PÉRITONITE AIGUË
au vingt-quatrième jour d’une péritonite générale, vit une grosseur se former à l’ombilic et le pus se faire jour au dehors, après des vicissitudes de longue durée (cinq mois) ; la guérison fut parfaite.
Gauderon (1), sur dix observations de péritonite avec issue du pus par l’ombilic, relève huit guérisons.
La péritonite aiguë peut tuer en trente-six ou quarante-huit heures ; cette forme foudroyante est assez rare, la durée habituelle est de six à huit jours. La péritonite partielle dure plus longtemps que la péritonite généralisée. La forme la plus grave et la plus rapide, quand il n’y a pas d’adhérences protectrices, est la péritonite par perforation.
Chez le nouveau-né, l’épanchement péritonitique peut fuser dans la tunique vaginale à travers le canal inguinal, et c’est ordinairement à droite que cette fusée s’observe (2). La péritonite se complique parfois, chez ces petits malades, d’ictère, d’érysipèle, de gangrène de l’ombilic, d’arthrite suppurée, de mélœna.
Rilliet et Barthez insistent sur les formes subaiguës et même latentes de la péritonite généralisée, dont ils ont observé plusieurs cas. Ils décrivent même une forme chronique, indépendante de la tuberculose.
Pronoslic. — La péritonite aiguë est aussi grave chez l’enfant que chez l’adulte; la mort, à tous les âges, est la terminaison habituelle. Cependant, même quand elle est généralisée, la péritonite est curable. Celle des nouveau-nés est fatale. Le pronostic est d’autant moins sévère que l’inflammation est plus localisée, et la périionile partielle est peu de chose en regard de la péritonite générale.
fl) Thèse de Paris, 1876.
(2) Quinquaud, Thèse de Paris, 1872.
TRAITÉ DES MALADIES DE l’ENFANCE
Diagnostic. — La typhlite, avec la douleur, le ballonnement du ventre, les vomissements qui raccompagnent parfois, peut simuler la péritonite. Mais cette dernière offre ces symptômes à un degré bien plus accusé et sa marche est bien plus rapide. L^hésitation peut être légitime au début, elle ne saurait durer longtemps.
La péritonite partielle seule peut être prise pour une pérityphlite ou un abcès de la fosse iliaque; dans ce dernier cas, il y a une rétraction de la cuisse droite qui n’appartient pas à la péritonite.
L’invagination intestinale peut avoir un début aigu, comme la péritonite; elle s’accompagne de tympanisme, de vomissements ; mais la constipation est absolue et les gaz, sont arrêtés comme les matières, le mélœna est fréquent, la fièvre absente ou insignifiante, la douleur localisée. Cependant, même chez l’adulte, on sait que le diagnostic différentiel de l’étranglement interne et de la péritonite n’est pas toujours aisé.
Quant à la tuberculose du péritoine, elle affecte généralement des allures insidieuses, chroniques, qui contrastent avec la marche bruyante de la péritonite aiguë. J’en dirai autant du carreau. Cependant, la tuberculose du péritoine peut quelquefois s’annoncer par de la péritonite aiguë, pour reprendre ensuite ses caractères habituels.
Traitement. — Localement, on agira par les sangsues (6 à 12) appliquées sur le point douloureux initial, par la vessie de glace, par les cataplasmes laudanisés, les bains tièdes, le collodion élastique.
On donnera, par petites quantités, des boissons acidulés et glacées, des grogs, du champagne; la diète sera presque absolue, c’est à peine si l’on permettra un peu de lait ou de bouillon.
ICTÈRE
On prescrira le calomel à dose Iraclionnée, 20 à 30 centigrammes, en dix prises, d’heure en heure. On pourra le remplacer par les frictions mercurielles.
L’opium rend parfois des services : 1 centigramme d’extrait théhaïque de deux en deux heures, en s’arrêtant s’il survient de l’assoupissement. L’hydrate de chloral (1 à 4 grammes) pourra remplacer l’opium.
Si le traitement médical échoue, la laparotomie trouvera parfois ses indications, et plusieurs enfants lui doivent la guérison.
