‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 194 sur 342 · TIC DE SALAAM. — SPASME MUTANT · texte numérisé non relu

TIC DE SALAAM. — SPASME MUTANT

Étiologie. — Les enfants atteints de cette maladie sont des nerveux, des agites, des sujets issus de parents nerveux, hystériques, alcooliques, épilcptiques. Les cas sont d'ailleurs asse'z rares. West rattache cette névrose à l'épilepsie ; Descroizilles partage son opinion (1) ; Féré regarde les enfants porteurs de ce tic comme des apprentis épileptiques (2). Il y a beaucoup d'exagération dans cette manière de voir. J'ai vu plus de 20 enfants atteints de spasme nutant, et j'ai pu les suivre assez longtemps pour me faire une opinion personnelle sur la nature intime de la maladie. Comme antécédents héréditaires, j'ai noté le nervosisme du père et de la mère, ou de la mère seule, et l'hérédo-syphilis dans un cas. Parmi mes malades, il y avait 8 garçons entre quatre et vingt mois, et 12 fdles âgées de dix mois à trois ans et demi. La guérison immédiate a été obtenue ; j'ignore ce que l'avenir réserve à ces enfants, mais je ne crois pas qu'ils versent dans l'épilepsie. La coïncidence du rachitisme a été maintes fois signalée. Dans quelques cas il semble que le spasme nutant soit un simple tic d' habitude. Chez un de mes petits malades, âgé de dix-huit mois, qui avait un eczéma prurigineux, les mouvements de latéralité rapides et saccadés de la tête avaient succédé aux démangeaisons qui portaient l'enfant à se frotter sur l'oreiller. Chez une fillette de trois ans et demi, le tic avait succédé à l'abus du bercement. Quoi qu'il en soit, on peut hardiment faire rentrer le tic de Salaam dans la famille neuro-pathologique, et j'ai vu des enfants qui avaient, en même temps que le spasme nutant, d'autres névroses.

Symptômes. — On voit la tête exécuter des mouvements rapides et saccadés d'avant en arrière ou latéralement, au nombre de 20, 40, 60 et plus par minute. Une fille de quatorze mois, israélite, de mère hystérique, faisait 96 mouvements de salutation par minute {Medicine, fév. 1904, Curran Pope). Une autre de sept mois n'avait que 40 à 60 mouvements par minute. Quelquefois les épaules suivent le mouvement ainsi que les paupières (clignement). Il peut y avoir aussi du nystagmus. Chez un petit garçon de cinq mois, le cou s'inclinait latéralement et à gauche ; chez un autre de quatre mois, atteint de syphilis héréditaire, la tête était animée latéralement d'inclinaisons rapides, séparées par des moments de repos ; la guérison fut obtenue en quinze jours. Il y a parfois association des mouvements antéro-postérieurs et latéraux et véritable circumduction : quelquefois les bras suivent les mouvements de la tête et du cou. Les enfants, en dehors des accès, sont agités et ne peuvent tenir en place. Le spasme nutant cesse pendant le sommeil.

Dans un cas publié par Gantiez, un petit garçon de dix-sept mois, dont la mère avait eu de l'éclampsie puerpérale, pâlissait au moment de l'accès, laissait échapper ce qu'il tenait, fléchissait la tête et le thorax, projetait ses mains en avant, et cela trente fois de suite très rapidement. Parfois ces mouvements n'étaient qu'ébauchés, mais la pâleur de la face et la fixité du regard étaient constantes. Il n'y avait pas perte de connaissance. L'enfant pleurait après l'accès, qui se reproduisait à huit ou dix reprises dans la journée. La

(1) .France médicale, 1

(2) Progrès médical, 18S3

maladie dura huit mois sans changement. Quand on veut arrêter les mouvements, il survient de l'anxiété et des cris ; le sommeil suspend les saccades.

Henoch, qui a observé plusieurs cas; note que les enfants se balancent d'avant en arrière comme des magots chinois. Dans un cas, il y avait rotation des yeux en haut ; dans un autre, nystagmus ; dans un troisième, strabisme. Les muscles des yeux peuvent donc être pris comme les muscles sterno-mastoïdiens et rotateurs de la tête, et cette association a été particulièrement mise en rehef par John Thomson. Dans les cas de Henoch et les miens, les mouvements étaient permanents et non paroxystiques, comme dans le cas de Gantiez. En fixant l'attention de l'enfant, on suspend parfois les mouvements. D'après Henoch, la maladie cesserait au moment de l'éruption des premières dents. Kassowitz a cherché à étabhr une relation entre le tic de Salaam et le rachitisme. Cette relation est douteuse.

Le pronostic est favorable quant à la terminaison prochaine de la maladie ; mais la relation avec l'épilepsie, qu'on tend à admettre, est discutable.

Traitement. — On essaiera de calmer l'agitation par des bains tièdes, quotidiens et prolongés, par le bromure de potassium (20 centigrammes à 1 gramme). On conseillera l'allaitement naturel dans tous les cas.

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