TÉTANIE
Cette maladie, décrite par Dance sous le nom de tétanos intermittent {1), a été observée chez l'enfant par Tonnelle (2), qui la décrivit comme une nou-
(1) Archives de médecine, IS31.
(2) Gazelle médicale de Paris, 1832.
velle maladie convulsive, indépendante d'une lésion nerveuse. Constant proposa le nom de conlradure essenlielle des exirémiiés (1), et L. Corvisart celui de îéîanie (2), qui a été vulgarisé par Trousseau.
Étiologie. — La tétanie est plus fréquente dans la première que dans la seconde enfance ; sur 77 cas, Rilliet et Barthez n'ont pas relevé moins de 36 cas au-dessous de deux ans ; quant au sexe, les garçons l'emportent (53 sur 87). L'hérédité est signalée par quelques auteurs. De la Berge incrimine le froid, car c'est en hiver que la tétanie est le plus fréquente. C'est une maladie généralement secondaire ; c'est dans le cours de la diarrhée chronique, de l'athrepsie, du rachitisme, dans la convalescence des maladies infectieuses (coqueluche, fièvre typhoïde, rhumatisme), qu'on l'observe le plus souvent. Baginsky a vu 15 cas chez des enfants de moins d'un an, mal nourris, sevrés trop tôt : la guérison des troubles digestifs amenait la guérison de la tétanie (3).
Dans la statistique du D'' A. Valdameri {Thèse de Privai-Docenl, Milan, 1910), basée sur 288 cas de tétanie, nous voyons 73,5 p. 100 enfants devenus spasmophiles après des troubles respiratoires, 16,2 p. 100 après des troubles digestifs (55,1 p. 100 au sein maternel, 31,6 p. 100 au sein mercenaire, 13,3 p. 100 allaités artificiellement). L. Babonneix [Gaz. des Hôpitaux, 9 déc. 1909) a vu la tétanie (hyperexcitabilité mécanique et électrique, signe d'Erb, contractions avec 1/2, 3/4 de milliampère) chez une fille de sept ans.
L'origine toxique de ces cas semble évidente, comme elle l'est dans les cas de tétanie consécutive à la dilatation de l'estomac (4).
Parm.i les causes occasionnelles, il faut citer : les émotions, les traumatismes, le froid (Lasègue), l'indigestion, les vers intestinaux, l'invagination intestinale. Dans ces cas, on a affaire à la tétanie réflexe.
La maladie a des analogies avec l'éclampsie, et sa parenté avec l'hystérie apparaît dans les cas épidémiques (5) et familiaux. Fr. Schiffer [Jalirh. f. Kind., 5 mai 1911) a vu cinq enfants de la même famille pris de tétanie, dont 3 morts à la suite de leurs accès à douze, quinze mois et deux ans et demi. On ne trouva rien dans les glandes parathyroïdes. Récidives fréquentes ; les accès de tétanie (convulsions externes toniques de Rilliet et Barthez) peuvent précéder les convulsions ou leur succéder.
D'après les travaux récents (J. Yanasse, Jahrb. f. Kind., 1908 ; P. HarviER. Recherches sur la tétanie et les glandes parathyroïdes, Th<^,se de Paris, nov. 1909), la tétanie, dans ses formes légères comme dans ses formes graves, serait due à la lésion ou à l'insuffisance des glandes parathyroïdes. L'extirpation de ces glandes chez les animaux produit la tétanie. Ferd. Strada {Riv. di Clin. Ped., déc. 1909), dans 4 cas de tétanie avec autopsie, a trouvé des
(1) Gazelle médicale de Paris, 1832.
(2) Thèse de Paris, 1852.
(3) Deul. med. Woch., 1886.
(4) Poison convulsivant trouvé par Rouveret et Devic dans le suc gastrique des dilatés, 1891.
(5) J. Simon, Épidémie de Gentilly {Progrès médical, 1876).
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hémorragies parathyroïdiennes ou des vestiges d'hémorragie ; une fois, il y avait hémorragie des parathyroïdes chez un enfant qui n'avait pas présenté de tétanie. Dans 26 autopsies d'enfants sans tétanie, les glandes parathyroïdes ont été trouvées saines. Yanasse, à la clinique d'Escherich, chez 50 enfants qui pendant la vie avaient présenté de l'hyperexcitabihté galvanique, et chez 39 qui n'avaient pas été examinés à ce point de vue (en tout 89), les parathyroïdes ont été trouvées malades 33 fois : hémorragies récentes ou vestiges d'hémorragies anciennes (le plus jeune enfant ayant trois jours, le plus âgé cinq ans). Chez 13 enfants à excitabilité normale, les parathyroïdes étaient saines ; chez 9 enfants de moins d'un an ayant une légère excitabilité, les parathyroïdes présentaient des foyers d'hémorragie ; chez 13 ayant plus d'un an, 3 seulement dans les mêmes conditions avaient des hémorragies. Chez 13 enfants ayant une hyperexcitabihté galvanique forte les parathyroïdes ont présenté 8 fois des lésions hémorragiques ; les 5 enfants qui n'avaient pas de lésions étaient âgés de plus d'un an. Chez 8 en fants ayant eu des convulsions ou des contractures (tétanie complète), 8 fois les parathyroïdes ont été trouvées malades. Cette statistique de Yanasse est donc favorable à la doctrine parathyroïdienne. L. Pollini {Riv. di Clin. Pec/m/rica, juin 1911), dans trois cas de tétanie, a trouvé des lésions hémorragiques congestives, kystiques, interstitielles des glandes parathyroïdes. Il rappelle que Erdheim (1906) avait également trouvé des hémorragies ou résidus d'hémorragies dans ces organes chez trois enfants de trois mois et demi, cinq mois, huit mois. Par contre A. Jovane {La Pediatria, 1911) n'a trouvé aucune lésion parathyroïdienne à l'autopsie de 6 malades spasmophiles.
