L.V I-’IKVUE typhoïde
constante ni aussi caractéristique dans le jeune âge. Elle peut faire défaut et laisser la place a une constipation opiniâtre.
Les phénomènes abdominaux sont très atténués 5 peu ou pas de ballonnement, peu ou pas de douleur iliaque à la pression, pas de gargouillement ; les taches rosées manquent assez souvent et, quand elles existent, leur nombre est très restreint, leur durée éphémère.
Les épistaxis sont d’autant plus rares que l’enfant est plus jeune ; observées à toutes les périodes de la maladie dans la seconde enfance, elles manquent absolument chez les nourrissons. J’en dirai autant de l’hémorrhagie intestinale, qui est exceptionnelle chez les enfants.
La péritonite par pro[)agation ou })ar perforation no s’observe jias plus fréquemment.
Le cœur est également moins touché que chez l’adulte, le dicrotisme du pouls est rare, la syncope j)ar myocardite no s’observe i>as.
L’appareil respiratoire, respecté chez les nourrissons, est à peine touché dans la seconde enfance; il y a quelques ronchus sonores, mais pas de pneumonie hypostatique ou de linoumotyphus, pas de nécrose laryngée.
Les formes ataxo-adynamiques, qui font toute la gravité de certaines épidémies, atteignent peu l’enfance ; la langue reste humide, la bouche n’a pas de fuliginosités, la céphalalgie est modérée ou nulle, la somnolence et l’abattement existent bien, mais le délire est faible, tranquille, ne présentant jamais l’intensité et la gravité de certains délires d’adultes prédisposés par l’alcoolisme ou par une tare nerveuse.
Cependant, les pliénomènos nerveux tiennent, chez certains enfants, une large place ; il peut y avoir de
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eXFANCE
l’hypéresthésie cutanée et oculaire, des phénomènes vaso-moteurs, des convulsions, de la raideur de la nuque, qui font penser à la méningite.
En général, la température est moins élevée dans la fièvre typhoïde des enfants que dans celle des adultes et la courbe thermique n’a pas la régularité et la signification qui appartiennent à ces derniers.
La durée de la fièvre typhoïde infantile est relativement courte, les formes abortives et atténuées sont assez communes, et les formes lentes et prolongées sont exceptionnelles; les rechutes ne sont pas rares.
Revilliod (Thèse de Paris, 1886) signale, au décours de la fièvre typhoïde, un œdème du scrotum qui serait assez fréquent.
La lièvre typhoïde, précédée ou suivie d’une autre maladie infectieuse (le cas n’est pas rare à l’hôpital), revêt des allures inquiétantes qui aggravent singulièrement le pronostic. C’est dans ces fièvres typhoïdes secondaires ou associées àd’autres états morbides qu’on peut voir survenir des complications redoutables : la broncho-pneumonie, la pleurésie purulente, la parotidite, le noma. Petite suppurée, la néphrite albumineuse.
Le pronostic de la fièvre typhoïde chez les enfants n’est généralement pas grave, il est beaucoup moins grave que chez les adultes ou les vieillards; la guérison est la règle et la convalescence s’établit plus vite et plus franchement que chez les personnes âgées; la mortalité est de 6 à 7 p. 100 chez les enfants, elle est de 14 p. 100 en moyenne chez les adultes.
Il n’est pas rare de voir un enfant présenter, à la suite de la fièvre typhoïde, une croissance rapide et excessive; cette croissance se traduit parfois, outie l’allongement du squelette, par des vergetures cuta-
LA FIÈVRE typhoïde
nées, avaiiL pour siège la région des genoux et pouvant aussi occuper d’autres jiarties du corps.
Diagnostic. — Le diagnostic de la lièvre typhoïde présente, chez les enfants, de réelles difficultés ; ces difficultés s’accroissent en raison inverse de l’âge. Elle& sont insurmontables dans les premiers jours, car le tableau symptomatique n’a encore rien de caractéristique. Un embarras gastrique, une entérite aiguë, la pérityphlite, peuvent donner le change et l’évolution seule lèvera les doutes.
