ONYCHOPHAGIE
L'onychophagie ou onychomanie est une habitude vicieuse, observée dans la seconde enfance, qui consiste dans l'acte de se ronger, de se manger incessamment les ongles.
Outre la malpropreté de cette habitude et les conséquences qui en peuvent résulter pour la propagation des maladies infectieuses, les ongles étant, chez les enfants, souillés par les poussières et les saletés qui traînent partout, les phalangettes des doigts peuvent être excoriées, irritées, parfois hypertrophiées en masse, de sorte que les doigts sont renflés en spatule ou en baguette de tambour (1).
Quand l'onychophagie est invétérée et excessive, il est rare qu'elle soit isolée. Elle se rencontre chez des enfants nerveux, mal équilibrés, instables, cérébraux, dégénérés. J'ai vu l'onychophagie coïncider avec l'incontinence nocturne d'urine, la chorée, l'excitation cérébrale. Les neuropathologistes en font un stigmate bénin de dégénérescence, qu'ils rapprochent du strabisme, des tics, de la trichomanie ou trichophagie.
Pour faire cesser cette habitude contre laquelle ne prévalent ni réprimandes ni appels à l'amour-propre, il faut, indépendamment des occupations cérébrales et des diversions physiques (gymnastique, exercices, jeux de plein air, hydrothérapie), badigeonner les extrémités digitales avec une substance amère et désagréable, une solution de sulfate de quinine par exemple.
Derecq a obtenu des succès avec la pratique suivante : sur les parties rongées des ongles et sur le bourrelet qui les dépasse, on fait un badigconnage léger avec un pinceau trempé dans une solution de nitrate d'argent à 1 p. 20. Tl se produit une coloration brune des tissus mous et des ongles. Le lendemain et les jours suivants, si l'enfant s'est rongé, on voit les traces de ses dents sur les parties noires. On renouvelle alors le badigeonnage. L'enfant désormais cache ses doigts, qu'il a de la répugnance à montrer et à sucer. S'il continue, on renouvelle les badigeonnages, qui, à la longue, sur les parties mordues, deviendront douloureux. Au bout de huit, quinze jours, un mois, l'enfant renonce à la lutte.
(1) Le D'" Derecq {La Tuberculose infantile, 15 févr. 1S99) a vu un enfant onychophage qui s'était probablement inoculé la tubercujose en rongeant ses onj.':les.