres d'endémie à notre époque sont la Picardie, le Poitou, le Languedoc, le Var. La suette s'y montre sous forme de cas isolés ordinairement bénins; mais, à certaines époques, sa virulence parait s'exalter, sa puissance de diffusion augmente, les cas deviennent plus nombreux et plus graves; ainsi prennent naissance les épidémies qui apparaissent souvent aussi, il faut le dire, dans des régions où la maladie était jusqu'alors inconnue, L'histoire de ces épidémies a été tracée de main de maître par Colin' el pai Doléris2. Elle a été reprise en détails dans les traités modernes de médecine par Thoinot3, et nous avons nous-même,avec ce dernier, relevé minutieusement dans les dossiers de l'Académie de médecine tout ce qui a trait aux épidémies de suette miliaire en France, depuis le commencement du xixe siècle4.

Nous ne reprendrons pas ces énumérations arides, d'autant plus que ces comptes rendus sont en général assez pauvres en documents sur les manifestations de la suette dans l'enfance, nous nous bornerons à signaler les épidémies ayant donné lieu à des mémoires où l'on trouve des faits pouvant servir à l'étude de la suette chez les enfants :

Épidémie de l'Oise, 1821, Rayer. — Epid. de l'arrond. de Coulommiers (Seine-et-Marne), 1859, Barthez, G. de Mussy, Landouzy. — Épid. de la Dordogne, 1841-1842, Parrot. — Épid. de Poitiers, 1845, Grisolle, Gaillard, Orillard. — Épid. de l'Aisne et de l'Oise, 1849, Foucart. — Épid. de rougeole et suette miliaire à Draguignan (Var), 1858, Bouyer. — Epid. de suette et rougeole en Scine-et-Oise, 1852, Lemazurier; 1861, Godard et Louis Pinard. Épid. de Rueil, 1862, rougeole et suette miliaire ayant sévi exclusivement sur les enfants, Chairou. — Épid. de l'Oise, 1865, Bordes. — Épid. de rougeole et suette miliaire à Upen, commune de Delettes (Pas-de-Calais), ISIii, Delpouve. — Épid. de la commune deïoulouges (Pyrénées-Orientales), 1871, Bocamy. — Enfin Épid. du Poitou 1887, qui a donné lieu, en dehors du rapport officiel du professeur Brouardel, aux travaux de Chèdevergne, Jablonski, Thiaudière, Litardière, réunis dans le Poitou médical de 188/. de Thoinot (Rev. de méd., 1889), de Parmentier (Rev. de méd., 1887) et à laquelle nous avons consacré notre thèse (Suette miliaire à forme rubéolique. Hontang, Th. de Paris, 1888).

Nature. Étiologie. — La cause première de la suette miliaire est encore inconnue. Les recherches bactériologiques entreprises dans de mauvaises conditions en 1887, au moment où l'épidémie touchait à sa fin, sont restées sans résultats positifs. Nous ne connaissons pas davantage les conditions qui président à l'éclosion et à la propagation de son germe spécifique. Dans les pays d'endémie elle règne en toute saison, mais les cas deviennent plus nombreux au printemps et au commencement de l'été ; c'est aussi à cette époque que se manifestent presque toujours les recrudescenses épidémiques. La suette sévit surtout dans les campagnes, dans les habitations mal tenues,

(') Colin. Art. Suette miliaire, in Dict. eiicycl.

(2) Dollris. Art. Suette miliaire, in Dict. de méd. et de chir. pratiques. . .

(*) Thoinot. Art. Suette miliaire, in Traité de méd. Charcot et Bouchard et in Traité de med.tu* thérap. de Brouardel, Gilbert et Girode.

(*) Thoinot et Eqjïtakg. Géographie médicale de la suette. Rev. d'hygiène, 1887, n' 11.

