SYPHILIS INFANTILE ACQUISE
Sources de cette syphilis. — Un enfant né sain peut-il recevoir la syphilis de sa mère contaminée avant la grossesse? — Peut-il être nourri sans danger par sa mère? — Loi de Profeta. — Évolution de cette syphilis. — Pronostic. — Difficulté du diagnostic différentiel entre la syphilis acquise et la syphilis héréditaire. — Importance médico-légale : question des nourrices ; question d'attentats vénériens.
La syphilis acquise dès l'enfance est identique à celle de l'adulte: l°par l'apparition du chancre au lieu où s'est exercée la contagion ; 2° par la présence du bubon symptomatique ; 5° par la succession des accidents. Elle en diffère parce qu'elle produit souvent à un âge plus avancé des accidents analogues à ceux qui résultent de la syphilis héréditaire. M. le professeur Fournier et avec lui la majorité des syphiligraphes admettent : 1° Que jamais la syphilis infantile acquise ne dérive de la contagion au passage, c'est-à-dire : que l'enfant, au moment où il vient au monde, ne peut contracter la syphilis par contact avec un accident contagieux siégeant dans les parties maternelles avec lesquelles il est en rapport à ce moment. 2" Que la syphilis acquise ne peut être communiquée à l'enfant par sa mère atteinte d'une syphilis antérieure à l'accouchement. Le professeur Profeta a formulé ceci sous forme de loi : Un enfant sain né d'une femme syphilitique ne peut pas être infecté par V allaitement ou par les baisers de sa mère; il ne perd cette immunité que lorsque son organisme a été complètement renouvelé par la croissance.
Dans l'un et l'autre cas, cette absence de contagion, cette immunité serait due à ce que l'enfant a déjà reçu la syphilis de sa mère in utero, qu'il est déjà syphilitique d'une façon patente ou latente, qu'il est en puissance de syphilis (A. Fournier). Nous n'avons pas ici à soulever de discussion, voulant simplifier le plus possible, mais tous les syphiligraphes ne sont point d'accord sur ces deux points, quelques-uns donnant à l'appui de la contagion des observations probantes. Il faudrait, je crois, distinguer deux possibilités de contamination : 1° Ou bien la mère a un chancre; 2" ou bien elle présente des accidents secondaires contagieux. (Je laisse de côté les accidents tertiaires, que l'on admet comme non contagieux.)
Dans le second cas on peut admettre à la rigueur que l'enfant est immunisé, puisque la syphilis maternelle a déjà eu le temps de se généraliser. Mais, dans le premier cas, l'enfant n'est nullement immunisé, la syphilis de la mère est à son début. On explique l'absence de contagion au passage, la mère ayant un chancre, par : l'absence de porte d'entrée chez l'enfant, la protection due à l'enduit sébacé et aux eaux de l'amnios. Tout se borne donc, dans cette discussion, à savoir si l'enfant né dans ces conditions est oui ou non syphilitique, et par conséquent à une question d'hérédité maternelle étudiée plus loin. Au point de vue pratique la question à agiter est la suivante : l'enfant peut-il être nourri par sa mère? Je crois qu'on peut trancher la question par la négative, pour les raisons suivantes et en dehors de toute espèce de questions de doctrine et de contagion directe
par les baisers ou l'allaitement. L'allaitement par la mère devra être défendu parce qu'étant malade, étant sous le coup d'une infection générale, son lait ne peut être dans les conditions d'un lait normal. Mais d'autre part l'enfant étant suspect de syphilis ne pourra être allaité par une nourrice, qu'il pourrait contaminer. Que reste-t-il ? L'allaitement artificiel qui, bien dirigé, est la meilleure des conclusions en l'absence de preuves certaines pour ou contre la contagion de la mère à l'enfant.
Les sources, les origines de la syphilis acquise, chez l'enfant, sont les unes spéciales à l'entant, les autres communes à l'enfant et à l'adulte (A Fournier).
Contagions spéciales S *' Allaitement.
( 2° Elevage.
Contagions communes \ f Attentats vénériens.
( 4° Contagions médicales.
1° Contagion par l'allaitement. — Cette syphilis est transmise soit :
a. Par une nourrice préalablement syphilitique qui en donnant le sein donne un chancre parce qu'elle a un chancre ou une plaque muqueuse du sein.
b. Par une nourrice qui prend la syphilis d'un nourrisson et la transmet à un autre. Cette nourrice peut donner un chancre parce qu'elle a un accident contagieux; mais dans quelques cas elle le donne de la façon suivante. Elle allaite accidentellement un nourrisson étranger porteur d'accidents contagieux, elle donne aussitôt après le sein à un nourrisson sain : celui-ci peut se contaminer à l'aide de la salive infectée laissée par le nourrisson précédent. Cette promiscuité du sein explique l'apparition simultanée d'un accident primitif à la fois chez la nourrice et chez l'enfant. Tous deux ont pris la contagion à la même source et en même temps. Cette constatation a une grande importance au point de vue médico-légal.
