L. ■ — TRIGOPHYTIE, TEIGNE TONDANTE
La teigne tondante, ou tricophytie, est une maladie causée par l’implantation sur la peau d’un parasite découvert par Gruby, le tricophyton tonsurans.
Si le parasite s’attaque au cuir chevelu, il donne lieu à la teigne tondante véritable, ou herpès tonsurant ; s’il atteint les parties glabres, il forme l’herpès circiné ou tricophytie circinée, qui, pour être de la même nature que la teigne, en diffère essentiellement par le pronostic
TRAITl;: DES MALADIES DE L’ENFANCE
et Tefficacité prompte du traitement (I ). La teigne est un des fléaux de la seconde enfance etunehonte pour la thérapeutique; la tricophytie circinée est insignifiante et cède en quelques jours aux badigeonnages iodés.
Etiologie. — La tricophytie est très commune chez les enfants des agglomérations urbaines, mais elle se rencontre aussi dans les campagnes. J
Elle s’attaque surtout à la seconde enfance, et exerce . ! ses ravages dans les écoles primaires et secondaires; elle est plus rare chez les adolescents et exceptionnelle chez ^ les adultes.
La contagion est la cause unique de la maladie; elle se fait d’enfant malade à enfant sain, par le contact direct ou indirect (échange de coiliures, communauté » des objets de toilette, de la literie, etc.).
Comme pour la pelade, on note des épidémies de *' familles, d’écoles, de pensions.
Les animaux domestiques (chiens, chats, chevaux) peuvent être la source d’une contagion tricophytique.
La tricophytie circinée des régions glabres dérive aussi d’une contagion directe ou indirecte provenant soit de teigne tondante, soit d’herpès circiné.
Elle est plus fréquente que la teigne tondante, d’après ■ mes observations. i
Anatomie pathologique. — Le parasite de la teigne ^ tondante se présente sous deux formes : les sporea et le j mycélium ; les spores, moins grosses que celles du • favus, sont arrondies, incolores et ont un diamètre ^ moyen de 4 p.. Elles remplissent les cheveux au point î de les faire éclater. Le mycélium, plus abondant dans .|i les plaques cutanées, est constitué par des tubes allon-
(1) D’après M. Sabouraud (Société de Dermatologie, nov. 1892), ^
les spores de l’herpès circiné seraient plus grosses fine celles de l’herpès tonsurant.
TRICOniYTIK
gés, moins ramifiés que ceux du l'avus, moins enchevê- Irés que ceux du pityriasis versicolor.
Il est facile de voir, au microscope, ces parasites, en étalant des fragments de cheveux malades sur une lamelle, avec addition de glycérine, de potasse ou d’ammoniaque. Le poil apparaît farci de spores et souvent fendu, éclaté.
Symptômes. — Le début du mal échappe le plus souvent; on voit que le cuir chevelu est irrité, rouge, prurigineux; on constate, autour des poils, quelques squames ou vésicules. Puis, la maladie fait des progrès, et alors, quand l’enfant a les cheveux ras, on aperçoit de larges cercles rappelant la tricophytie circinée des parties glabres. Il m’a semblé que cette forme à progression excentrique rapide et circulaire était plus curable que la forme commune. Dans celle-ci, le parasite envahit les follicules pileux, il s’insinue profondément dans le derme et sa destruction offre les plus grandes difficultés. Les plaques sont arrondies ou' ovalaires, légèrement saillantes, grisâtres, grenues ou squameuses, hérissées de tronçons de cheveux. Ces cheveux sont secs, friables, cassés à 1 ou 2 millimètres de leur implantation, et il en résulte une ou plusieurs tonsures ayant plusieurs centimètres de diamètre. A la périphérie de ces plaques existe une zone intermédiaire d’envahissement, caractérisée par le peu de résistance qu’olfrent les cheveux à la traction. Les plaques peuvent empiéter sur les régions glabres du front, des tempes, de la nuque, et on peut avoir alors les deux variétés combinées de la tricophytie.
La durée de la maladie est très longue, elle se chiffre par années ; mais la guérison spontanée est certaine, sans alopécie, sans cicatrices.