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humides, mal aérées; c'est là qu'elle fait le plus grand nombre de victimes au cours des épidémies; ruais, lorsqu'elle envahit les grands centres, elle n'épargne pas non plus les classes aisées. On a dit que le voisinage d'eaux stagnantes, les inondations, la nature marécageuse du sol favoriseraient l'éclosion de son poison, et c'est en se basant sur ces observations que le prolesseur Jaccoud a pu soutenir son origine tellurique qui le rapprocherait de la malaria. Mais combien nombreuses sont les régions visitées par la suette où la fièvre intermittente est inconnue, et que de foyers de malaria où l'on n'a jamais rencontré la suette. D'ailleurs les caractères cliniques des deux maladies, l'inefficacité du traitement quinique dans la suette suffiraient à séparer ces deux infections l'une de l'autre.

La rapidité avec laquelle la suette s'étend et se propage en temps d'épidémie, frappant dans un village un grand nombre d'individus en quelques heures sans qu'il y ait eu de rapports entre eux, comme le fait la grippe par exemple, semble donner raison aux auteurs qui ont attribué le plus d'importance aux conditions atmosphériques dans la genèse de la maladie et plaiderait en faveur du transport par l'air du germe morbide ; mais il semble que la contagion doive jouer aussi un rôle dans sa diffusion. S'il est vrai que des individus sains ont pu cohabiter avec des malades sans être contaminés, que des nourrices ont pu, étant atteintes par la suette, continuer d'allaiter leurs enfants sans que ces derniers parussent s'en ressentir, si les tentatives d'inoculation répétées par divers médecins sur eux-mêmes sont restées sans résultat ou n'ont donné lieu qu'à des éruptions locales (cas de Parrot) ; d'autres faits non moins probants peuvent être invoqués en faveur de la contagion.

11 n'est pas rare au cours des épidémies de trouver des nourrissons atteints de suette rubéolique alors que la mère est atteinte de suette régulière; on voit un enfant fréquentant l'école où il contracte la suette, l'apporter dans la maison où apparaissent secondairement des cas de suette franche ou rubéolique chez ses frères et chez ses parents. Le transport à distance par un malade venant d'un foyer épidémique et se rendant dans un village jusqu'alors indemne où il devient un centre d'infection, a été constaté nombre de fuis en 1887 et dans d'autres épidémies. Ici d'ailleurs comme pour toutes les maladies contagieuses, il faut tenir compte de l'état de réceptivité ; il faut aussi savoir que l'incubation de la suette a une durée variable parfois très courte, ce qui permet d'expliquer par la contagion des cas apparaissant très rapidement les uns après les autres dans une maison où la suette a été importée.

La suette miliaire peut atteindre les enfants de tout âge ; ils y sont cependant d'autant moins disposés qu'ils sont plus jeunes, tout au moins pour les formes classiques.

Parrot dit ne l'avoir pas rencontrée au-dessous de 11 ans; d'après Grisolle et Orillard, les entants furent respectés dans l'épidémie de Poitiers de 1845. Foucart a rapporté à titre d'exception quelques observations de suette chez des enfants à la mamelle. Mais lorsqu'on lit les relations d'épidémies de suette on est happé de ce fait, qu'elles ont été le plus souvent précédées, accompagnées et suivies d'épidémies de fièvres éruptives, scarlatine et surtout

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rougeole qui sévissaient de préférence sur les enfants. Ces fièvres éruptives sont toujours signalées comme anormales par l'atténuation de leurs symptômes propres, par l'adjonction de symptômes appartenant à la suette (sueurs éruptions miliaires) et parlois par une terminaison l'atale survenant brusquement au milieu des accidents graves qui amènent la mort dans la suette. La dernière épidémie du Poitou a été léconde en cas de ce genre, qui ont été considérés par la Commission d'étude comme une forme spéciale de la suette qui frappe surtout les enfants, mais n'épargne pas non plus les adultes. Cette manière de voir n'a d'ailleurs fait que préciser ce qu'avaient déjà dit Grisolle et Orillard, lorsqu'ils considéraient les rougeoles et scarlatines qui marquèrent le début de l'épidémie de 1845 comme des suettes méconnues. Elle jette de plus la lumière sur ces prétendues épidémies complexes de rougeole chez les enfants, de suette chez les adultes, évoluant dans les mêmes milieux, souvent dans les mêmes familles et dont on ne saisissait pas le lien; elle explique enfin ces prétendues récidives de la rougeole qui atteindrait 5 ou 4 ans de suite, souvent la même année, de nombreux enfants dans les pays d'endémie suettique, ce qui est contraire à tout ce que l'on connaît de la rougeole, et n'a rien de surprenant pour une manifestation de la suette qui, on le sait, est fréquemment sujette à récidive.

