LARYNGITE AIGUË SIMPLE
reconnaît la maladie qu’aux caractères anormaux de la voix et de la toux.
L’auscultation, quand la laryngite est simple, reste absolument négative. L’examen de la gorge fait constater parfois nne rongeur diffuse du pharynx et la présence de mucosités épaisses sur la paroi postérieure.
Quant à l’expectoration, il ne faut pas y compter chez la plupart des enfants; les crachats, peu abondants d’ailleurs, sont déglutis à mesure qu’ils sont chassés par la toux.
A côté des laryngites légères et sans fracas, il y a des formes graves avec fièvre, anxiété, dyspnée, toux incessante et pénible, cornage, menaces d’asphyxie. On a cité des cas mortels. Généralement, tous les symptômes s’amendent au bout de quelques jours, la voix est pour un temps enrouée, bitonale, et l’enfant guérit dans un espace court.
Diagnostic. — En présence d’un enfant qui a de la raucité de la voix, même sans fièvre et sans atteinte générale, sans angine, sans adénopathie, on ne peut se défendre de penser au croup. La diphthérie du larynx débute trop souvent d’une façon insidieuse pour ne pas justifier toutes les alarmes.
S’il y a eu une fausse membrane dans la gorge ou dans les crachats, le diagnostic est fait. Dans les cas douteux, on prescrira l’isolement, comme si ladiphtliérie était certaine. Gela ne nuira pas à l’enfant et pourra préserver l’entourage.
On reconnaîtra l’œdème de la glotte au toucher et même à la vue.
Irailement. — On débutera par un vomitif, qui souvent apaisera la toux et éclaircira la voix. On donnera ensuite les bains de pieds sinapisés, les inhalations de vapeurs émollientes. On pourra appliquer de la tein-
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFAN'CE
tiire d’iode au-devant du larynx, une éponge imbibée d’eau chaude, mais pas de vésicatoire. Potion calmante avec belladone et aconit.
B. — laryngite striduleüse, faux croup.
Cette maladie, décrite encore sous les noms d’asthme de Millar (1), de laryngite spasmodique (Barthez et Rilliet), d’angine striduleuse (Bretonneau), n’est qu’une modalité de lar^uigite simple, propre aux enfants dont le larynx est très étroit et la susceptibilité nerveuse très grande.
Etiologie. — C’est de deux à cinq ans qu’on observe surtout les accès de laryngisme striduleux. Les sujets nerveux sont prédisposés; on voit souvent plusieurs enfants de la même famille être pris ensemble ou successivement. Cependant, la maladie est sporadique, elle n’est pas contagieuse. Barthez et Rilliet admettent l'hérédité.
En dehors des causes banales, froid, cris, fatigue, y a-t-il nue cause particulière? Coupard invoque les végétations adéno'ides, d’autres font intervenir l’hypertrophie amygdalienne,ou l’adénopathie bronchique (Baréty); mais ces lésions organiques existent souvent sans stridulisme, et réciproquement. Je considère cette complication des laryngites comme accidentelle et sans lien constant avec une lésion anatomique exté- I rieure au larynx. Elle peut annoncer la rougeole.
Au point de vue de la pathogénie, on pourrait comparer la laryngite striduleuse à la coqueluche, car, dans
(1) Ou the asthma Hooping cough (Londres, 1769). Millar 1 a distinguée du croup.
LARYNGITE STRIDULEUSE
cos deux maladies, il y a àla fois une légère inflammation de la muqueuse des voies respiratoires, un catarrhe et un état spasmodique ou nerveux exagéré.
Mais pourquoi Taccès spasmodique ne se produit-il que pendant le sommeil de l’enfant ? Pour Krishaber et Peter [Dict. encyclopédique de Dechambre), la respiration étant plus lente et plus faible pendant le sommeil, un rétrécissement inflammatoire du larynx, bien toléré pendant le jour, sera, pendant la nuit, une cause de dyspnée ; l’enfant, pendant les premières heures du sommeil, a donc la respiration entravée, et, quand cette entrave est portée àun certain degré, il s’éveille effrayé, et c’est alors que l’élément nerveux entre en jeu et que le spasme de la glotte y'xQni s’ajouter à \ enchif r'enement de la muqueuse laryngée.
De même, pendant la veille, le passage de l’air, suffisant à l’état de repos, ne l’est plus quand l’enfant court, joue, fait des etlbrts, et le stridulisme diurne peut alors se montrer.
