‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 52 sur 145 · C. CIRRHOSE DU FOIE · texte numérisé non relu

C. CIRRHOSE DU FOIE

La cirrhose du toie, ou hépatite interstitielle, est très rare chez les enfants; cependant, les observations vont de jour en jour se multipliant et se complétant les unes par les autres, à tel point qu’il est possible aujourd’hui de donner l’histoire succincte de la cirrhose infantile.

La thèse de Grisey (Paris, 1878) était basée sur 9 observations ; le travail de Birch-Hirschfeld (Ilandbuch de Gerhardt, 1880) en mentionnait 25 ; Laure et Honorât [Revue des maladies de l'enfance, 1887) parlaient de 50 et quelques cas ; en ajoutant les faits nouveaux recueillis par Palmer Howard [Amer. Journal of. med. SC., 1887), Goldenhorn, von Kahlden [Milnch. med. Woch., 1888), on obtient le chiffre respectable de 70 cas, sans compter certains cas d’ascites congénitales, d’hépatite syphilitique (Dépassé, Revue des maladies de l'enfance, 1886), qui pourraient à bon droit rentrer dans l’histoire de la cirrhose.

Étiologie. — Valcoolisme, la grande cause de la cirrhose des adultes, ne figure .dans l’étiologie de la cirrhose infantile qu’à un rang très inférieur ; un quart des cas au plus peut être attribué à cette cause; cepen-

(1) Arch. f. Kinder., 1886.

CIRRHOSE DU FOIE

<lant Tivrognerie existe même chez les enfants en bas âge, en Angleterre notamment, et l’on peut se demander si les nourrices qui abusent des spiritueux ne peuvent pas transmettre par le lait, à leurs nourrissons, l’intoxication alcoolique.

La sijphills est une cause indéniable d’hépatite interstitielle, elle est patente dans le cas curieux de Dépassé, et la possibilité de son intervention, dans les ascites des jeunes sujets, doit faire instituer le traitement spécifique.

Vimpaludism.e, rare chez nous, peut avoir un rôle pathogénique dans d’autres pays.

La tuberculose peut être aussi une cause de sclérose hépatique.

Enfin, d’après Laure et Honorât, les maladies infectieuses (rougeole, variole, scarlatine, diphthérie, fièvre typhoïde), qui altèrent le foie comme les reins, pourraient laisser à leur suite la cirrhose hépatique, comme elles laissent quelquefois la néphrite chronique. C’est par l’infection biliaire que ces maladies agiraient (1).

Les autres causes invoquées, la duodénite (cas de Oordon), l’obstruction congénitale du canal cholédoque (cas de Gihbs), les hrûlures de l’abdomen, le froid et les traumatismes sont rares et négligeables.

Anatomie pathologique. — Le foie peut être gros ou petit et figurer, suivant les cas, la cirrhose hypertrophique ou la cirrhose atrophique. Dans le cas de Morel- Lavallée [Remie des maladies de L’enfance, 1885), relatif à un enfant de cinq ans et demi, le foie pesait 465 grammes ; dans un autre cas de Laure, il était encore inférieur à une livre.

(1) Dupré (Thèse de Paris, 1891).

TRAITÉ DES MALADIES DE l’e.NEANCE

Sa couleur est d’un jaune grisâtre, sa surface est inégale, rugueuse, parsemée de nodosités petites ou grosses ; à côté de granulations miliaires, on peut trouver des noyaux ayant le volume d’une cerise ou d’une noix, La consistance est ferme et rappelle celle du cuir; à la coupe, on aperçoit souvent des bandes libreuses, blanchâtres, qui séparent les lobules ou les groupes de lobules hépatiques.

Laure et Honorât insistent sur la sensation onctueuse et graisseuse des surfaces de coupe, car, dans les trois autopsies qu’ils ont faites, le foie était sclérosé et graisseux, et le terme de cirrhose hypertrophique graisseuse convenait à ces cas. Hutinel a rencontré cette forme chez des enfants tuberculeux (1).

Au microscope, on constate la présence de tissus fibreux dans les espaces portes ; les tractus enserrent les lobules et pénètrent parfois jusqu’aux veines intralobulaires; la cirrhose est souvent mixte, jiartie annulaire, partie en îlots. Les cellules hépatiques peuvent être infiltrées de graisse, et les canalicules biliain's atteints d’inllammation et de prolifération.