B. — ICTÈRE.
Le syndrome ictere n’est pas rare dans l’enfance ; chez les nouveau-nés, il constitue une maladie spéciale qu’on doit décrire à part ; dans la seconde enfance, il ne diffère pas de l’ictère des adultes et paraît dû généralement, soit à un simple catarrhe des voies biliaires, soit à la présence de calculs.
1° Ictère des nouveau-nés.
Étiologie. — L’ictère peut se montrer à l’état sporadique, apparaissant dans les premiers jours de la naissance, sans cause appréciable, aussi bien chez des enfants vigoureux et sains que chez des avortons : il est alors simple et sans gravité. Mais Tictère des nouveau-nés se présente parfois, dans les maternités surtout, avec les allures d’une maladie infectieuse, contagieuse, épidémique, qui se termine souvent par la mort. Il accompagne assez souvent la péritonite des nouveau-nés.
Les enfants qui naissent en état d’asphyxie (présent
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
talion du siège, version) sont plus exposés que leS' autres à Tictère. Quant à la pathogénie de cette variété d’ictère, elle est obscure; la rétention du méconium, le bouchon muqueux de Virchow, l’altération du sang dite hémaphéisme, l’arrêt brusque de la circulation ombilicale qui succède à la ligature du cordon, ne sont que des hypothèses. La stase veineuse des enfants nés avant terme, ou asphyxiés par une mauvaise présentation, par un accouchement laborieux, joue probablement un rôle dans la pathogénie de l’ictère simple, et l’on peut dire que l’ictère des nouveau-nés est un ictère hépalogène.
L’ictère des nouveau-nés est dû parfois à des lésions, congénitales des voies biliaires (oblitération ou absence du cholédoque, des canaux hépatiques, atrophie de la vésicule, etc.), à une altération pathologique du foie (syphilis), à la septicémie puerpérale.
Un beau cas d’ictère par malformation congénitale a été rapporté par M. Hénoch : un enfant de quatre mois, jaune depuis sa naissance, meurt; à l’autopsie, ou trouve un foie petit, olivâtre, une vésicule rudimentaire et pas trace de conduits biliaires.
L’ictère des nouveau-nés est très fréquent, il l’est surtout chez les enfants d’un poids faible et il épargnepresque complètement ceux dont le poids excède la moyenne. Quand l’ictère sévit épidémiquement dans les maternités, il revêt les allures d’une maladie infectieuse souvent mortelle. C’est la maladie de WinckëU ou cyanose ictérique pernicieuse, avec hémoglobinuiie. La dégénérescence graisseuse aiguë des nouveau-nés . serait, d’après Baginsky, un degré plus élevé de celleaffection.
Anatomie pathologujue. — Dans ces cas d ictère grave^ on rencontre des altérations viscérales profondes, la
ICTÈRE
dégénérescence graisseuse du foie et des reins, l’hypertrophie de la rate, la coloration jaune ou olivâtre des organes internes, des ecchymoses dans les poumons, le cœur, les centres nerveux. Dans un cas rapporté par MM. Picot et d’Espine, il y avait cirrhose hypertrophique congénitale du foie, probablement syphilitique; les petits canaux biliaires étaient remplis de cellules épithéliales et leurs parois épaissies.
Symptômes. — Le début de l’ictère peut avoir lieu dès le premier jour de la naissance, mais c’est à partir du deuxième ou troisième jour qu’on l’observe habituellement.
La peau de l’enfant prend rapidement une teinte jaunecitron, et bientôt il est facile de constater la propagation de cette jaunisse aux muqueuses oculaire et buccale. La coloration jaune manifeste des conjonctives et de la muqueuse sublinguale suffit à distinguer, au premier abord, l’ictère biliphéique vrai de ces pseudo-ictères si fréquents chez les nouveau-nés, et qui n’ont d’autre caractéristique qu’une teinte jaunâtre des téguments, sans ictère des muqueuses, sans décoloration des selles, sans changement dans la couleur des urines.
La teinte des téguments est rarement aussi foncée que chez les adultes, et l’on est obligé d’examiner les conjonctives pour se faire une opinion! Les urines ne sont pas acajou, mais présentent généralement la réaction du pigment biliaire ; les selles ne sont que rarement décolorées, et il semble que l’ictère soit dû plutôt à la policholie qu’à l’obstruction complète des voies biliaires.
