CÉCITÉ VERBALE
ajourné. Ailleurs, c'est un traumatisme crânien, ou une maladie infectieuse ayant touché les centres nerveux. On pourra alors admettre une surdité verbale acquise.
Le pronostic est lié au diagnostic qui aura permis de présumer la cause, la nature et l'étendue de la lésion. S'il n'y a que retard de développement, l'espoir est permis. S'il y a arrêt, on n'obtiendra rien. Si le sujet est intelligent, bien conformé, vigoureux, on a les plus grandes chances de le guérir suivant Wernicke : la surdité verbale est, de toutes les aphasies, celle qui guérit le plus facilement.
Le traitement sera surtout médico-pédagogique. Après avoir donné à l'enfant les soins qu'exige sa santé générale (bonne hygiène, repos, bonne noumture), on lui administrera tous les jours une leçon d'articulation, de répétition verbale, en associant constamment le mot à la chose.Il faudra éviter d'ennuyer et de fatiguer le jeune sujet. En quelques mois, chez des sujets de trois ans et demi et cinq ans et demi (deux frères), le D^" R. Foy avait obtenu des résultats remarquables.
CÉCITÉ VERBALE. — Kussmaul, dès 1877, a montré l'existence de la cécité pour les mots écrits, la vue, l'intelligence et la parole restant normales. Ce trouble morbide dépendait d'une lésion du pli courbe gauche chez les droitiers.
Quant à la cécité verbale congénitale, elle a été signalée par le D^ W. Pringle Morgan [Brit. med. Journal, 7 nov. 1896), puis par Hinshelwood {The Lancel, 26 mai 1900 ; Tlie Brit. med. Journal, 2 nov. 1907). Déjà le D^ Thomas {Ophtalmie Review, août 1905) avait insisté sur le caractère familial et héréditaire de la maladie. W.-J. Rutherfurd {The Brit. Jour, of Children's Diseases, nov. 1909), chez une fille de dix ans, atteinte de cécité verbale, insiste sur l'hérédité (goitre, sarcome, alcoolisme dans la famille), et il en fait une psychose de dégénérescence. En France, une belle observation de cécité verbale congénitale a été présentée par Variot et Leconte à la Société Médicale des Hôpitaux {26 oct. 1906).
Dans les 4 récentes observations du D^" Hinshelwood, on voit des garçons de douze, quatorze, seize, dix-huit ans qui, après avoir passé de longues années à l'école, n'ont pu apprendre à lire. A peine -s'ils pouvaient connaître quelques lettres de l'alphabet et lire un petit nombre de mots monosyllabiques. En épelant devant eux, ou en leur permettant d'épeler eux-mêmes, pour qu'ils puissent faire appel à leur mémoire auditive, ils arrivaient à lire un peu mieux. En arithmétique, ces enfants avaient fait beaucoup plus de progrès. Ils savaient écrire sous la dictée. Vision normale, santé générale excellente.
Plus récemment J. Hinshelwood {Brit. med. Journ., 18 mars 1911) a rapporté 2 nouveaux cas (garçon de dix ans, fille de douze ans) appartenant à la même famille qui lui avait fourni les 4 cas cités plus haut. Ils étaient les enfants de la sœur aînée des quatre malades, par conséquent les neveux de ces derniers.
Il arrive parfois que des médecins oculistes soient consultés en pareil cas et prescrivent des verres pour remédier à la cécité verbale. Un examen attentif
montrera que la cause de la cécité est, non pas oculaire, mais cérébrale. Quand on verra un écolier ne pouvoir apprendre à lire après des années d'étude, tout en ayant acquis une certaine force en arithmétique, on devra penser à la cécité verbale. La mémoire visuelle pour les mots écrits et les lettres est indépendante de la mémoire des figures ; aussi voit-on, dans la cécité verbale, la mémoire des nombres rester normale. Cependant il est des cas où elle est affaiblie, ce qui n'est pas surprenant, les centres de ces deux mémoires étant très rapprochés l'un de l'autre et pouvant être atteints simultanément. La grandeur des caractères ne fait rien à la cécité verbale; grandes ou petites, les lettres sont également méconnues, ce qui n'existe pas dans les affections oculaires. Les sujets atteints de cécité verbale congénitale sont intelhgents ; la lésion est purement locale, le reste du cerveau est intact.
Dans les cas de cécité verbale congénitale et familiale, comme chez les 4 frères observés par Hinshelwood, on peut admettre une lésion du pli courbe, probablement par défaut de développement.
