LA FIÈVRE TYPHOÏDE
La fièvre typhoïde, si fréquente à l’àge adulte, est rare aux deux extrêmes de la vie; son étude est donc moins importante en pathologie infantile que celle des fièvres éruptives, et je me contenterai de décrire les particularités qu’elle présente dans le jeune âge.
Étiologie. — Je rappellerai que la fièvre typhoïde est caractérisée bactériologiquement par un microbe en navette, découvert par Eberth, étudié ensuite par Gaffky, Artaud, Chantemesse et Widal, Thoinot, etc. Ce microbe se cultiverait fort bien et garderait longtemps sa virulence dans les eaux potables ; les auteurs français ont incriminé spécialement l’eau de Seine, et les recrudescences épidémiques qui accompagnent la suppression d’eau de source pendant les chaleurs de l’été semblent leur donner raison.
Si ces faits sont exacts, la transmission de la fièvre typhoïde se ferait par la voie digestive et le microbe pathogène pénétrerait dans l’estomac avec les liquides ou les solides contaminés. La contagion de la fièvre typhoïde est très douteuse ; il ne semble pas que les malades exhalent un germe transportable par l’atmos-
ÏRArTÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
phère et la diffusion épidémique n’a pas à comj)lcr avec ce mode de propagation généralement admis poulies fièvres éruptives.
La fièvre typhoïde est rare dans l’enfance ; elle est [)lus rare dans la première que dans la seconde enfance.
Étant donné qu’elle se transmet surtout, sinon exclusivement, par la voie digestive, on comprend très bien que les nourrissons soient exceptionnellement frappés. Ils le sont cependant, quand l’allaitement naturel est abandonné pour l’allaitement mixte ou artificiel et quand ils reçoivent, au lieu du lait stérilisé de la nourrice, un lait suspect qui peut servir de véhicule à l’agent pathogène de la fièvre tyiihoïde.
Toutes les statistiques publiées par les médecins d’enfants établissent la rareté extrême de la fièvre typhoïde au-dessous de six mois et la fréquence relative graduellement croissante avec l’âge des sujets; sur 276 cas, M. Cadet de Gassicourt en a vu 65 avant huit ans et 211 après huit ans. Il faut bien admettre que la réceptivité de l’organisme pour la fièvre typhoïde varie avec l’âge et que cette réceptivité est, dans la première enfance, réduite au minimum.
Symptômes. — Il est difficile de se prononcer catégoriquement sur la durée de l’incubation de la fièvre typhoïde, car le début de la maladie, l’invasion proprement dite, passe souvent inaperçue ou se perd dans une symptomatologie des plus vagues.
Tantôt, c’est un malaise peu défini, avec anorexie, agitation, insomnie; tantôt, c’est une angine érythémateuse, avec douleur, dysphagie, qui ouvre la scène. Les vomissements, rares chez les adultes, sont communs dans la fièvre typhoïde infantile; par contre, la diarrhée, si importante chez les premiers, n’est pas aussi