Symptômes. — Tantôt, la laryngite stridnleuse a un début brusque, imprévu ; tantôt, le premier accès a été précédé d’un léger catarrhe des premières voies, coryza, toux, raucité de la voix, en un mot d’un rhume datant de quelques jours. Mais ce rhume a pu passer inaperçu, et le premier symptôme caractéristique de la maladie est un accès de sulfocation nocturne qui saisit l’enfant au milieu de son sommeil et cause un grand elTroi à son entourage.
Au milieu de la nuit, tout à coup, l’enfant se réveille, s’assied, en proie à une dyspnée intense, avec anxiété, inspiration sifflante et toux aboyante spéciale, à timbre creux, rappelant le cri du coq. En même temps, le visage se couvre de sueur, la gêne respiratoire est à son comble, l’asphyxie paraît imminente. Cependant,
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
l’accès de sidïocation s’atLénuc, cesse au bout de quelques minutes et le sommeil revient.
L’accès est, en général, unique, mais quelquefois il se reproduit à deux ou trois reprises dans la môme nuit. Le lendemain, l’enfant peut se lever, manger, se livrer à ses occupations habituelles, gardant tout au plus une toux légère, qui ne diffère pas de celle du rhume ordinaire.
Les nuits suivantes, les accès peuvent revenir.
Dans l’intervalle des accès, la dyspnée manque ou n’est que peu accusée ; parfois cependant elle persiste et peut aller jusqu’au tirage.
La fièvre est légère ou nulle. Les rémissions diurnes si remarquables donnent à cette maladie un cachet tout particulier. En général, la laryngite striduleuse guérit eu trois ou quatre jours; sur 109 cas, Barthez et Rilliet n’ont pas vu un seul cas mortel ; Trousseau cite deux <lécès. Je n’ai pas vu la mort survenir dans ma statislique personnelle, mais j’ai vu la trachéotomie s’imposer chez un enfant. La laryngite striduleuse se complique parfois de bronchite et même de bronchopneumonie.
La violence des accès de suffocation peut aboutir à la rupture des vésicules pulmonaires et à l’emphysème sous-cutané, dont un bel exemple a été observé par M. Cadet de Gassicourt chez une fillette de cinq ans (1).
Tous ces accidents, malgré leur rareté, assombrissent un peu le pronostic. Il ne faut pas oublier, en outre, que la laryngite striduleuse peut récidiver chez le même enfant, à plusieurs mois ou plusieurs années de distance.
Diagnostic. — Dans la grande majorité des cas, le (1 Revue mensuelle des maladies de l'enfance, 1887, page 49.
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<liagnost,ic est facile, quoique le médecin soit rarement appelé à assister à l’accès ; on vient bien le chercher <lès le début des accidents, mais, quand il arrive, la scène est terminée.
Ce qui permet, dans ce cas, de reconnaître la maladie, c’est l’ensemble des circonstances au milieu desquelles elle est survenue : enfant jeune, bien portant ou à peine enrhumé depuis quelques jours, pris à l’improviste d’un accès nocturne, avec toux aboyante, qui peut se répéter, mais qui, d’ordinaire, ne laisse aucun trouble marqué à sa suite.
Le croup vrai, dont on doit toujours redouter la présence, ne débute pas ainsi, et c’est avec raison qu’on a pu dire que le vrai croup finit comme le faux crouj) commence.
Cependant, l’erreur est possible, et, si le croup d’emblée est rare, il est admissible, surtout si les accidents prémonitoires, l’angine couenneuse, ont pu échapper. La ùnchéotomie îü été faite, dans ces conditions, elle a même pu être nécessaire dans le stridulisme simple. Le diagnostic avec le spasme de la glotte, l’abcès rétro-pharyngien, les corps étrangers des voies aériennes, dans certains cas, peut se poser.
Traitement. — Le vomitif au début me parait tout indiqué; on ne peut qu’approuver l’enveloppement ouaté des extrémités inférieures, l’application d’eau chaude sur le larynx (éponge) pendant une minute, répétée plusieurs fois. Il faut y joindre les inhalations de vapeurs chaudes, une potion gommeuse avec 5 centigrammes de kermès, le bromure de potas- .sium, la belladone, un peu d’alcool, la trachéotomie en dérnier ressort.
Il faut se garder d’appliquer un vésicatoire au-devant du cou (crainte de diphthérie), mais on peut avoir
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recours à la teinture d’iode ; les émissions sanguines sont abandonnées depuis longtemps.