Le pronostic n'est pas plus mauvais dans la cécité verbale que dans la surdité verbale; la guérison pourra être obtenue par des efforts multipliés et prolongés.
Le traitement médico-pédagogique offre quelques chances de succès. On finit par apprendre la lecture à ces enfants, quand ils sont intelligents et sans autre tare cérébrale. Il se fait à la longue une suppléance par un centre voisin ou par le centre symétrique de l'hémisphère droit. Mais il est nécessaire que l'enseignement soit donné individuellement, non dans les écoles ordinaires. Là, au mùlieu d'enfants normaux en plus ou moins grand nombre, l'enfant atteint de cécité verbale pourra rester des années sans faire aucun progrès. Il en sera tout autrement s'il reçoit des leçons particulières.
On devra donc enseigner individuellement la lecture à cette catégorie d'enfants, en répétant les leçons tous les jours, dans des séances assez courtes pour n'être pas fatigantes. Pour rendre ces leçons plus fructueuses, on fera construire des lettres en bois que les enfants pourront reconnaître en associant les impressions tactiles aux images visuelles.
Écriture en miroir. — Buchwald (1878) a décrit, sous le nom deSpiegelschrift (écriture en miroir), l'écriture renversée des hémiplégiques, qui ne peut être lue que par transparence ou en la plaçant devant un miroir. Soltmann et après lui Aquiles Gareiso, dans la Revue de la Société médicale Argentine {1907), l'ont décrite chez les enfants. Cette anomalie, en espagnol escritura en espejo, s'observe chez les sujets qui écrivent de la main gauche. Sur 200 enfants sains d'une part, chez 200 enfants malades d'autre part, Soltmann n'a trouvé l'écriture en miroir que chez ceux qui avaient des tares ou des maladies du système nerveux. Sur 43 écoliers, A. Gareiso ne trouve des lettres inverties que chez 3 quand ils écrivaient les yeux fermés. Sur 100 autres garçons d'un deuxième collège, 4 seulement présentèrent l'écriture en miroir. Chez 50 enfants atteints de maladies nerveuses (chorée 15, épilepsie 15, hystérie 8, tics 7, arriération 5), il trouve 2 cas d'écriture en miroir (une fille hystérique de treize ans, un arriéré). Un garçon de dix ans, présentant le syn-
drome de Little, avait l'écriture en miroir; un amputé de la main droite l'avait aussi. Ce dernier, exercé à écrire de la main gauche, avait eu d'emblée son écriture renversée. Il semble donc bien que l'écriture en miroir soit l'écriture normale de la main gauche.
Quoique Strumpell, dès 1884, ait attiré l'attention sur l'encéphalite aiguë, diffuse, du jeune âge, cette affection est souvent méconnue en clinique et passée sous silence dans les traités même les plus récents. On étudie bien l'encéphalite suppurative, l'abcès du cerveau consécutif aux lésions de l'oreille moyenne, des sinus, mais on dédaigne l'encéphalite aiguë non suppurée, dont la symptomatologie, jusqu'à présent, a été confondue avec celle de la méningite.
Étiologie. — Le cerveau des enfants est cependant très vulnérable par son volume, par son évolution, par sa riche vascularisation. On conçoit mal qu'il puisse échapper aux toxi-infections aiguës de l'enfance, alors que les méninges seraient si souvent atteintes.
En réalité, l'encéphalite aiguë est très fréquente, et il est possible de la reconnaître dans beaucoup de cas. Ses causes sont nombreuses et variées : fièvre typhoïde, scarlatine, rougeole, oreillons, entérite infectieuse, coqueluche, peuvent déterminer une congestion ou une irritation inflammatoire de l'écorce cérébrale plus ou moins étendue, plus ou moins profonde. Cette encéphalite aiguë se traduira par des convulsions, des contractures, des spasmes, des paralysies, sans parler des troubles psychiques passagers ou durables qui se rencontrent assez fréquemment. Parmi les maladies infectieuses, il n'en est pas qui expose plus que la grippe à l'encéphalite aiguë, dans toutes ses formes et à tous ses degrés. J'ai vu très souvent les convulsions accompagner la grippe, et mon élève, le D^" L, Habert, a pubhé sur cette question (Paris, 1905) une thèse assez documentée. A l'occasion d'une grippe même bénigne, on peut voir parfois des accidents convulsifs effrayants. Ces convulsions, souvent épileptiformes et limitées à un côté du corps, traduisent soit une congestion, soit une inflammation de l'écorce cérébrale, en d'autres termes une encéphalite aiguë, légère. Dans quelques cas, d'ailleurs, les convulsions sont suivies de phénomènes durables, hémiplégie ou hémi-contracture, qui viennent attester l'atteinte profonde portée à l'encéphale. Parmi les observations d'encéphalite grippale les plus intéressantes, il faut citer celle des D^^ Prickett et Batten {Clin. Sol. of London, 11 mai 1900), qui s'est terminée par la mort chez un garçon de neuf ans.