Anatomie pathologique. — L'étude des lésions anatomiques de la suette est entièrement à faire. Les épidémies sont survenues jusqu'à présent dans des circonstances peu favorables à la pratique des autopsies et les documents que nous possédons datent de loin et manquent de précision. Tous les auteurs ont signalé la rapidité avec laquelle se décomposent les cadavres; les signes de la putréfaction apparaissent dans les premières heures qui suivent la mort. Reyer considéra la suette comme une gastro-entérite et décrivit la congestion de la inuqiueuse intestinale. Bourgeois signala la tuméfaction des plaques de Peyer avec une éruption vésiculeuse de la surface de l'intestin grêle et du gros intestin constituant une sorte d'énanthème. Le toie a été trouvé volumineux, la rate hypertrophiée et ramollie, les poumons congestionnés; niais on n'a rien trouvé du côté du cœur ni du côté du système nerveux pouvant expliquer les étouffements, les palpitations et les accidents nerveux observée au cours de la maladie. Parrot a seulement rencontré une forte congestion des méninges qu'il considère comme constante.

L'examen du sang a été fait par Parmentier, en 1887. Pendant la maladie il a constaté une diminution du nombre des globules rouges sans altération globulaire, ce qui est une modification commune dans les pyrexies. Il na rencontré le type phlegmasique (2e variété de Hayem), c'est-à-dire réticulum fibrineux à grosses fibrilles, que lorsqu'il y avait des complications inflammatoires et principalement dans la forme rubéolique. Pendant la convalescence, le sang présente les altérations d'une anémie de moyenne intensité avec une légère diminution de l'hémoglobine.

Symptômes. — La durée de l'incubation n'a pas été déterminée aune façon précise. Parlois elle ne dépasse pas 24 heures, mais elle peut seproonger 2 ou 5 jours et même davaniage. Lne fois déclarée, la maladie évolue en trois périodes : invasion, éruption, desquamation.

Invasion. — Le début peut être marqué par des prodromes qui se manifestent, chez les enfants déjà capables d'en rendre compte, par un malaise général, lassitude, douleurs dans les membres et par des symptômes d'embarras gastrique, inappétence, nausées, vomissements, phénomènes qui peuvent durer deux ou trois jours. Mais dans la majorité des cas, soit que ces prodromes passent inaperçus, soit qu'ils manquent réellement, la maladie éclate brusquement, presque toujours au milieu de la nuit. L'enfant qu'on avait couché avec toutes les apparences de la santé s'éveille le corps inondé de sueurs, anxieux, agité, la respiration courte et rapide; le cœur animé de battements tumultueux soulève l'épigastre et ces symptômes pénibles qui provoquent un état d'angoisse des plus intenses persistent une partie de la nuit avec des alternatives de plus et de moins constituant le premier paroxysme de cette maladie dont un des principaux caractères est d'évoluer par accès dans l'intervalle desquels renaît un calme relatif. Vers le jour tous ces accidents s'atténuent, cependant les sueurs persistent, toujours abondantes mais ne devenant prof uses que pendant la nuit où elles traversent les linges et la literie ; elles n'ont pas l'odeur fétide caractéristique qu'on a voulu leur attribuer. La fièvre reste d'intensité modérée, la température ne dépasse pas 58"5 à 59 degrés, le pouls plein, vibrant, ne prend d'accélération vraie (140 et plus) qu'au moment des paroxysmes. La face est rouge, vultueuse, les conjonctives injectées, il y a des épistaxis. L'état gastrique s'accentue, langue saburrale, inappétence, soif modérée qui ne paraît pas en rapport avec l'abondance des transpirations. La constipation est de règle, le ventre reste souple sans ballonnement. L'urine rare, foncée, laisse déposer un sédiment abondant, mais ne contient pas d'albumine. Dans cette forme, les malades ne toussent pas, et l'auscultation ne révèle rien d'anormal du côté des voies respiratoires ni du côté du cœur. Dans la journée les malades sont abattus, somnolents, mais sans stupeur proprement dite; vers le soir, la température s'élève, les sueurs augmentent d'abondance et les accidents paroxystiques reparaissent avec l'angoisse respiratoire, les palpitations et des secousses dans les membres, il peut y avoir du subdélire. Ces symptômes augmentent et s'accentuent jusqu'à l'apparition de l'éruption qui se montre vers le 5° ou le 4e jour.

