‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 121 sur 145 · E. — TUMEURS DU REIN · texte numérisé non relu

E. — TUMEURS DU REIN

Les tumeurs du rein sont relativement communes dans l’enfance ; je décrirai les kystes et les tumeurs malignes.

Étiologie. — Le rein kystique se rencontre même chez le fœtus et il peut être une cause de dystocie (1). Les kystes se forment aux dépens des tubes urinifères ou des glomérules de Malpighi. Dans la seconde enfance, on observe, outre les kystes congénitaux, les kystes hydatiques, l’hydronéphrose et le cancer du rein. Ce dernier est souvent primitif.

Rayer, dans son traité des maladies rénales, cite une fille de dix-sept mois, atteinte de cancer des deux reins. Le docteur Obre a vu de même un cancer encéphaloïde des deux reins chez une fille de treize mois ; et le docteur Gorham, cité par Rathery (^), a vu un enfant de sept mois présenter un cancer du rein droit. Le

(1) Joulin (1863) avait observé 6 cas de dystocie due à cette cause. Cas de Guéniot (Académie de médeciue, 1890).

(2) Thèse de Paris, 1870.

premier âge n’exempte donc ]>as de ces aiïections, dont la cause réelle nous échappe.

Analomie pathologique. — Tantôt la tumeur est unilatérale, tantôt elle est bilatérale. Pour ce qui est du rein kystique congénital, il est formé par des kystes multiples à contenu clair, là n’augmentant pas le volume du viscère, ici l’accroissant dans des proportions énormes. On a comparé le rein kystique à une grappe de raisin ; la substance propre est atrophiée, réduite à peu de chose.

Dans un cas de Bœkmann, un nouveau-né mort au dix-neuvième jour, avec anurie, présentait des reins du volume d’une noix, absolument kystiques, sans trace de tissu sain (1). Tels sont les kystes séreux congénitaux, qui, s’ils ne sont pas excessifs, peuvent permettre la survie et se retrouver à l’âge avancé.

Les kystes hydatiques atteignent parfois un grand développement, ils sont uniloculaires. L’hydronéphrose, par obstruction uréthrale, peut simuler un kyste et même un cancer mou. Le cancer du rein est, en général, d’aspect encéphaloïde, alvéolaire, succulent à la coupe, contenant parfois des dépôts sanguins. Le rein est alors méconnaissable et la tumeur peut envahir l’atmosphère celluleuse circumrénale. Elle s’étend quelquefois secondairement au foie, à la rate, à l’épiploon, elle peut s’accompagner d’ascite et de péritonite.

Symptômes. — Les symptômes x'arient suivant la nature de la, tumeur; les kystes, s’ils sont grands, donnent lieu à une tumeur fluctuante du flanc droit ou gauche, qui proémine en avant ou en arrière, suivant les cas. D’ordinaire, cette tumeur n’est pas douloureuse,

(I) Semaine médicale, 22 septembre 1886.

TLMEUnS DU REIN

les urines ne sont pas altérées. Si c est un cancei , les symptômes sont plus graves : outre les signes physiques (tumeur dure ou demi-molle, male à la percussion, irrégulière dans son contour, douloureuse à la pression), on a des troubles généraux, de la fièvre parfois, de la cachexie toujours (pâleur terreuse, amaigrissement profond, anorexie). Dans la moitié des cas, riiématurie apparaît; sur 106 cancers primitifs du rein, M. Georges Minges note 48 fois l’hématurie (1). La douleur n’est pas aussi fréquente.

La tumeur tend à s’accroître rapidement, et l’on assiste presque jour par jour à ses progrès ; la mort ne se fait guère attendre plus de cinq à six mois. Le pronostic, on le conçoit, est moins grave dans les cas de kystes.

Diagnostic. — Le diagnostic des tumeurs du rein présente de réelles difficultés. 11 faut d’abord reconnaître le siège de la tumeur, ce qui n’est pas toujours aisé, le foie à droite, la rate à gauche pouvant en imposer, sans compter l’épiploon dont les tumeurs pourraient être confondues avec celles du rein.

La fluctuation perçue par le palper et, au besoin, la ponction exploratrice diront si l’on est en présence d’un kyste et quelle est la nature de ce kyste (liquide limpide, crochets d’échinocoques). Si la tumeur est dure et inégale, douloureuse au palper, s’il y a des hématuries, de la cachexie, le diagnostic de cancer s’imposera.

Traitement. — Le traitement des kystes du rein peut être curatif : ponction suivie d’injection iodée, ou de sublimé à 1 pour 2000, ou de chlorure de zinc à 5 pour 100. Le traitement du cancer ne peut être le plus souvent que palliatif. Czerny a tenté l’e.xtirpation

(I) Jouvn. of lhe amer. med. Assoc., 1885.

d’un rein cancéreux, à trois mois du début, chez un enfant de trois ans et demi : il n’a pu prolonger la vie (1). On se bornera aux applications révulsives et calmantes, aux narcotiques, etc.

F. — POLYURIE.

La polyurie simple, ou diabète insipide, est caractérisée par l’émission d’une quantité excessive d’urine pâle, de faible densité, sans augmentation des principes essentiels.

Étiologie. — La polyurie est généralement un état morbide d’origine nerveuse. Bouchut la faisait dériver de la polydipsie qui, pour lui, était une névrose du goût. Pour M. Guéneau de Mussy également, la polydipsie, vésanie de la soif, tenait la polyurie sous sa dépendance. Lancereaux, au contraire, a cherché, dans la fonction urinaire, la raison d’être de la polyurie. Rare chez le nourrisson, la polyurie l’est moins dans la seconde enfance, elle peut se prolonger jusqu’à l’âge adulte.