J'ai vu l'encéphalite aiguë succéder dans un cas à la coqueluche, dans un autre cas à l'embarras gastrique. Dans un dernier cas, il s'agissait d'une fillette de quatre mois, prise d'encéphalite aiguë à la suite d'une vaccination qui avait déterminé localement une induration phlegmoneuse.
La syphihs héréditaire, dans quelques cas, semble jouer un rôle et la
présence de tréponèmes dans les lésions cérébrales a été relevée par Péhu et Gardère chez un enfant de deux ans {Arch. de Méd. des Enfants, juin 1915).
Les intoxications pures, en particulier l'intoxication oxycarbonée, peuvent aussi parfois déterminer l'encéphalite aiguë ou subaiguë avec ses conséquences (accès épileptiformes).
Outre ces causes infectieuses ou toxiques déterminantes, j'ai relevé, chez la plupart de nos petits malades, une prédisposition nerveuse, héréditaire ; mais elle n'est pas nécessaire. L'encéphalite aiguë intra-utérine doit être admise dans un certain nombre de cas ; elle donne l'explication d'un grand nombre d'idioties et d'anomalies cérébrales congénitales.
Si l'étiologie de l'encéphalite aiguë est assez nette dans beaucoup de cas, il n'en est pas de même de l'anatomie pathologique.
Anatomie pathologique. — ■ La plupart des encéphalites aiguës que j'ai pu suivre ont guéri. On a rarement l'occasion de faire des autopsies. Aussi l'anatomie pathologique de cette maladie est-elle assez pauvre. Les lésions du cerveau ne sont d'ailleurs pas grossières ni réunies en foyer. Elles consistent en modifications vasculaires, en piqueté hémorragique de la substance grise ou blanche, en congestion plus ou moins vive de la surface. Parfois on trouve des vaisseaux engorgés, thromboses ; leurs parois semblent épaissies et, dans d'autres cas, la névroglie commence à proliférer, et les grandes cellules nerveuses sont altérées. Dans les cas d'encéphalite chez le nourrisson étudiés par R. Fischl [Jahrb. f. Kind., 1899), il y avait des foyers gris métastatiques formés par des amas leucocytaires renfermant le staphylocoque blanc. Autour des vaisseaux, on voyait tantôt de la congestion, tantôt des amas leucocytaires. Dans le cas si remarquable de Prickett et Batten, que nous avons cité plus haut, on a constaté l'intégrité de la dure-mère et des sinus, la pâleur de la surface du cerveau avec affaissement notable des circonvolutions, surtout à gauche. Il y avait eu hémiplégie droite. Rien à la base, pas de thrombose des gros vaisseaux. Une coupe horizontale des hémisphères montre les vaisseaux sous-corticaux très injectés, surtout à gauche. Noyaux centraux et capsule interne intacts. Au microscope, on trouve, dans la même région souscorticale, une thrombose des petits vaisseaux, avec de petites extravasations sanguines. Cellules de l'écorce un peu gonflées et confuses, avec conservation des noyaux et nucléoles. Mêmes lésions dans la protubérance, le cervelet et la moelle.
On comprend très bien que des lésions aussi minimes soient capables de régression ; car beaucoup de cas sont curables. Par contre, il est à présumer que, dans les cas qui évoluent vers la chronicité (hémiplégie spastique, hémichorée, athétose, épilepsie, troubles psychiques persistants), le processus congestif et inflammatoire aboutit à l'infiltration embryonnaire et à la prolifération conjonctive (sclérose corticale avec ou sans dégénérescence des faisceaux blancs sous-jacents) ; dans ces cas, l'encéphalite aiguë a été suivie d'encéphalite chronique avec toutes ses conséquences.
En tout cas, ces différents stades anatomiques relèvent d'infections diverses, de septicémies banales ou spécifiques, s'étant fixées sur le cerveau, si impressionnable et si vulnérable dans le jeune âge.