Éruption. — Elle débute aussi généralement la nuit, s'accompagnant d'une reprise plus accentuée de tous les phénomènes généraux, fièvre, sueurs et symptômes nerveux. Souvent annoncée par une sensation désagréable de prurit qui augmente le malaise et l'agitation, elle commence par le tronc, le dos, les fesses, le cou, le thorax, puis gagne les membres, d'abord les supérieurs, ensuite les inférieurs, se localisant surtout au niveau des plis articulaires, pli du coude, poignet, jarret, face dorsale des mains et des pieds. La face, qui est restée indemne dans certaines épidémies, n'est cependant pas toujours respectée par l'éruption qui y siège de préférence sur les joues et le dos du nez; le front est plus rarement envahi.

La caractéristique de cette éruption est la miliaire, mais il s'y joint un élément exanthématique qui semble lui servir de substratum. Cet exanthème essentiellement polymorphe varie d'aspect suivant les sujets et suivant les

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différentes parties du corps d'un même sujet, il est morbilliforme ou scarlatiniforme, plus rarement il prend çà et là le caractère hémorragique. Ces aspects ne sont d'ailleurs souvent que les différents stades d'une même éruption qui, commençant par taches isolées, s'étale ensuite et se diffuse pour former de larges plaques scarlatiniformes. Sur ce fond rouge appareil la miliaire constituée par une série de petites saillies vésiculeuses remplies d'un liquide transparent. Tantôt infiniment petites, elles forment à la surface de la peau un fin semis moins appréciable à la vue qu'au toucher auquel elles donnent une sensation de granit; ailleurs plus volumineuses, elles peuvent se réunir pour former de petites bulles de la grosseur d'un grain de chènevis {miliaire huileuse). L'éruption miliaire siège sur les plaques d'exanthème et dans leur intervalle sur les surfaces de peau restées blanches, constituant ainsi deux variétés, la miliaire rouge et la miliaire blanche, dans ce dernier cas les grains les plus volumineux s'entourent souvent à leur base d'une auréole rouge.

Dès l'apparition de l'éruption il se fait une détente des phénomènes généraux, la température s'abaisse, les sueurs diminuent d'abondance, mais il est rare que l'éruption se complète en une seule venue. Le plus souvent elle se fait par poussées successives revenant presque toujours le soir ou dans la nuit et s'accompagnant de tout le cortège des accidents paroxystiques. Xn bout de '•> ou 4 jours au maximum l'éruption est devenue complète et commence à décroître sur les parties les premières atteintes. La rougeur de l'exanthème s'atténue peu à peu laissant une coloration brune des téguments, les vésicules deviennent troubles et se flétrissent, si bien que vers le 6e ou le 8e jour de la maladie la période éruptive peut être considérée comme terminée.