La tiicophytie des parties glabres, ou herpès circiné^
se présente sous la forme de plaques circulaires, plus saillantes à la périphérie qu’au centre ; la maladie progresse, en effet, excentriquement, guérissant au centre en môme temps qu’elle évolue à la périphérie. On distingue, à la surface et sur les bords des plaques, une série de vésicules herpétiformes ou de papules grenues, d’aspect grisâtre.
La maladie commence par un point imperceptible, pour devenir, en quelques jours, une surface nummulaire étendue ; quelquefois, plusieurs cercles s’unissent pour former une plaque polycyclique. On rencontre les plaques sur les parties du corps habituellement découvertes, la face, le cou, la nuque, les avant-bras, les poignets, la face dorsale des mains. On les rencontre exceptionnellement à la paume des mains et à la plante des pieds. Mais on peut les observer aussi sur le tronc et sur toutes les autres parties du corps. Le pronostic de cette forme est très bénin, la guérison est rapide.
Diagnostic. — Le diagnostic est généralement facile, car l’alopécie produite par la teigne est spéciale ; elle se distingue de l’alopécie en aires, ou pelade, par l’état grenu, squameux, grisâtre de la surface, par la présence de poils cassés. La plaque de pelade est glabre, blanche, ivoirienne. Dans les cas difficiles (pelade pseudo-tondante), le microscope tranchera la difficulté. Le diagnostic de la tricophytie des parties glabres est encore plus facile ; il suffit d’en avoir vu un ou deux cas pour être en mesure de reconnaître tous les autres. Sous le nom àlierpes tonsurans maculosus, l’école de Vienne décrit notre pityriasis rosé de Gibert, qui se présente sous forme de taches rouges ou rosées, farineuses, durant deux à trois semaines, et qui n’a rien de commun avec la tricophytie.
Traitement. —.La prophylaxie implique l’isolement
TRICOPIIYTIE
absolu ; les enfants teigneux seront impitoyablement exclus de l’école. On prendra garde aux animaux teigneux.
Dans les familles, on tiendra la tête des enfants malades toujours rase, toujours propre, toujours couverte.
Le traitement, toujours long, repose sur plusieurs pratiques : couper les cheveux ras, épiler avec une pince à mors plats, dans un rayon de 1 à 2 centimètres autour des plaques, pour s’opposer à l’envahissement des régions saines.
M. Quinquaud conseille de racler les surfaces malades avec une curette ; M. Besnier ne voudrait pas qu’on fît saigner les plaques. On lavera la tête tous les jours avec une solution de sublimé à 1 pour 500; on appliquera sur les plaques, matin et soir, une pommade au turbith à 1 pour 30.
Le traitement institué à Saint-Louis par M. Quinquaud est plus radical, plus efficace, plus rapide que les traitements usités auparavant.
On commence par savonner, puis laver la tête au sublimé à 1 pour 1000; les cheveux étant coupés ras, on gratte énergiquement les plaques avec la curette, qui met le derme à nu et entraîne les squames, les cheveux malades et les parasites. Pour prévenir la douleur, on fera précéder le curetage d’un stypage au chlorure de méthyle.
Puis on fait une lotion avec :
Biiodure d’hydrargyre. 15 centigrammes.
Bichlorure d hydrargyre 1 gramme.
Alcool à 90» 40
Eau distillée 250
On applique ensuite des rondelles d’emplâtre composé dè :
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNEANCE
Biiodure d’iiydrargyrc 15 centigrammes.
Bichlorure d’hydrargyre 1 gramme.
Emplâtre simple 250
On enlève Templâtre au bout de quarante-huit heures, on savonne, on frictionne, on renouvelle l’emplatre. Et ainsi de suite tous les deux jours jusqu’à guérison. Si celle-ci tarde à venir, on gratte de nouveau ou l’on épile. Ce traitement amènerait la guérison en deux à trois mois. Le traitement de la tricopliytie des parties glabres est plus simple: il suffit de badigeonner les plaques avec la teinture d’iode tous les jours ou tous les deux jours; en huit jours, la guérison est assurée.
M- — FAVüS, TEIGNE FAVEüSE.