Symptômes. — L'encéphalite aiguë, presque toujours secondaire, a généralement un début bruyant. Elle se traduit à l'improviste par des convulsions éclamptiques, tantôt générales, tantôt localisées à une moitié du corps ou à un membie. Le caractère épileptiforme est noté dans plusieurs observations.
Parfois les convulsions manquent et sont remplacées par une hémiplégie flasque, qui rappelle l'hémiplégie de l'hémorragie ou du ramollissement cérébral. Le petit garçon de neuf ans de Prickett et Batten a une légère grippe en janvier 1899 ; il ne garde le Ht qu'un seul jour et se remet ensuite, quoique languissant, à ses occupations et à ses jeux. Le quatrième jour, sa bonne vient pour lui donner un bain ; elle le trouve avec une monoplégie brachiale droite. Puis c'est une hémiplégie droite complète avec aphasie ; l'enfant comprend tout ce qu'on lui dit, mais ne peut parler. Il tombe rapidement dans le coma et meurt en soixante-douze heures.
Une fillette de huit ans, que j'ai vue en 1903, est prise tout à coup de convulsions épileptiformes et tombe ensuite dans le coma ; au réveil, on constate une paralysie complète du côté gauche avec participation du facial inférieur. En même temps il y a contracture et exagération des réflexes. Pouls régulier, respiration normale, fièvre modérée. Après une prise de calomel et l'application de sangsues aux apophyses mastoïdes, l'enfant sort de sa torpeur. L'hémiplégie disparaît totalement ; l'enfant peut marcher, mais elle conserve pendant deux ans des mouvements athétosiques de la main gauche.
Chez une petite fille de deux ans, prise de convulsions à la suite de broncho-pneumonie grippale, la paralysie se localise au côté droit, et nous constatons une hémiplégie spastique qui a persisté cinq à six mois.
Chez la fillette de quatre mois, prise à la suite de la vaccination, l'encéphalite débute par de la fièvre, du coma et une raideur générahsée, interrompue de temps à autre par des mouvements choréiformes. Pendant neuf jours, l'enfant reste dans la torpeur avec contracture des membres, myosis, strabisme interne de l'œil droit. Pas de raideur de la nuque, pas de vomissement. La ponction lombaire, faite par mon interne Chartier, donne un Hquide clair, coulant goutte à goutte et ne contenant pas de leucocytes. Cela permet d'éliminer définitivement la méningite. Au neuvième jour, défervescence, l'enfant refait des mouvements spontanés, crie, mais ne semble pas prendre part à ce qui se passe autour d'elle ; son intelligence et ses sens sont obnubilés. Elb guérit en devenant idiote.
Chez un petit garçon de trois ans atteint de coqueluche, l'entrée en scène de l'encéphalite a été marquée par une grande convulsion, qui s'est répétée plusieurs fois dans la journée. A partir de ce moment, torpeur, mutisme, somnolence. 11 y avait de la fièvre ; on donne des bains et de l'antipyrine ; on fait ensuite des applications de drap mouillé. A deux reprises, le D^" Diamantberger fait une ponction lombaire qui donne un liquide céphalo-rachidien limpide, sans lymphocytes ni autres éléments cellulaires. Donc pas de méningite. Plus tard l'enfant présente des mouvements choréiques, puis des symptômes d'idiotie, avec faiblesse des membres inférieurs, impossibilité de marcher, mais sans localisation paralytique. On a été obligé de k placer dans une mai-
son spéciale, où on lui a réappris à marcher et à parler. Avant sa maladie, il était remarquablement intelligent et parlait fort bien pour son âge.
Chez un garçon, actuellement âgé de sept ans et demi, les troubles psychiques ont été plus remarquables encore. A l'âge de deux ans, ce petit malade est pris d'entérite cholériforme avec hyperthermie. A la fin de cette maladie, convulsions épileptiformes très graves qui se répètent ensuite à intervalles rapprochés pendant plus de quatre ans. L'enfant, qui était intelligent et normal auparavant, devient idiot avec excitation cérébrale, mouvements incohérents, bredouillement de la parole, marche pénible en équinisme. Sous l'influence du drap mouillé répété deux fois par jour, l'excitation tombe, la marche devient normale, les convulsions épileptiformes disparaissent. Il n'en a pas eu depuis deux ans. Mais l'état psychique présente des particularités remarquables. L'enfant n'est plus agité, mais ne peut suivre longtemps la même idée, ni prendre part à une conversation prolongée ; sa parole est encore embarrassée, son regard vague. Cependant il est calme, comprend tout ce qu'on lui dit, est afïectueux et obéissant, mais surtout a une mémoire visuelle et auditive prodigieuse. Dans la ville qu'il habite, on l'a surnommé le Bottin vivant, car il sait les noms et les adresses de tous les habitants de la cité ; il retient les airs de musique après une seule audition ; il entend monter quelqu'un dans l'escaher de la maison (hyperacousie) et reconnaît la personne au bruit de sa démarche, même quand il serait resté plusieurs années sans avoir vu cette personne.