Desquamation. — Elle empiète sur la période précédente quand l'éruption se fait par poussées successives. L'évolution des vésicules dure eu moyenne 5 à 4 jours ; elles se dessèchent et l'épiderme s'exfolie à leur surface laissant une petite collerette soulevée. Cette tonne de desquamation, qui est la plus précoce, apparaît souvent sur des surfaces où l'exanthème commence à peine à pâlir tandis que dans d'autres régions l'éruption bat son plein. Là où la miliaire a été confluente, toutes les vésicules s'exfoliant <n même temps fournissent une desquamation furfuracée abondante ; enfin là où l'exanthème a été scarla tiniforme, la desquamation se fait en larges lambeaux. Vers le 12e jour de la maladie la surface cutanée est en pleine desquamation et l'on retrouve çà et là les divers types que nous avons signalés, en collerette sur les membres et à la face, lurfuracée sur le tronc, en lambeaia aux mains et aux pieds qui desquament souvent en doigt de gant comme dans la scarlatine. La langue perd elle-même quelquefois r.on épithéhiun et devient rouge, luisante, sensible, hérissée de saillies papillaires. Cette desquamation se fait lentement, dure longtemps, suivant dans sa progression les diverses étapes des poussées éruptives. ....

La terminaison de l'éruption a marqué la fin des symptômes généraux, la fièvre a cessé et avec elle les sueurs, le sommeil redevient calme, api)C ' renaît, les fonctions intestinales se rétablissent peu à peu, cependant la con

stipation persiste encore quelque temps; l'urine devient abondante, souvent même on assiste à une véritable crise polyurique (Parmentier), et le malade entre progressivement en convalescence. Cette convalescence que tous les auteurs ont signalée longue et pénible chez l'adulte, est d'ordinaire beaucoup plus courte chez les enfants, mais dans les lormesun peu intenses on observe aussi chez eux de la dépression des forces, des douleurs dans les membres et une atonie générale qui se prolongent pendant plusieurs semaines. Elle peut être interrompue par des rechutes, la maladie recommence alors son évolution, mais elle est d'ordinaire plus courte et moins sévère que lors de la première atteinte.

Formes. — La maladie que nous venons de décrire est la suette franche à peu près telle qu'on l'observe chez l'adulte. Elle peut frapper les enfants de tout âge, mais c'est surtout à partir de 10 ans qu'on la rencontre. Elle est sujette à des variétés de forme qui en modifient l'allure soit en augmentant, soit en diminuant sa gravité.

Forme maligne. — Cette forme est caractérisée par l'hyperthermie, des sueurs profuses et des phénomènes de suffocation qui peuvent entraîner la mort le premier ou le second jour de la maladie. D'autres fois c'est au moment de l'éruption d'une suette ayant débuté normalement qu'on voit brusquement apparaître les symptômes inquiétants : état comateux, délire avec hallucinations, constriction épigastrique, étouffements et la mort survient comme précédemment.

Forme bénigne. — Ici c'est au contraire l'atténuation de tous les symptômes que l'on observe, la fièvre reste modérée, les symptômes nerveux sont presque nuls, les enfants ont une éruption accompagnée de peu de sueurs et à laquelle on prend à peine garde dans les pays d'endémie, c'est à peine si on les alite 2 ou 5 jours, souvent même ils continuent à sortir, à fréquenter l'école (forme ambulatoire). On a décrit encore comme formes particulières de la suette, dans certaines épidémies, la suette sans miliaire, et la miliaire sans sueurs, mais ces formes n'ont pas été nettement déterminées.

Forme rubéolique. — Bien qu'elle ne soit pas absolument spéciale à l'enfance, la forme rubéolique doit cependant être considérée comme la véritable forme infantile de la suette et, dans certaines épidémies (celle de 1887 notamment), elle semble représenter à peu près la seule manière d'être de la maladie chez les enfants. Caractérisée à son début par de la fièvre et des symptômes de catarrhe des muqueuses, elle simule à s'y méprendre pendant 1 ou 2 jours l'invasion de la rougeole; c'est le même coryza avec écoulement séreux par les narines, éternuements, épistaxis, le gonflement des yeux avec rougeur des conjonctives et larmoiement, le catarrhe laryngo-bronchique avec la toux férine, souvent la rougeur du voile du palais et de l'arrièregorge. iMais, dès celte période, on remarque la tendance à la transpiration, la peau reste moite au milieu de la fièvre, et la nuit peuvent survenir des poussées sudorales abondantes accompagnées d'une ébauche de symptômes nerveux, irrégularités et battements de cœur, oppression, sensation de constriction à la base du thorax, mais ces derniers phénomènes restent toujours ici