Au bout de quatre, cinq, huit jours, l’ictère disparaît dans les cas simples, et les enfants reviennent à la santé.
Quelques enfants ne traduisent leur maladie
par
TnAITÉ DES MALADIES DE l’ENEANCE
aucun autre symptôme que l’ictère ; ils tettent bien et augmentent de poids régulièrement.
La plupart sont grognons, criards, demandent incessamment le sein ; plusieurs ont de la diarrhée et diminuent.
Quand l’ictère est infectieux, les symptômes généraux sont graves, la température monte, le pouls devient très rapide, et la mort survient en quelques jours dans le coma ou les convulsions.
La diarrhée, les vomissements, les hémorrhagies par l’ombilic, par l’intestin, peuvent accompagner ces formes graves.
Le pronostic varie donc beaucoup, suivant la nature de l’ietère. L’ictère simple, celui qu’on observe communément, guérit toujours et n’a aucune gravité. L’ictère infectieux et contagieux, ictère grave des petits enfants, est, au contraire, presque toujours mortel.
Le pronostic de l’ictère lié à des lésions congénitales du foie ou des voies biliaires n’est guère meilleur. Aucun traitement à recommander.
2“ Ictère dans la seconde enfance.
Étiologie. — Le catarrhe des voies biliaires me paraît être la cause habituelle de l’ictère de la seconde enfance ; cependant, j’ai vup lusieurs cas dans lesquels la présence de douleurs hépatiques m’a fait admettre la lithiase biliaire. 11 ne faut pas oublier que les calculs biliaires peuvent exister chez les enfants, et même chez les nouveau-nés.
L’ictère émotif (vive frayeur, chute d’un lieu élevé) existe-t-il dans l’enfance ? Je n’en ai pas vu d’exemple.
La dyspepsie habituelle, la dilatation de 1 estomac, le rachitisme, m’ont paru jouer un rôle dans l’étiologie de
ICTÈRE
Ticlère catarrhal . L’ictère peut survenir chez des enfants très jeunes : j’ai vu un petit rachitique de dixhuit mois qui en était atteint.
Un garçon de deux ans et demi, dont les parents avaient eu des coliques hépatiques, a présenté un ictère très foncé, accompagné de douleurs et d’engorgement du foie. Mais, chez les enfants, la colique hépatique est toujours fruste et ne sert pas beaucoup au diagnostic différentiel.
Symptômes. — Dans l’ictère des enfants, comme dans celui des adultes, les téguments et les muqueuses sont colorés en jaune, les urines prennent une teinte acajou elles matières fécales deviennent plâtreuses, argileuses et décolorées.
La constipation est la règle; la langue est saburrale, l’appétit diminué ou aboli, la soif vive.
Le pouls est tantôt fréquent, tantôt normal, tantôt ralenti ; il n’est pas toujours influencé dans le même sens que chez l’adulte, et Ilénoch a pu dire, à mon avis avec exagération, que le ralentissement du pouls n’existait pas dans l’ictère infantile.
Le foie est souvent augmenté de volume, son bord inférieur dépasse les fausses côtes, il est sensible à la pression. Les nuits sont agitées et le sommeil est souvent interrompu par des cauchemars.
La durée moyenne de l’ictère catarrhal est de quinze jours à trois semaines; la récidive est possible, j’en ai observé un cas chez une petite fille de cinq ans.
La terminaison a été constamment favorable dans les cas soumis à mon observation ; je n’ai pas vu d’ictère grave dans la seconde enfance.
Traitement. — On prescrira l’eau de Vichy, à la dose (le deux ou trois verres à bordeaux par jour, la diète lactée, les purgatifs (scammonée ou calomel, 50 centi-
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grammes ; huile de ricin, 10 à 15 grammes), les bains alcalins.
On pourra essayer aussi les grands lavements d’eau Iroide (1 à 2 litres, à 15“ ou 18°), qui ont donné des guérisons rapides à Krull et à Kraus (1).
Mais, quelque soit le traitement employé, rielère des enfants guérit rapidement.