OTITES ET OTORRHÉES
L'inflammation de l'oreille peut occuper le conduit auditif externe (otite externe), ou la caisse du tympan (otite moyenne).
l^Uoiiie extern^ se présente assez souvent chez les enfants du premier âge, chez les nourrissons, souvent sans cause occasionnelle appréciable. L'enfant devient tout à coup triste, criard ; il pleure sans cesse ; il refuse le sein ou le demande trop souvent, quelquefois même il vomit. Il perd le sommeil, il présente tous les signes de l'agitation et de la souffrance. On cherche de tous côtés la cause de ce malaise indéfinissable, quand apparaît un écoulement d'oreille qui donne le signal de l'apaisement et de la guérison. Tous les symp- CoMBY. — Maladies de V Enfance. 57
tomes, en effet, étaient dus à la formation d'un petit abcès dans le conduit.
Les médecins qui ont l'expérience de cette petite maladie ne manquent pas d'explorer les oreilles, et ils découvrent souvent une tuméfaction arrondie qui proémine dans le calibre de l'oreille. Si cet abcès tarde à s'ouvrir, on doit l'inciser avec la pointe d'un bistouri ou d'une lancette, et on constate alors l'écoulement d'un pus épais et de bonne nature. Quelques injections d'eau boriquée tiède, un poudrage au salol, assurent promptement la guérison .
Martha a signalé une autre variété d'otite externe chez les nouveau-ncs produite par l'introduction accidentelle du lait régurgité dans le conduit auditif, quand l'enfant est couché sur le dos. Le pus est clair et odorant. Quelques bains d'oreille avec l'eau boriquée tiède additionnée de 1 p. 10 de liqueur de Van Swieten amèneront la guérison. L'otite externe peut encore résulter de la propagation d'un eczéma ou d'un impétigo facial.
2° Uotiie moyenne est autrement sérieuse, car elle intéresse les parties essentielles de la fonction auditive.
Étiologie. — Elle est d'une fréquence extrême à toutes les périodes de l'enfance, elle se rencontre même chez les nouveau-nés. P. -J. Martino {Arch. Lat. Amer, de Ped.^ mai-juin 1916) a montré que les otites latentes étaient communes dans le premier mois de la vie. Il conseille la paracentèse du tympan dans tous les cas douteux. Une cause extérieure, un bouchon de cérumen, un corps étranger, la propagation d'un eczéma ou d'un impétigo du pavillon auriculaire, peuvent bien provoquer l'otite moyenne ; mais cela est rare, à cause de la barrière tympanique qui protège l'oreille moyenne contre l'extérieur. Mais si l'oreille moyenne est fermée au dehors par une membrane imperméable, elle s'ouvre largement au dedans, par la trompe d'Eustache, dans un carrefour qui peut receler des microbes pathogènes. En fait, on voit les inflammations de la gorge et de l'arrière-cavité des fosses nasales se propager avec une déplorable facilité à la trompe et à la caisse, et l'otite moyenne est une complication habituelle des angines de toute nature, simples, spécifiques, aiguës, chroniques. Un simple catarrhe naso-pharyngien peut donner lieu à l'otite moyenne, comme une angine scarlatineuse, morbilleuse, grippale, typhoïde. Dans la rougeole, l'otite moyenne est habituelle, elle traduit l'énanthème morbilleux, coïncide avec l'éruption et disparaît avec elle ; elle peut suppurer et lui survivre.
L'otite moyenne peut être aiguë ou chronique ; parmi les causes d'otite chronique, il faut signaler les végétations adénoïdes du pharynx nasal. Enfin, toutes les otites aiguës, spécifiques ou non spécifiques, peuvent passer à l'état chronique. L'otite moyenne aiguë, Netter l'a bien montré (1 ), n'est pas une maladie unique, due toujours au même microorganisme. 11 y a plusieurs espèces d'otite, ayant chacune un microbe particulier. On peut, dès maintenant, distinguer quatre espèces : 1° l'otite à streptocoques ; 2^ l'otite à pneumocoques ; 30 l'otite à bacilles de Friedlànder ; 4^ l'otite à staphylocoques. Pour Zaufal, 40 p. 100 des otites moyennes sont à pneumocoques. J'ai vu plusieurs fois l'otite pneumococcique précéder, accompagner ou compliquer la
(1) Annales des maladies de V oreille el du larynx, oct. 1888.
