ABCÈS DU CERVEAU
Étiologie. — Rare chez les enfants, l'abcès du cerveau se rencontre un peu plus souvent dans la seconde que dans la première enfance. Tantôtja cause est ignorée et l'encéphalite semble primitive ; tantôt et plus souvent elle est secondaire à un traumatisme (contusion, plaie, fracture du crâne), à une otite, à une carie du rocher, à une ostéomyélite, à une ophtalmie purulente, à la pyohémie, à la rougeole. Henoch a vu une rhinite chronique avec carie de la lame criblée de l'ethmoïde entraîner un abcès colossal de l'hémisphère droit. Rilhet et Barthez ont vu une pleurésie purulente se comphquer d'abcès cérébral. Toutes ces maladies agissent en ouvrant la porte à un microbe pyogène (streptocoque ou staphylocoque). De toutes les causes, la plus fréquente est l'otite suppurée, avec ou sans carie du rocher ; cette maladie provoque, soit par propagation, soit à distance, un abcès qui peut occuper le cerveau, le cervelet et même l'isthme.
Savariaud et Dutheillet de Lamothe {Journal de Méd. de Paris, 2 mars 1912) ont rapporté deux cas d'abcès cérébelleux droit chez un garçon de quatorze ans et d'abcès cérébral gauche chez une fille de huit ans, à la suite d'une othorrée chronique fétide dans les deux cas. Mort malgré l'intervention. M. Valabrega (Arch. Lat. Amer, de Pediairia, janvier-avril 1917) a vu un abcès cérébral primitif à pneumocoques chez un garçon de 7 ans. L'abcès, en billion de rhemi'^e (100 s^ramra-^s) siéG:eai'^, dans l'hémisphère gauche.
Anatomie pathologique. — La collection purulente peut être précédée de la lésion décrite sous le nom de ramollissemenl rouge, à cause de la faible consistance de la pulpe cérébrale et de la congestion qui l'accompagne. D'après Hayem, il se fait une multiplication des cellules de la névroglie, qui s'accumulent autour des vaisseaux sanguins et lymphatiques ; puis les éléments cellulaires sont frappés dé dégénérescence granulo-graisseuse ; enfin la diapédèse des globules blancs joue un rôle important dans la formation du pus. Quand le pus est collecté, il se loge dans une cavité irrégulière, à parois tomenteuses, ou lisse et kystiforme. Ce pus est jaune verdâtre, épais, bien lié, parfois fétide. Il est rare que l'abcès soit proche du foyer initial, du rocher carié par exemple ; le plus souvent il en est séparé par du tissu cérébral sain. Il est unique ou multiple, superficiel ou profond. Il siège habituellement dans le centre ovale ; on peut trouver aussi un foyer sous-méningé en même temps qu'un foyer profond. Le volume est très variable : il y a des abcès petits, miliaires, des abcès moyens (volume d'une noix) et des abcès énormes occupant la presque totalité d'un hémisphère et donnant au cerveau l'aspect d'une gelée tramblante. Ils peuvent entraînor la méningite suppurée.
Symptômes. — On a décrit trois périodes : la première, initiale, répondant à l'encéphalite et à la formation du pus ; la seconde, moyenne, caractérisée par l'apaisement et la tolérance ; la troisième, terminale, mais c'est un ordre
théorique et artificiel. L'abcès peut se former sans bruit et rester latent jusqu'à l'explosion terminale.
La céphalalgie est le symptôme le plus précoce et le plus constant ; elle peut indiquer approximativement le siège de la lésion ; si elle occupe l'occiput ou la nuque, on doit penser à l'abcès du cervelet. La fièvre est modérée (390), le pouls accéléré, parfois irréguher. Les vertiges, les éblouissements, l'embarras de la parole, les nausées, les vomissements peuvent s'ajouter à la céphalée. On a noté aussi la mydriase, l'inégalité pupillaire, le strabisme, les alternatives de pâleur et de rougeur de la face, les fourmillements dans une moitié du corps, des contractures légères. Le début peut être marqué par du délire ou des convulsions, suivies d'hémiplégie. Ailleurs, l'enfant tombe dans un coma interrompu par des cris, de l'agitation ; il présente parfois de l'aphasie (abcès frontal gauche).
Le ventre est généralement déprimé, il y a de la constipation, de la rétention d'urine. Aucun de ces symptômes n'est caractéristique, et l'on peut aussi bien penser à la méningite qu'à l'abcès du cerveau. Mais la méningite ne présente pas la rémission qu'on observe souvent dans l'abcès cérébral et qui répond à l'enkystement de l'abcès et à la période de tolérance. On voit en effet, au bout de quelques jours, l'enfant revenir complètement à lui, ou garder seulement une paralysie. Chez un enfant atteint de fracture du crâne, la rémission dura dix-huit jours (1). Elle peut être beaucoup plus longue. Après cette période de rémission, dont la durée est si variable, éclatent des accidents mortels (convulsions, hémiplégie, contractures, coma). Cette explosion dépend soit de l'irritation exercée par le foyer sur le tissu cérébral, soit d'une fusée purulente vers les méninges ou les ventricules. La période terminale dure rarement plus de deux ou trois jours.
Diagnostic. — En l'absence de symptômes qui lui soient propres, l'abcès cérébral se reconnaîtra d'après les antécédents de l'enfant, les maladies concomitantes, la marche des accidents. La méningite simple, la méningite tuberculeuse, le tubercule cérébral, sont les affections qui présentent le plus de points communs avec l'abcès du cerveau.
Traitement. — On fera la prophylaxie de l'abcès cérébral en traitant les otorrhées de l'enfance. On fera de la médecine palliative en donnant du bromure de potassium, en appliquant une vessie de glace ou un vésicatoire sur la tête. Enfin on cherchera à intervenir d'une façon curative par la îrépanatiorij en étudiant avec soin les symptômes qui permettent de localiser l'abcès.