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ANOREXIE NERVEUSE

J'ai moi-même rapporté plusieurs observations d'anorexie nerveuse chez les jeunes filles et chez les nourrissons {Arch. de Médecine des Enfants, août 1908). Étiologie. — La tare nerveuse est évidente, et l'hérédité souvent constatée ; j'ai vu plusieurs fois l'anorexie nerveuse chez la mère et la fille. Tous les sujets atteints sont de souche neuro-arthritique. Mais ils ne sont pas à proprement parler hystériques n'en ayant aucun stigmate. Le sexe féminin offre une prédominance marquée, et c'est presque toujours chez des filles, aux approches de la puberté, qu'on voit l'anorexie mentale se développer. Mais les garçons n'en sont pas toujours indemnes. L'âge de prédilection est la seconde enfance ou l'adolescence. Toutefois on commence à bien connaître l'anorexie psychique des nourrissons au sein ou au biberon, laquelle donne souvent beaucoup d'ennuis aux médecins d'enfants.

Les causes occasionnelles peuvent être une contrariété, un chagrin, un changement de régime, un sevrage brutal. Mais souvent il n'y a aucune cause apparente à invoquer.

Ânatomîe pathologique. — Dans les cas mortels (il y en a quelques-uns), l'autopsie a été absolument négative: pas de lésion viscérale, pas de tuberculose, pas de cancer. L'anorexie est essentielle, non symptomatique d'une maladie organique quelconque.

Symptômes. — L'enfant peu à peu perd l'appétit et devient indifférent à tout ce qu'on lui présente. Il ne souffre pas de l'estomac ni de l'intestin, il n'a pas de dégoût pour les aliments. Mais la sensation de la faim, l'appétit lui manque absolument. Dès lors aucun plaisir à prendre de la nourriture. Manger devient une corvée.

Aussi l'enfant se restreint de plus en plus, se contentant de grignoter quelques bribes, de boire un peu d'eau, de sucer quelques fruits.

Sous l'influence d'un régime aussi absurde, la maigreur fait bientôt des progrès effrayants, et le malade n'a, après quelques semaines, que la peau sur les os. En même temps, pâleur, anémie. J'ai trouvé dans un cas grave, d'ailleurs terminé par la guérison, 3.44L000 hématies, 55.000 leucocytes (2/3 polynucléaires).

L'auscultation des poumons et du cœur ne révèle rien ; tout au plus y at-il parfois un souffle à la base avec propagation aux vaisseaux du cou. L'examen du ventre est négatif : pas de ganglions, pas d'appendicite, rien au foie ni à la rate, estomac quelquefois dilaté, mais sans douleur ni tumeur. Mais il y a presque toujours des troubles menstruels chez les jeunes filles réglées : aménorrhée de longue durée ayant précédé l'anorexie ou l'accompagnant, dysménorrhée. La coïncidence est frappante dans beaucoup de cas. Quand l'anorexie cesse, quand le poids augmente, les règles réapparaissent.

Cependant l'anorexie persiste sans changement malgré les sollicitations de l'entourage; l'enfant se refuse à manger tout simplement, sans manifester d'impatience ni mauvaise humeur, sans faire de scènes. Caractère calme, tranquille, pas de déhre, pas d'excitation cérébrale, pas de fièvre.

S'il s'agit d'un nourrisson, il faut lutter de mille manières pour lui faire prendre un peu de lait ou de bouilHe. On change de véhicule : tasse, verre,

assiette, cuiller, biberon. On réussit quelquefois à vaincre la résistance du bébé, mais ce n'est pas pour longtemps et on assiste désespéré à sa déchéance et à son atrophie progressive.

Pronostic. — Le pronostic de l'anorexie mentale est sérieux; la cure de cette névrose est toujours longue et difficile. Enfm il y a des cas mortels, par suite de l'inanition prolongée et de la cachexie qui en résulte. Prise à temps, l'anorexie nerveuse doit guérir.

Chez le nourrisson, l'anorexie n'est pas moins inquiétante, car l'enfant est trop jeune pour perdre sans danger une trop grande partie de son poids. Plus l'enfant est jeune, plus le pronostic est grave.

Diagnostic. — En présence d'une anorexie très accusée et très tenace, il faut d'abord éliminer les maladies dont elle pourrait être le symptôme. C'est en premier lieu la tuberculose; pour cela, outre l'examen physique, nous avons l'oculo-réaction et la cuti-réaction à la tuberculine qui, chez les enfants, donnent d'excellents résultats. En second lieu, nous trouvons les maladies du tube digestif : dyspepsie, dilatation de l'estomac, gastro-entérite, entéro-colite, appendicite. Là encore l'examen direct et les anamnestiques seront d'un grand secours. On remarquera que, dans l'anorexie nerveuse, il n'y a ni diarrhée, ni vomissements, ni douleurs de ventre, mais seulement de la constipation.

Il y a des formes d'appendicite chronique qui s'accompagnent d'anorexie et de maigreur très prononcée, mais il y a un point sensible à la pression dans la fosse ihaque droite.

Traitement. — Chez les nourrissons, on sera obligé parfois de recourir au gavage et d'introduire ainsi directement dans l'estomac, toutes les 3 ou 4 heures, une certaine quantité de lait. Puis, après quelques semaines ou quelques mois de cette pratique, l'enfant se décide à avaler spontanément sa nourriture. Le D^ Buffet-Delmas, chez un nourrisson pour lequel il m'avait consulté, n'a pas fait moins de 2050 gavages en plusieurs années avant d'obtenir la guérison {Arcli. de Méd. des Enfants, 1912, page 180). Chez les grands enfants, il faut employer l'isolement, la séparation de la famille. Alors, avec le repos au lit dans les premiers temps, la persuasion, le choix judicieux des aliments, on arrive presque toujours à un résultat excellent.

Chez une fille de treize ans que j'ai soignée à l'hôpital, par un mois de séjour au lit, avec régime lacto-végétarien graduellement renforcé, j'ai obtenu une augmentation de poids dépassant G kilogrammes en moins de six semaines, et cela sans aucun médicament. La psychothérapie avait suffi.

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