ŒDÈME AIGU DES PAUPIÈRES
C'est un œdème aigu angio-neurotique analogue à l'urticaire et pouvant se rattacher à la maladie de Quincke {Monals. /. praki. Derm., 1882). Dans cette dernière maladie, l'œdème peut occuper des sièges divers ; il peut même atteindre le larynx et déterminer la mort par suffocation. Son caractère familial s'affirme dans plusieurs observations, et notamment dans celle que Apert a présentée à la Sociélé Médicale des Hôpitaux (3 nov. 1904). Voir aussi l'article sur les œdèmes aigus circonscrits de la peau et des muqueuses, par le D^ Morichau-Beauchant {Ann. deDerm. et Sypfiil., janv. 1906).
Symptômes. — L'enfant bien portant la veille présente tout à coup, au réveil ou dans la journée, un gonflement disgracieux de la paupière d'un seul côté. Il est rare que l'affection soit bilatérale, mais, dans les atteintes successives, elle peut changer de côté. Le gonflement peut atteindre des proportions considérables, défigurant l'enfant, l'empêchant d'ouvrir l'œil. Tantôt l'œdème est blanc et mou, tantôt il est rouge et rappelle l'œdème inflammatoire. IFest indolore, et la pression seule provoque une légère gône. Si l'on écarte les paupières, on voit que la conjonctive est normale et que le globe de l'œil n'est pas intéressé. L'examen des urines]ne décèle pas la présence de l'albumine.
Pas de fièvre, pas d'embarras gastrique, état général excellent.
L'œdème palpébral dure vingt-quatre, trente-six, quarante-huit heures au plus et disparaît spontanément. Mais il est sujet à retour : au bout de deux, trois, six mois, un nouvel accès, semblable au premier, peut se reproduire du même côté ou du côté opposé.
Si l'on néglige l'incertitude quant à la durée et aux récidives de cette disposition morbide, le pronostic est des plus bénins. L'œdème aigu des paupières guérit toujours et rapidement. Mais il est révélateur de la tare neuro-arthritique.
Diagnostic. — On est fort embarrassé la première fois qu'on se trouve en présence de cette petite affection. On croit d'abord à un coup d'air, à une conjonctivite, mais il n'y a aucun signe subjectif ou objectif de cette affection : pas de sensation de gravier, pas de photophobie, pas de rougeur ni de sécrétion de la muqueuse. On pense aussi à la néphrite et à V albuminurie , mais l'examen des urines est négatif.
Dans quelques cas, le gonflement était tel qu'on pouvait craindre une conjonctivite diplitérique ou une opJifnlmie purulente ; mais l'examen direct de la muqueuse ne permettait pas de s'arrêter à ce diagnosti<" d'impression. Parfois on pense à Vurticaire, soit que les enfants en aient eu autrefois des poussées, soit qu'ils en présentent actuellement. Il y a évidemment quelque analogie entre l'œdème palpébral et certaines formes d'urticaire. Mais cela ne va pas plus loin que l'analogie.
Dans l'œdème aigu des paupières, le gonflement est unilatéral et affecte un caractère inflammatoire tel qu'on pense à un phlegmon de l'orbite. J'ai vu récemment un de ces cas avec gonflement énorme et rougeur des paupières gauches, avec induration douloureuse du ganglion préauriculaire. Des compresses humides ont amené la résolution de l'œdème phlegmoneux et de l'adénite en quelques jours. Dans un autre cas, il y avait une véritable exophtal-
mie avec fièvre et douleurs vives. L'enfant avait de la grippe, une rhinite purulente, probablement de la sinusite ethmoïdale. Tout s'est calmé après l'application d'une vessie de glace pendant quelques jours.
Traitement. — Rien à faire, ne pas toucher à l'affection. Garder l'enfant à la chambre si l'on veut, restreindre un peu son alimentation, le purger ; c'est le plus qu'on soit autorisé à faire.