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pneumonie chez des enfants de tout âge. Dans l'otite chronique, qui devient souvent fétide, on trouve les organismes de la putréfaction et parfois le bacille de Koch. Guillemot, dans cette forme, a trouvé les microbes anaérobies, habituels aux suppurations fétides et gangreneuses, et, quand l'otite se complique de gangrène pulmonaire, il a trouvé les mêmes microbes dans le poumon. L'otite à streptocoques semble être la plus fréquente des otites aiguës ; elle est tantôt primitive (on trouve, en effet, des streptocoques dans la gorge des sujets sains), tantôt secondaire à la fièvre typhoïde, à la rougeole, à la scarlatine, à la diphtérie ; elle est uni ou bilatérale. L'otite à pneumocoques peut être également primitive (Zaufal, Netter), ou secondaire à la pneumonie, à la grippe. J'ai vu l'otite à pneumocoques précéder la pneumonie. Elle a parfois un caractère contagieux. Les otites à bacilles de Friedlander et à staphylocoques sont plus rares. Toutes ces otites sont dues à l'introduction par la trompe de microbes qui viennent de la gorge (maladies générales à déterminations pharyngées). La présence de ces microorganismes dans les fosses nasales, dans la gorge (on les trouve chez beaucoup de sujets sains), n'est pas fatalement suivie d'otite ; il faut que leur virulence soit exaltée et que la résistance du sujet soit amoindrie ; ce double effet est obtenu par l'intervention des maladies infectieuses. L'arrivée des microbes par la voie sanguine ou lymphatique est exceptionnelle, et l'otite métastatique est une rareté. Dans tous les cas, les microbes pathogènes indiqués plus haut sont la cause même des otites et de toutes leurs complications.
Symptômes. — Le début peut être insidieux, l'écoulement de pus par l'oreille externe apparaissant comme le premier symptôme. Ce début, ordinaire chez les nouveau-nés et chez les nourrissons, se rencontre également dans la seconde enfance. Mais l'otorrhée est souvent précédée d'une phase de douleurs, annoncée par des cris, par de l'agitation, même par des convulsions. Les enfants un peu grands indiquent le siège des douleurs, qui s'irradient, dans quelques cas, à toute la tête et s'accompagnent de vertiges, de sifflements, de bourdonnements insupportables. En même temps il y a un état fébrile, la langue est saburrale et les vomissements s'observent assez souvent. A cette phase très douloureuse, qui dure plus ou moins, suivant les cas (un, deux, trois jours), succède une détente qui coïncide avec la perforation du tympan et l'écoulement au dehors d'un liquide d'abord sanieux puis purulent. Cet écoulement est éphémère ou durable. Après quelques jours, une semaine dans les cas favorables (otite grippale par exemple) l'écoulement se tarit et la guérison est obtenue. Cette terminaison rapide s'observe surtout dans les otites à pneumocoques.
L'écoulement peut récidiver et passer à la chronicité (surtout dans les otites à streptocoques). Alors la fétidité est commune. .J'ai vu des écoulements persister des mois, des années, jusqu'à dix et quinze ans, avec des rémissions et des intervalles plus ou moins longs d'assèchement. Quand l'otorrhée est devenue chronique, il est bien rare que l'ouïe ne soit pas gravement compromise ou définitivement perdue. Quand la surdité est bilatérale et atteint un enfant jeune, elle peut entraîner la mutité. Parmi les complications, il faut citer l'abcès mastoïdien, la suppuration des cellules mas-
toïdiennes, la thrombo-sinusite, la méningite, l'abcès du cerveau, l'infection purulente. Dans les formes chroniques, on peut observer la carie du rocher e' consécutivement la paralysie faciale, la thrombose des sinus. Ces complications assombrissent le pronostic des otorrhées anciennes. Ce pronostic est d'ailleurs variable suivant la cause de la maladie, la nature de l'écoulement (examen bactériologique). Enfin l'otoscopic indiquera le degré des lésions anatomiques, l'épaississement du tympan, son opacité, sa perforation, la destruction ou l'ankylose des osselets. Elle servira au diagnostic et au pronostic.
Traitement. — Il faut, dans toutes les maladies à détermination pharyngées, c'est-à-dire dans les fièvres éruptives et autres, prévenir la formation des otites par l'asepsie de l' arrière-gorge et des fosses nasales. On prescrira des instillations nasales d'huile résorcinée à 1 /oO, d'huile goménolée à 1 /25, des pulvérisations à vapeur, des gargarismes ou des attouchements du pharynx avec des solutions saturées d'acide borique, des insufïlations antiseptiques.
En présence de douleurs auriculaires vives, on fera la paracentèse du tympan. Quand l'otorrhée sera constituée, on la traitera par des irrigations tièdes d'acide borique à 3 p. 100, d'eau oxygénée, de sublimé à 1 p. 4.000. La plupart préconisent des instillations de glycérine phéniquée à 1 p. 20 ou 1 p. 30. Beaucoup emploient le pansement avec l'alcool à 90°. Dans les formes chroniques, on conseillera l'huile de morue, le sirop d'iodure de fer, le changement d'air (séjour à la mer, à la campagne).