‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 24 sur 145 · LA RA(;E · texte numérisé non relu

LA RA(;E

Les travaux de Pasteur et de ses élèves, s ils n’ont pas abouti encore à la découverte du microbe de la rage, nous ont api)ris du moins à atténuer sa virulence ot à vacciner avec succès les individus mordus, à l’aide d’un virus rabique cultivé exj)érimentalement.

On sait, grâce à ces travaux, que le virus rabique se localise surtout dans les nerfs, la moelle, l’encéphale ; s’il habite aussi les glandes salivaires, il ne semble pas exister dans le sang.

Quand un enfant est mordu j)ar un chien enragé, le virus déjmsé dans la plaie chemine lentement dans les nerfs jiériphériques, arrive à la moelle, i)uis au bulbe et au cerveau il met quelquefois i)lusieurs semaines et même plusieurs mois à faire ce Irajet. C’est dire que l’incubation de la rage est très variable : si la morsure siège à la face, au lieu d’occuper l’extrémité d’un membre, l’incubation est raccourcie. L’incubation serait plus courte, toutes choses égales d’ailleurs, chez les enfants que chez les adultes. Comme exemple d’incubatiou exceptionnellement longue, il faut citer le cas <l’un enfant de huit ans qui ne devint enragé que treize mois après la morsure (Dujardin-Beaumetz, Rapport I sur la rage, 1890).

Elle est réduite à son minimum quand le virus est I introduit, par trépanation, sous la dure-mère d’un ) animal. « Une blessure faite à la tête, près de l’œil, dit I M. Roux, équivaut à une véritable trépanation. » Aussi,

; chez beaucoup d’enfants mordus ainsi, le traitement ' prophylactique n’aboutit pas; car le virus vaccin, poui- I être efficace, doit arriver aux centres nerveux avant le i virus de l’animal mordeur.

I L’immunité naturelle, à l’égard de la rage, existe I chez les enfants comme chez les adultes ; mais il est I difficile d’en apprécier la fréquence, ü’après la statis-

ïhaitiî dks malauies de l’eneance

tique de M. Brouardcl (article Rage du Dictionnaire Dechambre), rimniunité serait plus fréquente chez les jeunes sujets que chez les personnes âgées.

Symptômes. — Avant l’explosion des accidents caractéristiques, il y a, même chez les enfants, une phase prodromique qui n’échappe pas aux observateurs attentifs : la tristesse s’empare du malade, il renonce à ses jeux, il fuit toute distraction; la nuit, son sommeil est agité , interrompu par des rêves effrayants. Dès ce moment, on peut constater une augmentation légère de la température, mais il est rare qu’on soit appelé à faire cette constatation.

Au bout de quelques jours apparaissent les symptômes rabiques : dysphagie, impossibilité de déglutir les liquides, hyperesthésie cutanée et sensorielle. Si l’on approche brusquement du malade, il est pris de frissons et de spasmes pharyngiens ; une porte ouverte, le moindre courant d’air, réveillent ces manifestations spasmodiques, car la sensibilité cutanée est exaltée outre mesure. Une lumière vive, un bruit un peu fort, provoquent les mêmes spasmes (photophobie, hyperacousie).

En même tenq)s, l’enfant accuse de la dyspnée, de l’angoisse, de l’oppression, et, dans les paroxysmes, son visage se couvre de sueur. La soif est vive, mais il est impossible de la satisfaire; à peine le verre d’eau tant désiré approche-t-il des lèvres qu’un spasme épouvantable saisit l’enfant et lui fait repousser avec frayeur le liquide dont il a tant besoin. V hydrophobie résulte donc de l’impossibilité d’avaler les liquides, des spasmes pharyngés et laryngés que provoquent le contact ou même l’approche de ces liquides. M. Ollivier a insisté sur les spasmes de la vessie, qu’il a observés deux fois, et sur les démangeaisons cutanées dont il a

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