Le favus, ou teigne faveuse, est une maladie produite par un champignon décrit par Schonlein, VAchorion Schœnleinii ; comme la teigne tondante, elle atteint les parties glabres et le cuir chevelu.
Étiologie. — Le favus est plus rare que la tricophytie et ne prend naissance que dans les campagnes ; la tricophytie est de tous les temps et de tous les lieux, le favus affecte une répartition géographique très inégale ; presque inconnu dans certains pays (Allemagne, Angleterre), il est très commun en France. De plus, ce n’est pas une maladie propre à l’enfance, elle se rencontre chez les adultes et les vieillards. Elle est contagieuse, mais à un moindre degré que la tricophytie : c'est la maladie des paysans, des ruraux pauvres. Des cheveux, où elle prend naissance, la maladie se propage au coi’ps, aux ongles, par grattage et inoculation directe ; elle peut se transmettre aussi des animaux à
FAVÜS, TEIGNE PAVEUSE
l’homme. Les ongles peuvent recéler le favus longtemps après la guérison de la tête.
Analomie pathologique. — Le champignon se présente sous forme de spores qui peuvent atteindre un diamètre de 10 [j. et de mycélium. Les spores sont isolées ou en chaînettes ; les tubes de mycélium sont ramifiés et présentent des étranglements de distance en distance. Le parasite siège autour du poil, formant un point jaune sous-épidermique, qui s’accroît pour devenir un disque ombiliqué, traversé par le cheveu. Quand on enlève ce disque, on constate la présence d’une cupule ou godet favique. Bientôt le poil est entouré de tous côtés par la matière jaune, le derme est irrité, des pustules apparaissent; cependant, le cheveu est moins profondément envahi que dans la tricophylie, et le bulbe pileux est respecté.
Symptômes. — La maladie débute i)ar une légère irritation du cuir chevelu, avec rougeur, squames ou pustules ; puis le point jaune traversé par un poil vient caractériser le favus. Bientôt, des godets disséminés ou cohérents apparaissent autour des cheveux, les poils s’altèrent et tombent.
Les godets, se développant à la périphérie, forment des gradins (nid d’hirondelle), l’épiderme se rompt, la matière jaune est à nu, elle se mêle aux débris épidermiques, aux poussières et donne alors des croûtes éi>aisses, irrégulières, qui exhalent une odeur repoussante, dite de souris. Au-dessous de ces croûtes, le derme esl enflammé, ulcéré par les grattages, les cheveux se détachent, des poils minces, frisés, leur succèdent ; enlin, la maladie aboutit à la guérison, au prix de cicatrices et d’alopécies définitives, sans compter les lymphangites, les adénites, les abcès, qui viennent compliquer si souvent le favus.
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
Le pronostic est donc plus graA'e que dans la teigne tondante. Quant au favus des ongles et des parties glabres, tronc et membres, il est moins funeste et peut être détruit aisément par le savon noir, la teinture d’iode, etc. On est conduit cependant parfois à la nécessité d’arracher les ongles pour mettre un terme à Vonycomycose faviqiie.
Diagnostic. — Le diagnostic est ordinairement facile et se fait par les yeux et par le nez. Toutefois, il faut songer à la possibilité de confondre certains eczémas impétigineux avec le favus. J’ai vu quelques enfants, venus de la campagne, avec une calotte épaisse de croûtes jaunâtres et fétides, chez lesquels, au premier abord, il était impossible de faire un diagnostic. On s’aidera du microscope en pareil cas.
Traitement . — La prophylaxie sera la même que pour la tricophytie. Le traitement sera général et local ; les enfants sont souvent lymphatiques, scrofuleux, anémiques; on leur donnera l’huile de morue, le fer, une bonne nourriture.
On coupera les cheveux ras, on appliquera des cataplasmes de fécule boriquée pour ramollir et faire tomber les croûtes, ou la calotte de caoutchouc. On épilera autour des principaux foyers et on appliquera la pommade au turbith â 1 pour 30. La durée du traitement est très longue (plusieurs années). Elle pourrait être raccourcie par la méthode de M. Quinquaud.