I. — GANGRÈNES MULTIPLES DE LA PEAU
On a décrit, depuis quelques années, sous le nom de gangrènes disséminées ou multiples de la peau chez les enfants, une maladie qui se rencontre surtout dans la première enfance et vient généralement terminer, compliquer une autre alfection cutanée, ou une cachexie générale, l’athrepsie, etc.
Etiologie. — O. Simon a rencontré la gangrène multiple chez des enfants d’un à deux ans, cachectiques (1). llutchinson l’a vue compliquer la varicelle et la vaccine (1885). Crocker (2), Ranke (3), Martin de Gimard(4), Gallois (5), Gharmoy (6), l’ont ensuite étudiée. Il résulte de ces travaux que la maladie peut venir se greffer sur une lésion préalable de la peau (varicelle, vaccine, érythème, purpura), ou survenir spontanément, sans elfraction cutanée apparente, chez des enfants d’un à trois ans, cachectiques, épuisés par la misère ou la maladie. En somme, c’est une infection
G) Breslau, 187S.
(2) Med. chir. Trans., 1887.
(3) Jahrb. f. Kind., 1887.
4) Thèse de Paris, 1888.
(b) Bull, méd., 1889.
{6) Thèse de Paris, 1890. '
TRAITÉ DES MALADIES DE l’enFANGE
secondaire qui tombe sur un terrain préparé |)ar les causes débilitantes habituelles. Parmi les maladies qui prédisposent à la gangrène cutanée, comme aux autres gangrènes, il faut mettre la rougeole en première ligne. A riiôpital, la gangrène cutanée peut procéder par contagion et prendre des allures épidémiques ; elle peut avoir sa source dans le noma, la gangrène de la vulve, etc. J’ai vu des plaies de brûlure, de vésicatoire, de thapsia, mal pansées, aboutir à la gangrène cutanée.
Symptômes. ■ — Au début, on constate la présence de phlyctènes rosées, qui se rompent et laissent à nu le derme noir et sphacélé ; autour de cette eschare se dessine un cercle inllammatoire, puis l’eschare se détache, tombe et laisse à sa place une ulcération taillée à pic, arrondie ou ovalaire, parfois serpigineuse et térébrante. Un a vu la gangrené atteindre les muscles et les os. Autour de ces foyers gangréneux, les vaisseaux sont oblitérés, la peau et le tissu cellulaire sont œdématiés. En même temps se déclare une fièvre plus ou moins vive, accompagnée de symptômes généraux graves, de douleurs articulaires, de diarrhée, de vomissements, d’adynamie. On trouve parfois de l’albuminurie, de la glycosurie. Dans ce dernier cas, on doit se demander si le diabète n’a pas précédé la gangrène. D’autres complications sont à redouter du côté du cœur (péricardite et endocardite), du côté des poumons (congestion pulmonaire, gangrène, broncho-pneumonie).
Le pronostic, très grave dans tous les cas, n’est pourtant pas désespéré, et le traitement peut le modilier du tout au tout, quand il est institué de bonne heure.
Traitement. — Le traitement consiste à relever les
ICIITIIYOSE
forces des sujets, par ralimenlatiou, le lait, les toniques (fer et quinquina) et à stériliser les foyers de gangrène. Pour remplir cette dernière indication, on saupoudrera les plaies avec l’iodoforme, le salol ou l’aristol et on isolera les ulcérations par un bon pansement, afin d’éviter la dissémination microbienne. On donnera des bains antiseptiques (2 à 3 grammes de sublimé par bain) chaque fois que cela sera possible.
J. — ICHTHYOSE.
On désigne, sous le nom d’ichthyose, un état congénital de la peau, caractérisé par une sécheresse, une desquamation écailleuse qui fait penser à certains poissons ou reptiles.
Étiologie. — Quoique congénitale et pouvant atteindre le fœtus {ichthyose fœtale) (1), la difformité ne se montre généralement pas dès la naissance ; elle ne devient évidente qu’au bout de quelques mois ou de quelques années. La maladie est héréditaire et familial ; j’ai vu maintes fois plusieurs enfants de la même iamille en être atteints, ainsi que l’un ou l’autre de leurs ascendants. Quelquefois pourtant l’hérédité directe manque et un enfant devient ichthyosique dans une famille dont tous les membres sont indemnes 5 mais peut-être faut-il faire la part de l’atavisme, et 1 ichthyose est— elle capable de sauter une ou plusieurs générations !
Les enfants sont souvent pâles, anémiques, peu développés ; quelques-uns sont très vigoureux.
(1) Voir ime communication à la Société de Dermatologie sur J ichthyose fœtale, par Hallopeau (1892). ®
TRAITÉ DES MALADIES DE L’eNFANCE
A côté de richlhyose héréditaire, ou connaît des états ichthyosiques qui s’observent dans les cachexies, tuberculose, etc.
Anatomie pathologique. — L’épiderme olfre un développement exagéré, les papilles du derme sont volumineuses ; les follicules pileux, les glandes sébacées, les glandes sudoripares sont moindres ; cette atrophie des éléments sécréteurs et lubrifiants de la peau explique son état de sécheresse extrême.
Symptômes. — On est frappé de l’aspect que prennent les téguments; la peau est sèche, rugueuse au toucher, de couleur grisâtre, sale ; elle laisse tomber incessamment des poussières, des écailles, des débris épidermiques, qui remplissent les vêtements et les draps de lit. La peau semble parcheminée, elle est plissée, fendillée sur la face, les mains et les avant-bras. L’exfoliation de l’épiderme se fait tantôt sous forme de poudre impalpable, tantôt sous forme de lambeaux assez larges.
Les lésions sont surtout marquées aux membres et dans le sens de l’extension.
Les faces palmaires et plantaires sont indemnes, la face échappe rarement à l’ichthyose.
Le cuir chevelu, quand il est très pris, se dépouille de ses poils ou ne présente que des cheveux rares et atrophiés.
11 y a des degrés dans cette affection.
Parfois la peau est sèche, chagrinée et la desquamation insignifiante [xérodermie) ; ailleurs, les squames : sont très abondantes, très épaisses et forment des dépôts consistants {ixhthyose lichénoide, cornée).
Les ongles sont altérés, secs et cassants. Les poils sont rudimentaires et sont parfois entourés à leur base de petites saillies [kératose pilaire).