La méningite tuberculeuse peut être confondue avec la fièvre typhoïde, et l’erreur est commise trop souvent; on tiendra compte de la céphalalgie, de la consti])ation, des vomissements, des irrégularités du pouls, bien plus accusés dans la méningite que dans la dothiénenterie ; plus tard, le strabisme, les paralysies, les cris hydrencéphaliques, le ventre en bateau, feront reconnaître presque sûrement la méningite.
L’ostéomyélite aiguë, dans quelques cas, se présente avec un cortège d’accidents généraux qui rappellent la fièvre typhoïde ; et, en effet, il y a souvent, dans cette maladie infectieuse, un véritable état lijphoïde ^ mais l’exploration attentive des os préviendra l’erreur.
Anatomie pathologique. — Les lésions spéciales à la fièvre typhoïde sont moins apparentes chez les enfants que chez les adultes ; chez les nourrissons, les ulcérations des plaques de Peyer manquent généralement; chez les enfants plus âgés, elles s’observent, mais elles sont peu profondes et se cicatrisent vite. Les follicules isolés sont augmentés de volume, ils ne sont qu’exceptionnel lement ulcérés. La tuméfaction des ganglions mésentériques est également moins accusée, la rate n’est pas notablement augmentée de volume. En somme, atténuation de toutes les lésions, anatomie patholo-
TIUITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
gi(]ue ébauchée n olTrantrieii de comparable aux résultats nécroscopiques de la fièvre typhoïde des adultes.
Traitement. On sera sobre de médicaments dans la première enfance : la diète lactée, quelques laxatifs ou lavements frais, destinés à nettoyer le gros intestin, quelques lotions froides, voilà le fond de l’hygiène thérapeutique pour les cas bénins.
L’hyperthermie sera combattue par le sulfate de quinine qu’on donnera à la dose de 23, 30, *73 centigrammes aux enfants de deux, quatre et six ans ; après cet âge, on peut porter la dose à 1 gramme, 1 gr. 30. Dans la seconde enfance, on pourra faire, comme chez l’adulte, l’antisepsie intestinale par le naphtol ( 1 gramme par jour, donné en 3 ou 6 doses), ou par le benzo-naphtol, mieux toléré (2 grammes par jour, en 8 ou 10 paquets) (1).
La méthode de Brand (bains froids de 18 à 20°) n’est pas toujours applicable aux enfants; le drap mouillé, les lotions vinaigrées, les bains tièdes (30") suffiront, S’il y a de la bronchite, on prescrira les ventouses sèches. Parrot insiste beaucoup sur l’alimentation des petits enfants (lait de vache ou d’ânesse), aussi bien pendant la période d’état que pendant la convalescence.
La fièATe typhoïde n’étant pas une maladie contagieuse au sens propre du mot, quoique transmissible indirectement, n’impose pas l’isolement absolu et prolongé des enfants atteints. Quand cet isolement est possible, il fant le faire; s’il ne l’est pas, on aura soin de désinfecter les selles des malades à l’aide du sublimé à 1 p. 1000, du chlorure de zinc et du sulfate de cuivre à 5 p. 100; on projettera ces solutions dans les fosses
(I) J. Para, De l'antisepsie intestinale dans ta fièvre typhoïde chez l'enfant (Thèse de Paris, 1387)
LA FIKVRE HERPÉTIQUE, LA FIÈVRE ÉPHÉMÈRE \'M
(l’aisaiice ; on aura soin de désinfecler les objets souillés par les déjections (étuve à vapeur). Après la guérison, l’enfant jiourra être rendu à la vie commune sans danger pour les autres.
En temps d’épidémie et dans les villes où la fièvre typhoïde est endémique, on veillera à ne laisser boire aux enfants que des liquides stérilisés (eau passée au filtre de porcelaine, eau bouillie, lait bouilli). On ne se servira, pour les usages domestiques, pour la toilette, jiour les lavages des salades, etc., que d’eau purifiée par nn bon filtrage ou par l’ébullition.
Ces mesures, qui sont toujours de rigueur à Paris, s’imposeront surtout quand l’eau de rivière sera substituée à l’eau de source, et quand la fièvre lyphoïde présentera des recrudescences éiiidémiqnes.