LARYNGITE STRIDULEUSE. — FAUX CROUP
Cette maladie, décrite encore sous les noms d'asthme de Millar (1), de laryngite spasmodique (Barthez et RilHet), d'angine striduleuse (Bretonneau), n'est qu'une modalité de la laryngite simple, propre aux enfants dont le larynx est très étroit et la susceptibilité nerveuse très grande.
Étiologie. — C'est de deux à cinq ans qu'on observe surtout les accès de laryngisme striduleux. Les sujets nerveux sont prédisposés ; on voit souvent plusieurs enfants de la même famille être pris ensemble ou successivement. Cependant la maladie est sporadique, elle n'est pas contagieuse. Barthez et RilHet admettent l'hérédité. En dehors des causes banales, froid, cris, fatigue, y a-t-il une cause particuHère? Coupard invoque les végétations adénoïdes, d'autres font intervenir l'hypertrophie amygdahenne ou l'adénopathie bronchique (Baréty) ; mais ces lésions organiques existent souvent sans striduHsme et réciproquement. Je considère cette compHcation des laryngites comme accidentelle et sans lien constant avec une lésion anatomique extérieure au larynx. Elle peut annoncer la rougeole.
Au point de vue de la pathogénie, on pourrait comparer la laryngite striduleuse à la coqueluche, car, dans ces deux maladies, il y a à la fois une légère inflammation de la muqueuse des voies respiratoires, un catarrhe et un état spasmodique ou nerveux exagéré.
Mais pourquoi l'accès spasmodique ne se produit-il que pendant le sommeil de l'enfant? Pour Krishaber et Peter {Did. Encyclopédique), la respiration étant plus lente et plus faible pendant le sommeil, un rétrécissement inflammatoire du larynx, bien toléré pendant le jour, sera pendant la nuit une cause de dyspnée ; l'enfant, pendant les premières heures du sommeil, a donc la respiration entravée, et, quand cette entrave est portée à un certain degré, il s'éveille effrayé, et c'est alors que l'élément nerveux entre en jeu et que le spasme de la glotte vient s'ajouter à Venchifrènement de la muqueuse laryngée. De même, pendant la veille, le passage de l'air, suffisant à l'état de repos, ne l'est plus quand l'enfant court, joue, fait des efforts, et le stridulisme diurne peut alors se montrer.
Symptômes. — Tantôt la laryngite striduleuse a un début brusque, imprévu ; tantôt le premier accès a été précédé d'un léger catarrhe des premières voies, coryza, toux, raucité de la voix, en un mot d'un rhume datant de quelques jours. Mais ce rhume a pu passer inaperçu, et le premier symptôme caractéristique de la maladie est un accès de suffocation nocturne
(1) On Ihe aslhma Hoopingcough (Londres, 1769). Millar l'a distingué du croup.
qui saisit l'enfaixt pendant son sommeil et cause un grand effroi à l'entourage. Au milieu de la nuit, tout à coup, l'enfant se réveille, s'assoit, en proie à une dyspnée intense, avec anxiété, inspiration sifflante et toux aboyante spéciale, à timbre creux, rappelant le cri du coq ou l'aboiement du chien. En même temps le visage se couvre de sueur ; la gêne respiratoire est à son comble, l'asphyxie paraît imminente. Cependant l'accès de suffocation s'atténue, cesse au bout de quelques minutes, et le sommeil revient. L'accès est, en général, unique, mais quelquefois il se reproduit à deux ou trois reprises dans la même nuit.
Le lendemain, l'enfant peut se lever, manger, se livrer à ses occupations habituelles, gardant tout au plus une toux légère, qui ne diffère pas de celle du rhume ordinaire. Les nuits suivantes, les accès peuvent revenir.
Dans l'intervalle des accès, la dyspnée manque ou n'est que peu accusée ; parfois cependant elle persiste et peut aller jusqu'au tirage. La fièvre est légère ou nulle. Les rémissions diurnes, si remarquables, donnent à cette maladie un cachet tout particulier.
En général, la laryngite striduleuse guérit en trois ou quatre jours ; sur 109 cas, Barthez et Rilliet n'ont pas vu un seul cas mortel ; Trousseau cite deux décès. Je n'ai pas eu de mort dans ma statistique personnelle, mais j'ai vu la trachéotomie s'imposer chez un enfant. La laryngite striduleuse se complique parfois de bronchite et même de broncho-pneumonie. La violence des accès de suffocation peut aboutir à la rupture des vésicules pulmonaires et à l'emphysème sous-cutané, dont un bel exemple a été observé par Cadet de Gassicourt chez une fillette de cinq ans (1). Tous ces accidents, malgré leur rareté, assombrissent un peu le pronostic. Il ne faut pas oublier, en outre, que la laryngite striduleuse peut récidiver chez le même enfant, à plusieurs mois ou plusieurs années de distance.
Diagnostic. — Dans la grande majorité des cas, le diagnostic est facile, quoique le médecin puisse rarement assister à l'accès ; on vient bien le chercher dès le début des accidents, mais, quand il arrive, la scène est terminée.
Ce qui permet, dans ce cas, de reconnaître la maladie, c'est l'ensemble des circonstances au milieu desquelles elle est survenue : enfant jeune, bien portant ou à peine enrhumé depuis quelques jours, pris à l'improviste d'un accès nocturne, avec toux aboyante, qui peut se répéter, mais qui, d'ordinaire, ne laisse aucun trouble marqué à sa suite.
Le croup vrai, dont on doit toujours redouter la présence, ne débute pas ainsi, et c'est avec raison qu'on a pu dire que le vrai croup finit comme le faux croup commence. Cependant l'erreur est possible, et, si le croup d'emblée est rare, il est admissible, et d'ailleurs les accidents prémonitoires, l'angine couenneuse, ont pu échapper. La Irachéolomie a été faite dans ces conditions ; elle a même pu être nécessaire dans le stridulisme simple.
On a insisté ces dernières années sur les laryngites aiguës simulant le croup (Touchard, Thèse de Paris, 1893 ; Hepp, Gaz. des Hop., mars 1897). On rencontre des cas avec dyspnée continue, tirage sus et sôus-sternal, fièvre légère ;
(1 ) Revue men.siielle des maladies de l'enfance, 1887, p. 49.
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cet^tat dure deux ou trois jours, puis s'atténue. Parfois on est obligé d'avoir recours au tubage. On fera l'examen bactériologique du mucus pharyngé pour éliminer la diphtérie.
Entre les accès éphémères de la laryngite striduleuse et les laryngites simulant le croup, il y a d'ailleurs des formes de passage qui compliquent encore le problème. Le diagnostic avec le spasme de la glotte, l'abcès rétropharyngien, les corps étrangers des voies aériennes peut se poser.
Traitement. — Le vomilif au début me paraît tout indiqué ; on ne peut qu'approuver l'enveloppement ouaté des extrémités inférieures, l'application d'eau chaude sur le larynx (éponge) pendant une minute, répétée plusieurs fois. Il faut y joindre les inhalations de vapeurs chaudes, une potion gommeuse avec 5 centigrammes de kermès, le bromure de potassium, l'antipyrine, la belladone, un peu d'alcool, la trachéotomie en dernier ressort, ou le tubage aujourd'hui préféré.
Il faut se garder d'appliquer un vésicatoire au-devant du cou (crainte de diphtérie), mais on peut avoir recours à la teinture d'iode ; les émissions sanguines sont abandonnées depuis longtemps.