PARALYSIE FACIALE
la paralysie faciale des nouveau-nés, et on avait incriminé la compression du cerveau par le forceps. Huchard confirma l'explication donnée par Landouzy (1), et il y a longtemps que l'accord est fait sur ce point. Plus tard (première et seconde enfance), la paralysie faciale s'observe à la suite de lésions du nerf facial dans son trajet osseux (otorrhée, carie du rocher). Elle peut survenir aussi spontanément, sous l'influence du froid ou d'une autre cause accidentelle, chez les sujets prédisposés. On remarque, en effet, que beaucoup de sujets atteints de paralysie faciale, dite a frigore, sont des névropathes.
J'ai vu une fillette de six ans, nerveuse, dont la mère était hystérique, qui s'était réveillée avec une paralysie complète du facial gauche. Cette enfant avait de l'anesthésie pharyngée. Mais bien souvent, comme le fait remarquer Gunningham (Brii. Med, Journal^ 18 sept. 1909), la paralyise faciale a frigore résulte d'une véritable névrite que le froid, le rhumatisme, la grippe, la diphtérie, la syphilis, peuvent provoquer. Il peut y avoir une otite moyenne non suppurée propagée au nerf facial ; une labyrinthite pourrait jouer le même rôle. Une fillette de neuf ans, reçue à VUlster Hospital en juin 1907, ne ferme pas l'œil droit depuis quinze jours, elle a une paralysie faciale de ce côté consécutive à une otorrhée double. On nettoie l'oreille et la guérison s'obtient assez lentement. Un an plus tard, elle se présente avec une paralysie faciale gauche qui date seulement de deux jours ; elle accuse en même temps de la surdité, sans écoulement. On trouve le tympan gauche lésé, on soigne l'oreille et la paralysie faciale disparaît rapidement.
La paralysie faciale peut être d'origine centrale (tumeur de la base du crâne, méningite), sans parler des lésions encéphaliques (hémorragie, ramolissement, tubercules, néoplasmes) ; dans ce dernier cas elle n'intéresse que le facial inférieur.
Anatomîe pathologique. — Quand la paralysie est légère ou éphémère, la compression n'a pu désorganiser le nerf, et les lésions sont minimes. Mais, dans quelques cas, la compression va jusqu'à l'écrasement. Parrot et Troisier nous ont donné une bonne description histologique de ces degrés extrêmes (2). Le bout périphérique du neif écrasé subit la dégénérescence wallérienne. Quand on découvre le nerf facial dans son trajet osseux, on voit une démarcation très nette entre la portion crânienne et la portion extérieuie. La première est saine, la seconde molle, gélatineuse, grisâtre ; au microscope, on voit que la myéline est remplacée par de la graisse en gouttelettes, grosses, moyennes ou petites. Chez deux enfants, l'un mort à vingtsept jours, l'autre à trente jours, la myéline, entièrement graisseuse, commençait à se résorber, et plusieurs gaines de Schwann étaient vides. Chez un enfant mort plus tôt (douzième jour), les blocs de myéline étaient, au contraire, très reconnaissables et mêlés de globules graisseux. Pas d'apparence de cylindraxe. Ces lésions se poursuivaient depuis le point lésé par le forceps jusqu'aux ramifications des muscles faciaux ; ces muscles étaient grêles et en voie d'atrophie.
(1) Thèse de Strasbourg, 1866.
(2) Archives de Tocologie, 1876.
On comprend très bien, en présence de pareilles lésions, que la. guérison soit parfois impossible (un cas de Duchenne).
Symptômes. — Dès la naissance, dès les premiers cris poussés par l'enfant, on est frappé de l'asymétrie de sa face ; la bouche est tordue du côté sain, les paupières restent ouvertes du côté malade, l'aile du nez est moins dilatée et moins mobile. La langue et la luette ne sont pas déviées, car les filets nerveux qui se rendent à ces organes ne sont pas intéressés. La branche du forceps n'atteint le nerf facial qu'après sa sortie du trou stylo-mastoïdien, quelquefois même assez loin de ce trou, de sorte que la paralysie peut être partielle (facial supérieur, facial inférieur). Quand les branches supérieures du facial sont comprimées, les paupières restent ouvertes, mais la bouche n'est pas déviée. L'inverse se produit quand le facial inférieur est paralysé. Outre la limitation, on note des degrés dans la paralysie, degrés qui varient avec l'intensité de la compression. Le forceps n'a pas laissé de trace, ou bien il y a une ecchymose, voire une plaie cutanée qui attire l'attention. La contractihté faradique est abolie, la sensibilité cutanée intacte. Au bout de quelques jours, les symptômes révélateurs de la paralysie s'atténuent, et la guérison s'obtient rapidement.
Dans quelques cas, cependant, la déviation des traits persiste plusieurs semaines et plusieurs mois, et l'on peut craindre, quand le traumatisme a été violent, l'incurabilité absolue. Le pronostic est généralement bénin et la guérison rapide presque certaine. En attendant, l'enfant ne saurait téter qu'imparfaitement, et sa nutrition peut en souffrir.
Le pronostic de la paralysie de la seconde enfance varie suivant la cause ; si elle est due à la carie du rocher, elle est définitive.
Diagnostic. — Le diagnostic est ordinairement facile, non seulement par les traits principaux de la paralysie et la participation de l'orbiculaire des paupières qui permettent d'éliminer l'origine centrale, mais encore par les commémoratifs qui nous renseignent sur le rôle joué par le forceps. Quand le facial inférieur a été seul touché, ou bien quand le forceps n'a pas été apphqué, il est permis d'hésiter. Mais ces cas sont exceptionnels et ne méritent pas de nous arrêter.
Traitement. — Quelques soins hygiéniques sont de rigueur. On évitera de serrer le cou ou la tête de l'enfant, on le mettra à l'abri d'un jour trop cru, ' à cause de la paralysie orbiculaire. S'il ne peut téter, on fera couler, par des pressions, le lait dans sa bouche, ou on lui donnera ce lait à la cuiller. On sera autorisé, dans les cas graves, à faradiser et même à galvaniser le nerf ; mais on agira avec beaucoup de discrétion, à cause de l'âge et de la faiblesse du sujet. Pour ce qui est de la paralysie faciale de la seconde enfance, on la traitera comme celle de l'âge adulte.