Pas de différences sexuelles ; sur 29 polyuriques, M. L. Guinon trouve 15 garçons et 14 filles (2).

Parmi les causes occasionnelles, citons les traumatismes, surtout crâniens, les émotions vives, la frayeur, le refroidissement du corps en sueur. Les causes prédisposantes se résument dans l’hérédité nerveuse; la plupart des enfants polyuriques sont bizarres, agités, déséquilibrés, hystériques, porteurs de stigmates névropathiques. Leur polyurie est souvent héréditaire.

(1) Arch. f. Ki?id., 1890.

(2) Thèse de Paris, 1889.

POLYURIE

Elle peut succéder aune maladie aiguë, à la fièvre intermittente.

Symptômes. — Le début peut être brusque, si la maladie succède à un traumatisme ou à une frayeur ; un garçon de dix ans, que j’ai vu dans le service de M. d’Heilly, fut pris de polyurie après une chute sur la tête ; il urinait jusqu’à 9 litres par jour, il était fils d’aliéné; chez lui, la polyurie fut immédiate; elle peut être retardée de plusieurs jours.

On est frappé de la soif insatiable des enfants, de la fréquence de leurs mictions, de la sécheresse buccale qu’ils accusent; les lèvres desséchées finissent par se crevasser.

La soif est impérieuse, même chez le nouveau-né ; c’est le symptôme capital. L’enfant boit tout ce qui lui tombe sous la main, il se réveille pour boire.

L’urine est rendue en quantité très abondante ; des enfants de sept à huit ans rendent aisément 8 à 10 litres d’urine, qui représentent plus du quart de leur poids.

Les mictions sont moins fréquentes la nuit que le jour et la quantité nocturne est inférieure à la diurne; la quantité d’urine émise peut l’emporter sur la quantité des boissons ingérées ; elle peut aussi lui être inférieure. La densité de l’urine est très faible, elle ne dépasse pas 1003 et tombe à 1001, comme chez le nouveau-né ; elle est pâle, décolorée, de réaction neutre ou à peine acide. L’urée est rendue en quantité normale, elle peut être diminuée, et, quand elle est augmentée, c’est dans une proportion minime. Il n’y a donc pas d azoturie. Cependant, il y a des polyuriques azoturiques et même phosphaturiques ; la polyurie, dans ce cas, n’est pas simple et le pronostic est plus grave. Pas d’albuminurie, pas de glycosurie.

L’appétit est conservé et les variations de l’urée, en

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eAFANCE

plus OU en moins, suivent précisément celles de l’appétit. On observe parfois la dilatation de l’estomac, conséquence delà polydipsie, de même que l’ectasie de la vessie. Il peut y avoir incontinence nocturne d’urine; les selles sont rares; la température est un peu abaissée.

Les médicaments actifs, l’alcool, sont mieux tolérés qu’à l’état physiologique, à cause de l’élimination rapide qu’entraîne la polyurie. La peau est sèche. Les enfants ont bonne mine et ne semblent pas malades.

La maladie suit une marche chronique, sa durée est très longue, indéterminée ; la polyurie est atténuée par les maladies fébriles intercurrentes. Quand elle est purement traumatique et accidentelle, la polyurie peut guérir ; héréditaire, elle est incurable. La mort n’est pas le résultat direct de la maladie, elle peut dépendre d’une maladie intercurrente ; toutefois, les enfants polyuriques ne semblent pas moins résistants que les autres et le pronostic qiioad vitam est bénin.

Diagnostic. — Le diagnostic repose sur la constatation de la quantité des urines et sur les résultats de l’analyse ; on recherchera le sucre, l’albumine, l’urée, les phosphates, les chlorures, et, si ces éléments sont en proportion normale, on conclura à la polyurie simple.

Il faut bien savoir qu’il y a des polyuries symptomatiques de tumeurs cérébrales, tubercules, méningoencéphalites. On les reconnaîtra à la coexistence des symptômes cérébraux (convulsions, paralysies) révélateurs de ces lésions.

Traitement. — On protégera l’enfant et on le tiendra chaudement avec des vêtements de flanelle. On feia fonctionner la peau à l’aide des bains chauds, des

IiNCONTlKENCE ESSENTIELLE d’uRINE

frictions sèches, stimulantes. On donnera des toniques (fer, huile de morue), des amers (quassia, gentiane).

On é^•itera les excès de fatigues, les émotions, les intempéries, on prescrira des boissons chaudes. Gomme médicaments, on essaiera l’opium (5 centigrammes d’extrait à doses fractionnées pour un enfant de dix ans), la valériane, la strychnine, la belladone, le bromure de potassium, l’antipyrine, les courants continus. On pourra donner des doses fortes, à cause de la tolérance exceptionnelle des polyuriques.

G. — INCONTINENCE ESSENTIELLE d’üRINE.

ENURESIS NOCTURNA,

On décrit, sous le nom d’incontinence nocturne d’urine, enuresis noclurna, un état morbide qui s’accuse par l’émission involontaire des urines pendant le sommeil. Cet état est physiologique à l’aurore de la vie, puisque les nouveau-nés et les nourrissons souillent incessamment leurs couches; la persistance de cet état chez les enfants plus âgés, qui devraient avoir la conscience du besoin et la possibilité de se retenir, devient une maladie.

Etiologie. — L’incontinence essentielle ne reconnaît pas de cause anatomique, c’est une névrose d’évolution propre à la seconde enfance et dont les relations avec les autres névropathies sont parfaitement établies. L. Guinon a bien étudié ces relations (1), L’incontinence d’urine est un stigmate nerveux, stigmate bénin, passager, mais néanmoins formel. Ce qui le prouve, c’est non seulement l’étude des maladies concomitantes et

(1) Thèse de Paris, 1889.

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