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peu marqués. Au bout de 5 jours au maximum, mais d'ordinaire beaucoup plus tôt, au bout de 24 à 48 heures, apparaît une éruption morbilliform. Elle débute à la face, puis gagne le tronc et les membres. Ce sont d'abord des papules rouges isolées qui se réunissent bientôt pour former des plaques plus larges mais laissant toujours entre elles des intervalles de peau saine; elles couvrent alors les joues où elles forment deux placards réunis en fera cheval par une bande rouge passant sur le dos du nez. Sur les membres l'éruption prédomine vers les extrémités, entourant le poignet d'une sorte de bracelet, mais restant toujours essentiellement morbillilorme.

Dès le lendemain l'apparence change, la miliaire a paru d'ordinaire dans la nuit et couvre l'exanthème comme d'une rosée. Les surfaces rouées deviennent alors tomenteuses, grenues, boursouflées; la rougeur se diffuse en même temps et prend çà et là, au tronc principalement, l'aspect scailatineux. L'éruption est devenue nettement polymorphe, et pour en donner une idée il faudrait autant de descriptions qu'il y a de malades. Ici elle réalise l'aspect d'une rougeole boutonneuse dont chaque bouton porterait un grain de miliaire, là c'est une éruption franchement morbilleuse avec peu de miliaire, ailleurs il semble que l'on soit en présence d'une scarlatine compliquée de miliaire. La durée de cette éruption est de 4 à 5 jours, puis l'exanthème pâlit et disparait, mais la miliaire dure davantage d'autant plus qu'elle se fail le plus souvent en poussées successives dont les dernières apparaissent même après la disparition complète de toute rougeur. La desquamation, toujours abondante dans cette forme, coïncide avec ces dernières poussées de miliaire et se lait d'après les différents modes que nous avons signalés.

La forme rubéolique, qui est en général bénigne, n'est cependant pas toujours exempte de symptômes de gravité. Ceux-ci apparaissent pendant la période d'invasion ou clans les premiers jours de l'éruption amenant la mort au milieu d'accidents qui sont les mêmes que dans la suette franche (hyperthermie, délire, suffocation) et cette terminaison brusquement mortelle survenant au cours d'une maladie d'apparence bénigne qui revêtait à son début l'aspect d'une rougeole des plus simples est un des principaux arguments que l'on puisse mettre en avant pour rattacher ces pseudo-rougeoles à la suette.

D'après ce que nous avons vu nous serions tenté de considérer la forme rubéolique comme une forme atténuée de la suette, et cette opinion semble conlirmée par son étude épidémiologique. Lorsqu'une épidémie va éclater dans une région, ce sont en général des suettes rubéoliques ne paraissant pas comporter grande gravité qui ouvrent la scène, puis surviennent des suettes franches et graves et les deux tonnes marchent de pair. A la lin des épidémies, lorsque la virulence du contage semble s'éteindre, c'est encore de la forme rubéolique que se réclament les derniers cas; c'est encore cette forme qui prédomine à la périphérie des foyers contaminés. Enfin nous avons pu nous convaincre que, dans beaucoup de pays d'endémie où la suette reste peu mortelle, la forme rubéolique est sa plus fréquente manne* tation.

Marche. — Il résulte de ce que nous avons dit que l'évolution de la

suette se fait en périodes qui empiètent souvent l'une sur l'autre. A la période d'invasion et au début de l'éruption appartiennent les symptômes de gravité, et c'est à ce moment que survient la mort dans les formes malignes. Dès que l'éruption est établie, les chances de guérison deviennent bien plus grandes, la suette est une maladie qui tue dans ses premiers jours, souvent dans ses premières heures. Lorsqu'elle se termine par la guérison, sa durée se trouve augmentée par la convalescence toujours longue et qui peut se prolonger pendant 6 semaines. Les rechutes sont assez fréquentes, les récidives le sont encore davantage et surviennent soit pendant une même épidémie, soit à une ou plusieurs années de distance.