2° Contagion par l'élevage. — Ce mode de contagion vient ou des pratiques de l'élevage : biberon, petit-pot, cuillère, objets de toilette; ou des relations de famille et d'enfant à enfant (surtout par l'intermédiaire des jouets). Le baiser dans les deux cas est la cause la plus fréquente de la syphilis infantile. Toute personne faisant partie de la famille ou étrangère portant des plaques muqueuses ou un chancre des lèvres peut contaminer l'enfant en l'embrassant. L'amorçage du biberon, la dégustation de l'aliment avant de le donner à l'enfant avec la même cuillère, le lit commun, sont souvent incriminés comme sources de contagion.
5° Contagion par attentats criminels. — Cette contagion est quelquefois le résultat d'une aberration monstrueuse signalée par Parent-Duchatelet qui consiste dans ce préjugé populaire qu' « un sûr moyen de se débarrasser delà vérole est de la transmettre à un sujet vierge ». (Fournier.) Le plus souvent il s'agit de contagion par viols, attentats vénériens de tous genres, attouchements pratiqués sur des enfants de l'un et l'autre sexe, aux parties génitales ou en d'autres points du corps.
4° Contagions médicales. — En première ligne il faut signaler la syphilis vaccinale, puis la pratique rituelle de la circoncision avec succion directe consécutive. On a signalé la contagion médiate par instruments :
[F. GASTOV1
1p cathétérisme de la trompe d'Eustache en particulier; les manœuvres pratiquées sur le cordon pour arrêter l'hémorragie, le façonnement des bouts de sein pour l'allaitement, etc.
La syphilis vaccinale a fait de nombreuses victimes alors que la vaccination se faisait directement de bras à bras, d'où le précepte de ne jamais prendre de vaccinifère ayant moins de 4 mois et sans s'être livré préalablement à une enquête minutieuse sur la famille. Dans les épidémies, l'accident initial de la syphilis vaccinale se développait ou bien dans les délais légaux de l'incubation du chancre, c'est-à-dire de 50 à 40 jours après la vaccination, alors que la cicatrice vaccinale était déjà faite, ou bien le bouton vaccinal ne guérissait pas et il persistait une lésion ulcéreuse depuis le moment de la vaccination jusqu'à l'apparition du chancre. On voyait quelquefois plusieurs chancres se développer simultanément.
Siège du chancre. — La porte d'entrée de la syphilis infantile acquise est, dans la grande majorité des cas, extra-génitale. On rencontre le chancre, le plus souvent : dans la bouche, sur les lèvres (allaitement) ; sur la face, au cou (baisers); au périnée, à l'abdomen (soins de toilette); rarement aux organes génitaux (attentats vénériens). Il a le même caractère que chez l'adulte, avec cette dillérence que, bien plus souvent que chez ce dernier, il simule n'importe quelle lésion. Il s'accompagne d'adénopathie, de bubon symptomatique, qui est très souvent beaucoup moins marqué que chez, l'adulte.
Evolution de cette syphilis acquise. — Les accidents sont identiques à ceux de la syphilis des adultes, elle est d'autant plus grave qu'elle est contractée plus près de la naissance. Elle est quelquefois mortelle à brève échéance en tuant l'enfant par athrepsie lente, aiguë ou galopante. La mort se produit de deux façons : par l'intensité de l'infection qui entraîne une véritable cachexie syphilitique maligne sans symptômes apparents; par l'intensité et la confluence des lésions, surtout buccales et péri-buccales qui entraînent chez le nourrisson l'impossibilité de s'alimenter. Dans cetlo dernière alternative, l'enfant ne peut plus téter, il vomit, a une diarrhée incoercible, s'étiole, maigrit, tombe dans l'asthénie la plus complète et meurt (A. Fournier). D'autrefois, sans être mortelle, cette syphilis acquise est grave, surtout parce qu'elle est méconnue : soit que les accidents en sont légers et simulent n'irhporte quels accidents infantiles, soit qu'elle est prise pour de la scrofulo-tubcrculose. Enfin, une particularité des plus importantes à connaître au point de vue du diagnostic est que cette syphilis, lorsqu'elle est contractée dans les premiers jours de la vie, donne lieu à des malformations, à des dystrophies, à des arrêts de développement, qui sont de tous points identiques à ceux que produit la syphilis héréditaire.