Symptômes. — La maladie débute par les extrémités supérieures ; les doigts se fléchissent sur la main, les phalanges restant étendues ; le pouce est en dedans, recouvert par les autres doigts (main d'accoucheur). La raideur est tantôt excessive, tantôt médiocre et aisément réductible.
Les poignets sont fléchis dans la pronation ; les muscles contractures se dessinent sous la peau, il y a un véritable iclanismp. La contractilité électrique est accrue. Après les extrémités supérieures, les inférieures sont envahies ; le pied se porte dans l'extension, la pointe en dedans ; les muscles de la jambe sont dans la même rigidité que ceux de l'avant-bras. Généralement la contracture ne s'étend ni au bras, ni à la cuisse. Parfois, cependant, les muscles du bassin sont contractures, la cuisse se fléchit d'un côté, comme dans la coxalgie. Les muscles du tronc peuvent être, pris ; le diaphragme n'échappe pas toujours à la contracture, et il en résulte de la dyspnée, de la cyanose, des menaces d'asphyxie, qui, ordinairement, ne sont pas suivies d'effet. La détente se fait habituellement. Pour Escherich, tétanie et spasme de la glotte seraient intimement unis ; chez les enfants atteints de laryngospasme, on pourrait toujours provoquer la tétanie. Rilliet et Barthez ont vu la tétanie limitée aux muscles de la nuque, du cou (torticoHs) et du tronc. Rilhet, chez un enfant de seize mois, signale la contracture de la mâchoire. Parfois une légère tuméfaction œdémato-inflammatoire accompagne la contracture des extrémités autour des articulations et des gaines tendineuses.
L'intelligence est conservée, l'enfant assiste à ses attaques, qui reviennent à intervalles plus ou moins irréguliers.
D'après Trousseau, la compression des nerfs ou des gros vaisseaux des membres peut faire naître un accès.
Les rémissions durent d'une heure à plusieurs jours ; elles peuvent être plus courtes et ne pas excéder un quart d'heure (Rilhet et Barthez). La réunion des accès forme l'attaque ; tantôt la maladie est aiguë et coïncide avec la fièvre, l'embarras gastrique ; tantôt elle est chronique et accompagne une maladie cachectisante.
La durée peut être très courte (quelques heures) ou très longue (cinq mois dans un cas de RiUiet et Barthez). La tétanie peut se comphquer de convulsions, de spasme de la glotte, de strabisme, de mydriase ou myosis. La guérison est la règle ; mais la mort n'est pas rare dans les tétanies qui accompagnent les états cachectiques et la dilatation de l'estomac. Quand la tétanie se généralise, elle imite le tétanos [pseiido-iéianos) et se prolonge pendant 'plusieurs semaines ; j'ai vu un cas qui a duré ainsi plus de deux mois. Dans le cas de Elcanor C. Jones [Arch. of PecL, août 1904), le pseudo-tétanos a duré 5ix semaines. Il s'agissait d'une fillette de neuf mois, qui a succombé non pas à la tétanie, mais à une broncho-pneumonie. <
Diagnostic. — Dans les raideurs symptomatiques d'une lésion cérébrospinale, la contracture est partielle, permanente, mêlée de convulsions. Dans la tétanie, la contracture est transitoire et paroxystique. Quand on percute l'angle externe de l'œil (patte d'oie) ou la face entre le tragus et la commissure labiale, on provoque une contraction fulgurante de la moitié de la face (signe de Weiss, signe de Chvostek). Ces deux signes joints à celui d'Erb (contraction par courant très faible (1 /2 ou 1 milliampère) caractérisent la spasmophilie : hyperexcitabilité mécanique et électrique. M. Pincherle et A. Pollidori [Riv. di Ci. Ped., avril 1918) ont insisté sur la spasmophilie familiale (25 cas sur 91). Dans l'hystérie, les contractures sont permanentes, chroniques, irrégulières. Dans la pachyméningite, il en est de même. Le tétanos se distinguera par la raideur de la nuque, le trismus, la rigidité du trône en opisthotonos, la fièvre ; cependant, si la tétanie est générale, la similitude est grande, et plusieurs cas de pseudo-îétanos ont été rapportés par Escherich, C. Cattaneo, L. Guinon, où l'erreur était bien excusable.
Traitement. — On donnera, au moment des accès ou dans leur intervalle, un bain tiède prolongé ; on appliquera des ventouses sèches sur la colonne vertébrale ; on fera inhaler quelques gouttes de chloroforme ; bromure de potassium ou de calcium après les crises (1 à 2 grammes). Les courants continus peuvent rendre quelques services. Dans la tétanie symptomatique des troubles digestifs, on ne négligera pas le traitement de ces troubles (dilatation de l'estomac, diarrhée). On cherchera à les prévenir par un bon allaitement naturel ; on fera l'antisepsie intestinale (benzonaphtol granulé), le 1 ivage de l'estomac quand il sera indiqué ; mais cette intervention peut pro- \oquer la tétanie.
On donnera les sels de chaux ou le phosphore pour combattre l'insuffisance j)arathyroïdienne. L'opothérapie parathyroïdienne a été inefficace.