Les prétendues rougeoles qui récidivent tous les ans chez les enfants dans les pays d'endémie suettique ne sont que des récidives de suette rubéolique.

Pronostic. — Moins grave pour la suette endémique que pour la suette épidémique, il varie encore suivant les épidémies. La suette est ordinairement moins grave chez l'enfant que chez l'adulte et la forme rubéolique comporte aussi moins de gravité que la forme franche.

Diagnostic. — Le diagnostic s'impose lorsque la triade symptomatique, sueurs, éruption miliaire, accidents nerveux paroxystiques, se trouve réalisée. Il est plus délicat à la période d'invasion, mais l'apparition des sueurs, d'étouffements et de battements irréguliers du cœur, survenant la nuit avec de la fièvre, mettront sur la voie, surtout dans les pays où règne la suette.

Le seul diagnostic difficile est celui de la forme rubéolique avec la rougeole; les éléments sur lesquels on devra s'appuyer sont les suivants : Dans la rougeole les symptômes d'invasion durent 4 à 5 jours, dans la suette rubéolique ils ne durent souvent que 24 heures et ne dépassent jamais 3 jours; les symptômes de catarrhe restent ici peu marqués, et ils sont accompagnés de symptômes étrangers à la rougeole, sueurs souvent abondantes, parfois suflocation, battements de cœur, sensation de barre à l'épigastre. L'éruption polymorphe de la suette rubéolique participe de la rougeole et de la scarlatine, mais elle a de plus un élément constant et souvent dominant, la miliaire. La desquamation, insignifiante dans la rougeole, acquiert ici une grande importance par son abondance et par sa durée. Enfin les complications broncho-pulmonaires de la rougeole font défaut dans la suette rubéolique où l'on rencontre au contraire des complications qui relèvent du système nerveux.

Les éruptions miliaires compliquant la rougeole et la scarlatine se distingueront de la suette en ce qu'elles ne représentent qu'un épiphénomène venant se greffer sur une de ces fièvres éruptives qui conserve tous ses symptômes propres non modifiés et son évolution normale.

11 en est de même pour les exanthèmes sudoruux survenant au cours d'une maladie aiguë, fièvre typhoïde, pneumonie, etc.

Traitement. — H doit être purement symptomatique. On évitera d'exagérer les transpirations en surchargeant les malades de couvertures comme on le fait encore dans les campagnes. On cherchera à modérer la fièvre par le

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sulfate de quinine et, en cas d'hyperthermie, on aura recours aux lotions froides. La constipation sera combattue par des lavements et des pure», tifs légers.

Pendant la convalescence l'alimentation sera surveillée, car on l'a accusée de provoquer les rechutes. Plus tard, on administrera des toniques pour combattre l'anémie et la dépression des forces.

Le traitement prophylactique doit surtout consister dans les pratiques de désinfection des locaux occupés par les malades et des objets ayant été en contact avec eux.

PAR P. DUFLOCQ Médecin des hôpitaux de Paris.

Cet article est exclusivement limité aux particularités que présente le choléra asiatique chez les enfants.

Nous renvoyons aux traités et monographies du choléra pour tout ce qui a trait aux généralités, nous serons bref sur les caractères communs aux adultes et aux enfants.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La vue du petit cadavre de l'enfant mort du choléra rappelle singulièrement l'aspect de l'enfant atteint du choléra algide : pâle de cette blancheur cendrée si particulière où les quelques traces de cyanose ont en grande partie disparu; les traits tirés, le nez pincé, les yeux ex caves, le ventre ■reusé en bateau, les membres encore repliés, tout le petit corps offrant un aspect émacié, misérable : rien ne distingue le mort du malade que la •igidité cadavérique ici précoce.

