MÉNINGITE AIGUË SIMPLE
participation fréquente de Técorce cérébrale : paralysies flasques ou spasmodiques, troubles sensoriels, hydrocéphalie, sclérose {Thèse de Courtellemont, Paris, 15 déc. 1904). Dans les ventricules, la sérosité est abondante et parfois purulente.
Les lésions varient d'étendue et d'intensité, suivant la forme et la durée de la maladie ; plus celle-ci est courte, moins il y a de suppuration. On doit toujours rechercher avec soin la présence des tubercules et n'éliminer la méningite tuberculeuse que dans les cas où cette recherche est négative. On recher chera aussi du côté des os du crâne, de l'oreille, des fosses nasales, de l'orbite, les lésions qui ont pu être le point de départ de la méningite.
Symptômes. — Chez les sujets qui ont dépassé l'âge de deux ans, la céphalalgie est constante ; chez les autres, elle ne se traduit que par des cris ou des gémissements. Ce symptôme précoce s'accompagne de vomissements, de constipation, de fièvre. La céphalalgie est continue et atroce ; elle dure un deux ou trois jours et fait place au délire et au coma. Chez les enfants très jeunes, les convulsions ouvrent la scène ; chez les plus âgés, c'est le délire, l'agitation, l'anxiété. Parfois c'est un mutisme farouche que l'on constate Le coma succède au délire ou alterne avec lui. Les convulsions, quand elles existent, se répètent coup sur coup ; elles sont toniques (raideur de la nuque et du tronc, soubresauts des tendons). Des paralysies limitées peuvent être observées.
La fièvre est très forte ; elle monte à 40^ et dépasse ce chiffre ; j'ai vu un enfant, atteint de méningite traumatique mortelle, présenter dans l'aisselle 42^,5 ; je n'ai observé de plus haute température que dans la fièvre hystérique. Le pouls marque 120, 150, 160. La courbe fébrile est en plateau ; elle ne présente que de faibles rémissions ; il y a une ascension terminale dans les cas funestes. La respiration est irrégulière et offre souvent le type de Cheyne- Stokes. Le faciès, d'abord coloré, devient pâle, grimaçant ; le regard est fixe, la sensibilité des globes oculaires à la pression exagérée ; il y a du strabisme, du myosis, puis de la mydriase. Les grincements de dents et le trismus sont habituels. L'enfant craint le bruit et la lumière. Au début, il y a des vomissements et de la constipation ; mais cette dernière est moins accusée et moins persistante que dans la tuberculose méningée.
On distingue deux formes chniques : la déhrante et la convulsive, celle-ci propre aux enfants du premier âge, celle-là plus fréquente dans la seconde enfance et accompagnée parfois d'une agitation telle qu'on est obligé d'attacher les petits malades. La marche de la maladie est rapide et continue, sans rémissions notables ; la durée est très courte ; elle va de cinq à huit ou dix jours. On a décrit une forme chronique, caractérisée par des accès convulsifs. La guérison est possible, et l'on voit des idiots qui ont commencé par des convulsions et de la méningite aiguë ; à l'autopsie, on trouve des méninges épaissies, adhérentes, parfois de la sclérose cérébrale ayant entraîné une paralysie spasmodique.
Le pronostic varie suivant les formes. D'après la statistique de A. Bernard {Thèse de Paris, 1903), tandis que la méningite épidémique ou à méningocoques ne donne que 21 p. 100 de mortalité, la méningite à pneumocoques en
donnerait 75 p. 100 ; l'éberthienne, plus de 60 p. 100 ; la staphylococcique, la grippale, la streptococcique, plus de 90 p. 100 ; la colibacillaire, plus de 57 p. 100. Outre la question de mort, il faut tenir compte des séquelles nerveuses que les méningites peuvent laisser à leur suite. Ces troubles précoces ou tardifs s'expliquent par l'association de l'encéphalite à la méningite. Ils assombrissent le pronostic.
Diagnostic. — Des convulsions répétées coup sur coup, avec fièvre, assoupissement ou coma, distingueront la méningite de l'éclampsie infantile ; car, dans cette dernière maladie, les accès sont courts, et la santé est bonne dans leur intervalle. La méningite tuberculeuse a des prodromes plus ou moins longs, une marche subaiguë, rémittente, irrégulière, des symptômes qui indiquent la prédominance basilaire des lésions. Dans les cas difficiles, la ponction lombaire rendra service. Tandis que l'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien ne donne presque que des lymphocytes dans la méningite tuberculeuse, il ne révèle que des polynucléaires dans les méningites simples. Cependant, dans la méningite ourlienne, dont j'ai vu récemment un bel exemple terminé par la guérison, le liquide céphalo-rachidien est clair et contient de nombreux lymphocytes, comme dans la méningite tuberculeuse. On tiendra le plus grand compte des circonstances qui auront précédé le syndrome méningé. Chez une petite fille de quatre ans, convalescente de fièvre typhoïde, Tordeus a vu la méningite simple évoluer à la manière d'une méningite tuberculeuse (1). L'examen du liquide céphalo-rachidien a une importance capitale pour le diagnostic des différentes variétés de méningites bactériennes; on ne tiendra pas compte seulement des réactions cellulaires, mais on recherchera la présence des différents microbes : pneumocoques, méningocoques, bacilles de Pfeiffer. Lesné et Simon [Soc. de Pédiatrie^ 18 janvier 1910) ont vu deux cas de méningite à pneumocoques chez le nourrisson terminés par la mort dans lesquels les microbes étaient très abondants, sans réaction cellulaire ou avec très peu de réaction cellulaire. Il n'y a pas parallélisme entre les deux phénomènes.
L'encéphalite aiguë confond ses symptômes avec ceux de la méningite. Elle s'en distingue cependant quand elle est isolée, par l'absence de toute réaction leucocytaire du Hquide céphalo-rachidien. Les hémorragies méningées se caractérisent surtout par des contractures.
La fièvre intermittente pernicieuse, la pneumonie à forme cérébrale, la variole, la scarlatine, la fièvre typhoïde au début, peuvent simuler la méningite aiguë dans quelques cas ; mais la marche ultérieure de la maladie lèvera les doutes.
Traitement. — Au point de vue prophylactique, on conseillera d'éviter les insolations pour les nouveau-nés, de soigner les plaies de tête, les otorrhées, en s'inspirant de la méthode antiseptique. Comme traitement, nous ne connaissons guère que des palliatifs destinés à calmer la congestion et l'inflammation interne par une révulsion ou une dérivation externe plus ou moins énergique.
(1) Journal de médecine, chirurgie et pharmacie de Bruxelles, 1890.