La rate est hypertrophiée, sclérosée, et les reins eux-mêmes n’échappent pas toujours à l’inflammation interstitielle.

En somme, lésions fondamentales analogues â celles do la cirrhose veineuse alcoolique des adultes, avec mélange plus fréquent de dégénérescence graisseuse, et de lésion des voies biliaires.

Je ne parlerai pas des lésions contingentes du péritoine, des }dexus, des poumons et de la tuberculose qui | ])Out accompagner l’hépatite.

Symptômes. — Le début est insidieux et échai)pe

(1) Bulletin médical, 12 janvier 1890.

CIRRHOSE DU FOIE

généralement; on a remarqué cependant que l’ictère se présentait plus fréquemment que chez l’adulte, à l’origine de la cirrhose hépatique; cet ictère peut être, fugace, peut récidiver, peut devenir chronique. , .

Il s’explique bien par les lésions des voies biliaires constatées dans plusieurs autopsies; mais dans nombre de cas il manque totalement.

Le symptôme capital de la cirrhose infantile est fourni par la présence d’une quantité généralement grande de liquide dans le péritoine. 'i

L’ascite, d’abord légère, ne tarde pas à devenir énorme, le ventre s’amplifie dans tous les sens, refoulant le diaphragme en haut, pénétrant quelquefois dans les bourses par le canal inguinal (cas de Dépassé, qui a pu, en ponctionnant la vaginale, évacuer l’abdomen).

Les veines sous-cutanées abdominales prennent un grand développement et figurent des traînées bleuâtres caractéristiques. Le liquide est mobile dans l’abdomen et se déplace quand on fait incliner l’enfant; la sensation de flot est facile à percevoir ; il est très rare de sentir le foie par la palpation, à moins qu’il ne s’agisse d’une forme hypertrophique, avec peu d’ascite.

L’augmentation de volume de la rate se constate aisément par la percussion et la palpation, quand le liquide ascitique a été évacué.

Après des alternatives de diarrhée et de constipation, et des troubles digestifs variés (anorexie, vomissements, flatulence), la diarrhée devient habituelle et précipite la cachexie.

Les urines sont rares et foncées, parfois albumineuses.

Quand on fait la ponction, on peut retirer de 1 â 6 litres, ou même plus, d’un liquide citrin, alburni-

TRAITÉ DES MALADIES DE l’ENFANCE

neux ; le liquide se reproduit vite et l’ou peut être conduit à faire trois ou quatre évacuations en quelques semaines.

Pendant ce temps, Penfant maigrit, s’épuise, la dyspnée se prononce de plus en plus et la mort survient dans le marasme, par asphyxie ou j>ar syncope.

Les hémorrhagies (purpura, épistaxis, mélœna) ont été notées dans quelques observations ; elles peuvent accompagner l’ictère et lui donner les apparences de Xiclère grave.

La marche de la maladie est lente, mais progressive ; le début de l’hépatite est difficile à préciser; mais, si l’on compte à partir de l’apparition de l’ascite, on voit que de grandes différences s’observent dans la durée du mal : un garçon de six ans (Grisez) est mort quarante-cinq jours après le début de l’ascite ; un enfant de neuf ans (Osborn) est mort subitement après vingt et un mois ; chez un enfant de treize ans (Pye-Smith), la maladie a duré trois ans.

Dans tous les cas, le pronostic est extrêmement grave, pour ne pas dire fatal, et la cirrhose infantile est encore moins curable que la cirrhose des adultes.

Cependant, la guérison est possible, et l’on ne devra pas désespérer tant qu’on n’aura pas soumis l’enfant au traitement mercuriel prolongé, qui a fourni un très beau succès à M. Dépassé.

üiagnosiic. — La rareté de la cirrhose hépatique chez l’enfant rend le diagnostic difficile ; en présence d’une ascite quelconque, l’on pense et l’on doit penser d’abord à la tuberculose péritonéale; cependant, si le liquide est abondant et mobile, si les veines sbuscutanées abdominales sont très dilatées, s’il y a eu de l’ictère, si l’auscultation des poumons est négative, si jies antécédents héréditaires et personnels ne disent

Page 1