Outre les troubles psychiques variés qui peuvent succéder à l'encéphalite aiguë (idiotie, psychoses diverses curables, ou incurables), outre l'épilepsie dont elle est souvent le point de départ, nous devons insister sur les troubles moteurs auxquels elle donne lieu souvent. Ces troubles consistent en hémichorée ou hémiathétose, ataxie, tremblements divers. J'ai déjà parlé de l'athétose et des mouvements choréiformes. Dans un cas vu par Concetti, le syndrome simulait la sclérose en plaques. Il s'agissait d'un garçon de trois ans (Bivisia di Clinica Pediatrica, fév. 1903), qui, après quinze jours de fièvre avec troubles digestifs, présente des accidents méningitiques. La ponction lombaire ne montre ni bactéries, ni leucocytes dans le liquide céphalo-rachidien. A l'agitation du début succèdent des symptômes de sclérose en plaques (tremblement intentionnel, nystagmus, scansion des mots, exagération des réflexes, démarche spastique). Guérison en' trois mois. Concetti considère ce cas comme un exemple d'encéphalo-myéhte. Et il a raison.
Chez une fille de quatre ans et demi vue par Batten {Lancet, 20 déc. 1902), l'encéphalite, déclarée au cours d'une coqueluche, a déterminé des troubles ataxiformes qui ont guéri lentement. J'ai vu récemment (mai 1915) une fillette de deux ans avec des troubles tabéto-paralytiques consécutifs à une encéphalie aiguë datant de trois mois. Dans un autre cas, l'enfant n'avait conservé de son encéphalite que du strabisme convergent.
On voit, par ces quelques exemples, que l'encéphalite aiguë peut débuter par des convulsions, par des contractures ou par des phénomènes paralytiques. Le début par des convulsions épileptiformes est habituel. Puis la maladie évolue comme une hémiplégie flasque ou spasmodique, comme une
athétose, une chorée, une sclérose en plaques, une ataxie locomotrice. Tantôt Tintelligence reste intacte après la crise, tantôt elle est compromise ; l'enfant peut devenir excité, arriéré, imbécile, idiot, ou bien il reste épileptique. Beaucoup d'épilepsies, dites essentielles, remontent à une encéphalite aiguë de la première enfance.
On peut distinguer plusieurs formes ou degrés de la maladie. Dans les cas légers, bénins, on voit l'enfant guérir très vite après des convulsions effrayantes avec menaces de localisation spastique ou paralytique. J'ai vu, avec les D^* Main et L. Dubrisay, un petit garçon de vingt-deux mois qui, au cours d'une grippe légère, présenta des convulsions^épileptiformes épouvantables limitées au côté droit. Après la crise convulsive, hémiplégie droite et aphasie. Nous discutâmes à ce propos la possibihté d'une lésion hémisphérique gauche (hémorragie, inflammation). Or, vingt-quatre heures après, la paralysie avait disparu presque entièrement, et quarante-huit heures plus tard la guérison était complète.
J'ai vu plus tard, avec le D^^ Brochin, une fdlett^ de dix mois, qui, après une grippe grave (menaces de broncho-pneumonie), a fait des convulsions éclamptiques effrayantes et prolongées, en même temps que le thermomètre montait à 39° et 39o,6. Le lendemain, monoplégie brachiale droite ; le surlendemain, plus rien, guérison.
A côté de ces cas bénins et éphémères, il y a les cas graves, qui laissent à leur suite une paralysie plus durable, une contracture, ou un tremblement d'une durée plus ou moins longue. Enfin, dans les formes très graves, l'enfant succombe rapidement ou devient idiot, avec ou sans hémiplégie spasmodique, attestant que l'encéphalite aiguë a été suivie d'encéphalite chronique, de sclérose cérébrale.