C'est le tube digestif qui présente, comme chez l'adulte, les lésions :aractéristiques. Il suffit de signaler comme caractères communs l'état poisseux du péritoine, les sugillations sanguines de l'intestin, les plaques horensia allant jusqu'à l'ecchymose, toutes lésions plus accentuées dans le derîier mètre de l'intestin grêle.

A l'ouverture de l'intestin on trouve également la psorentérie caractérisée rar de petites saillies faisant relief à l'œil et au toucher, formées par les bllicules clos hypérémiés. Les plaques de Peyer sont congestionnées et tuméiées; la muqueuse est tantôt pâle comme lavée surtout quand la mort a eu ieu à la période algide; si elle s'est produite à la période de réaction, la iiuqueuse est d'un rouge plus ou moins vif; quelquefois on trouve des îlcérations disséminées.

L'intestin contient un liquide d'abondance et d'aspect variables. Tantôt nuqueux, filant, d'un gris blanchâtre, de couleur opaline, tenant en sus- )ension des grains plus ou moins volumineux, il offre l'aspect riziforme aractéristique ; dans d'autres cas le liquide peut être coloré soit par la bile, |uand le foie a repris ses fonctions comme à la période de réaction, soit par lu sang.

Les lésions histologiques ne diffèrent pas de celles décrites chez l'adulte, .a desquamation épithéliale en est le caractère principal et elle s'accompagne l'une infiltration du derme muqueux par des cellules embryonnaires.

[P. DUFLOCQ ]

Eiscnschitz de Vienne signale — surtout chez les enfants en basàrçla présence de saillies blanchâtres, lenticulaires, formées par les glandes distendues à la face interne de l'estomac.

La rate est petite, d'aspect chagriné, et contraste avec le loie souvent volumineux et congestionné. Le foie, à la coupe, donne un écoulement de sang assez abondant, surtout si la mort a eu lieu à la période de réaction Il présente histologiquement les lésions décrites par Siredey dans le foie cholérique, mélange de dilatation vasculaire et de dégénérescence cellulaire (Tuméfaction transparente de Hanot).

Les ganglions mésentériques peuvent être notablement tuméfiés ; je les ai vus présenter le volume dune petite amande.

Les reins sont altérés surtout dans la substance corticale où les <domérules congestionnés donnent un piqueté visible à l'œil nu dans certains cas. Les glomérules et les tubuli contorti sont particulièrement atteints; ces lésions de néphrite infectieuse ne diffèrent pas de celles de l'adulte et relèvent dans les deux cas de la stase à laquelle il faut ajouter l'influence des toxines microbiennes, car il est admis que, d'une façon générale, le bacille virgule reste cantonné dans l'intestin ; cependant il faut faire une réserve pour les autres germes qui pullulent dans l'intestin et qui, à la faveur des lésions cholériques, peuvent pénétrer dans l'organisme; ces infections secondaires doivent jouer un certain rôle dans les phénomènes qui caractérisent la période de réaction ; il serait utile d'étudier ces actions complexes OÙ le coli commune tient peut-être le premier plan.

De Recowski examine après la mort des organes divers et il trouve lis germes les plus variés; c'est à la faveur des lésions intestinales et par les voies lymphatiques que ces microbes se disséminent dans l'organisme. Une partie des symptômes, dit-il, dépend de cet envahissement qui explique aussi les séquelles de la maladie : cirrhose, néphrite, athérome.

Parmi les lésions bien spéciales à l'enfance, on doit citer celles qui accompagnent la réaction dite pseudo-méningitique. A l'ouverture du crâne, les méninges apparaissent congestionnées, les veines sont distendues el des arborisations vasculaires se dessinent sous la dure-mère. Le liquide céphalorachidien est plus abondant, la pie-mère adhère par place aux circonvolutions. Cet état où la congestion domine contraste avec la pâleur des méninges et du cerveau que l'on retrouve dans les cas de choléra algide.

Parmi les lésions contingentes et dépendantes des complications, il bmt signaler avec les bronchites et broncho-pneumonies les infarctus pulmonaires qui paraissent plus lréquents chez les enfants.

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