Traité des maladies de l'enfance
S'est faite par la voie sanguine, atteignant le testicule au hasard de l'infection bacillaire. En réalité, cette tuberculose génitale, comme les tuberculoses chirurgicales, n'est primitive qn'en apparence. Elle a été précédée d'une étape médicale que les autopsies des nourrissons nous montrent presque constamment.
En général, un seul testicule est pris, le gauche plus souvent que le droit ; le corps de la glande est d'abord envahi, puis l'épididyme, quelquefois aussi le cordon. La caséification suit une marche lente et insidieuse, et le testicule n'acquiert pas un grand volume. Parfois il n'y a qu'une induration limitée qu'il faut chercher avec soin ; la terminaison par sclérose et atrophie cicatricielle n'est pas rare.
Le début peut avoir lieu par une orchite aiguë (orchite tuberculeuse), avec gonflement, chaleur, douleur ; puis, au bout de quelques jours, tout se calme, et l'évolution chronique s'installe. Le plus souvent la marche est insidieuse, et la palpation seule révèle la lésion. Après l'induration, le ramollissement survient, puis les abcès, les fistules. Mais, dans beaucoup de cas, la suppuration manque et la tumeur se résout peu à peu. L'enfant peut d'ailleurs présenter d'autres localisations, y compris la méningite tuberculeuse, à laquelle succomba un de mes petits malades. La guérison spontanée est fréquente.
Le traitement doit être conservateur : pas de castration, emplâtre de Vigo, protection de la tumeur, bonne hygiène.
2° Syphilis. — Hutinel a bien montré la fréquence de l'hérédo-syphilis testiculaire. Le testicule syphilitique peut apparaître dès la naissance ou ne se dévoiler que dans les premiers mois ou après la première année. La lésion est bilatérale plus souvent qu'unilatérale, et le corps du testicule est pris à l'exclusion de l'épididyme. Cependant j'ai vu plusieurs cas d'épididymite hérédosyphilitique. Il n'y a pas de liquide dans la tunique vaginale ; l'organe est dur et ferme, indolent, roulant dans les bourses comme une bille. Le sarcocèle syphiHtique ne se ramollit pas, il relève d'un processus scléro-gommeux qui aboutit presque toujours à l'atrophie et à la stérilité. Le traitement sera celui de la syphilis : frictions mercurielles, iodure de potassium.
3° Cancer. — Les tumeurs malignes du testicule sont assez fréquentes, et il y a longtemps déjà {Progrès Médical, 1884), Ch. Monod avait pu en réunir 27 cas. Dans plus de la moitié des cas, c'est au cours de la première année, souvent dans les six premiers mois, que le mal a débuté ; parfois même il semble remonter à la naissance. De un à deux ans, les cas sont assez nombreux ; ils sont exceptionnels à partir de trois ou quatre ans. L'hérédité n'a pas été relevée nettement dans les observations publiées, sauf dans 1 cas de Hutchinson (2 tantes de l'enfant ayant succombé au cancer du sein). Les traumatismes, les broiements du testicule ont été incriminés, mais souvent ils intervenaient sur une glande déjà malade. L'état général est bon, la tumeur indolente, mais elle grossit rapidement. On trouve, à droite ou à gauche, une tumeur grosse comme un œuf de poule, rénitente, pseudofluctuante, opaque, lourde, insensible à la pression. Surface égale ou peu GoMBY. — Maladies de V Enfance. 35
bosselée. La glande est prise plus que l'épididyme. Gordon sain, ganglions lombaires intacts. Peau non adhérente ou vascularisée.
On songe à une hématocèle, surtout quand le traumatisme est avéré. La ponction ne donne qu'un peu de sang. Le trocart n'est pas libre dans une cavité. D'ailleurs, l'hématocèle n'existe pas chez les enfants.
L'hydrocèle se distingue par la fluctuation, la transparence, le résultat de la ponction. La tuberculose atteint l'épididyme aussi bien que le corps de l'organe, procède par poussées, entraîne des abcès, des fistules, n'acquiert jamais un grand volume. Le testicule scléro-gommeux de la syphiUs a une apparence trop particuHère pour laisser place au doute. Cependant l'inclusion scrotale a pu, dans 1 cas (Verneuil), mettre dans l'embarras. Quand la tumeur est abandonnée à elle-même, elle peut gagn3r la peau et l'ulcérer; à la longue, les ganghons lombaires se prennent, et la cachexie cancéreuse s'établit.
Le pronostic est très grave, malgré la castration, et la récidive s'observe dans les six ou douze mois qui suivent. Même dans les cas où l'opérateur a rencontré un enchondrome, une maladie kystique du testicule, le résultat a été mauvais. Dans tous les cas, il convient d'opérer sans retard. Conservateur dans la tuberculose du testicule, il faut être radical dans le cancer. La castration s'impose.
40 Tumeurs congénitales. — On connaît quelques exemples de kystes congénitaux, de tumeurs dermoïdes du testicule. Verneuil a opéré un enfant de deux ans qui portait depuis la naissance une tumeur scrotale grosse comme un œuf de poule, régulière, non fluctuante. Mais une ponction donna un hquide limpide. C'était une inclusion fœtale partiellement kystique. Généralement les tumeurs de cette nature, quoique congénitales, ne se développent que plus tard, dans la seconde enfance (tératomes).