Pronostic. — Le pronostic est très variable suivant les formes précitées ; mais il est bien difficile à étabhr, quand on assiste au début des accidents. Comment pouvoir annoncer avec certitude que telle éclampsie infantile s'évanouira sans laisser de trace, et que telle autre mettra la vie de l'enfant en danger ou laissera des séquelles irrémédiables ? Le pronostic sera bon dans les cas éphémères, assez bon dans les cas accompagnés de phénomènes paralytiques ou spasmodiques locaHsés, mauvais dans les cas accompagnés de coma, d'hyperthermie. Il est fâcheux quant aux suites parfois durables, parfois incurables, de l'encéphalite. L'hémiplégie spastique peut persister indéfiniment ; on doit la craindre quand la contracture est très accusée. L'idiotie- peut être, elle aussi, irrémédiable. Quant aux phénomènes choréiques et athétosiques, il semble, d'après mes observations, qu'ils n'aient pas autant de gravité.
Diagnostic. — Difficile même avec les pièces sous les yeux, on comprend que le diagnostic d'encéphalite aiguë soit des plus déhcats. Il faut distinguer V éclampsie infantile simple, sans lésion ; Vépilepsie essentielle, qui devient de plus en plus rare ; les pseudo-méningites (méningisme, réactions méningées des maladies infectieuses), accidents d'ordre réflexe ou toxique qui ne laissent pas de traces durables sur les circonvolutions cérébrales. Une enquête sur les antécédents et sur les phénomènes chniques actuels lèvera CoMBY. — Maladies de VEnfance. 48
les doutes ie plus souvent. Mais parfois il faudra différer l'énoncé du
diagnostic.
Les lésions en foyer [iumeurs cérébrales, hémorragies cérébrales ou méningées, ramollissements) ne sont pas aussi nettement liées à une maladie infectieuse préalable (grippe, coqueluche) que l'encéphalite aiguë, et leur évolution est différente. La ponction lombaire, en cas d'hémorragie méningée, donne un liquide hématique que nous ne retrouvons pas dans l'encéphalite. Mais le point délicat est la différenciation des méningites tuberculeuses ou bactériennes. Or, dans plusieurs cas, la ponction lombaire nous a permis d'étabhr ce diagnostic différentiel, et, dans les cas douteux, il faudra toujours y avoir recours. Dans l'encéphalite aiguë, la ponction lombaire donne un Hquide hmpide, coulant goutte à goutte, ne contenant ni microbes, ni leucocytes. Ces caractères négatifs mettent les méninges hors de cause. On sait que, dans la méningite tuberculeuse, le hquide céphalo-rachidien contient des lymphocytes, tandis que les polynucléaires prédominent dans les méningites bactériennes. Dans les méningites, il y a la raideur de la nuque, le signe de Kernig, la tache cérébrale, qui manquent dans l'encéphalite. Les vomissements, la constipation, le ventre en bateau, la douleur de tête sont également absents ou exceptionnels dans l'encéphalite aiguë.
La question des relations de l'encéphalite aiguë avec la paralysie infantile peut être soulevée à propos du diagnostic. On sait que la poliomyélite antérieure aiguë de l'enfance débute le plus .souvent par des symptômes généraux (fièvre, convulsions, état cérébral), qui semblent indiquer une participation active de l'axe cérébro-spinal tout entier. Il y a souvent encéphalomyéhte, et ce n'est que dans une seconde phase que le processus est locahsé à la moelle. D'ailleurs, comme l'a bien montré Medin {Arch. de Méd. des Enfants, 1898), dans les épidémies de paralysie infantile, on rencontre fréquemment l'association de l'encéphalite aiguë avec la myélite.
Traitement. — Appelé au début d'une encéphalite aiguë, on cherchera à calmer l'irritation cérébrale par l'apphcation de la glace ou des compresses froides sur la tête, par la saignée locale dans quelques cas (sangsues aux apophyses mastoïdes), parles lavements purgatifs, par les bains tièdes ou frais. L'enfant est agité et contracture ; on donnera le chloral et le bromure de potassium en lavement ou suppositoire. Dans l'intervalle des bains (30 à 35<^ suivant l'intensité de la fièvre), bottes d'ouate, alimentation hquide (lait à la cailler quand l'enfant ne peut exercer de mouvements de succion). Après la phase aiguë, j'ai prescrit souvent l'iodure de potassium à petites doses, les bains, le massage, les mouvements passifs avec rééducation dés mouvements et surtout le drap mouillé, qui, dans tous les cas d'excitation cérébrale, m'a paru très efficace. Si l'on soupçonne la syphilis, on prescrira les frictions quotidiennes avec 2 grammes d'onguent napolitain, les injections intramusculaires d'hectine ou d'arséno-benzol.
ABC fis D U CER VEA U 755