‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 253 sur 342 · GLANDES SUDORIPARES ET SÉBACÉES · texte numérisé non relu

GLANDES SUDORIPARES ET SÉBACÉES

Les troubles fonctionnels et lésions des appareils glandulaires sont très variés, et nous en distinguerons plusieurs espèces :

70 An id rose. — La diminution de la sécrétion sudorale se traduit par une sécheresse manifeste de la peau, avec exfoliation légère de l'épiderme, sensation d'âpreté et de rudesse au toucher. Elle s'observe spontanément et dérive d'une malformation congénitale, ou bien elle est la conséquence d'un état morbide, d'une cachexie tuberculeuse, athrepsique ou autre, aboutissant à la déshydratation des sujets.

20 Hyperidrose. — L'exagération de la sueur peut être symptomatique d'une fièvre quelconque, du rachitisme, de l'abus des Hquides, de la suette miliaire, et alors elle n'est pas durable. Quand elle est idiopathique et primitive, elle s'observe chez les enfants de souche arthritico-nerveuse ; elle est permanente, ou se répète facilement à l'occasion d'une émotion, d'une fatigue, de la chaleur. Elle prédomine ou se localise exclusivement dans certaines régions : aisselles, mains, pieds. Elle peut s'accompagner de macération de l'épiderme, d'érythème simple ou vésiculeux (miliaire sudorale). Si elle est généralisée, elle porte le nom d'éphidrose. Souvent localisée aux pieds, elle est parfois horriblement fétide [bromidrose).

Les sueurs fétides des pieds comme celles des mains sont parfois associées à la cyanose et à l'algidité de ces parties.

On facilitera les sécrétions intestinales et rénales (purgatifs et diurétiques). On recommandera la plus grande propreté, on fortifiera le système nerveux par les douches froides, les frictions sèches ou alcooliques. On poudrera les parties humides avec un mélange de lycopode, bismuth, amidon, talc et permanganate de potasse (2 p. 100). On lavera avec la solution de permanganate de potasse à 1 p. LOOO.

3^ Dysidrose. — Dans cette forme d'hyperidrose, isolée par Tilbury Fox, on voit des vésicules sous-épidermiques aux mains, aux doigts, dans les espaces interdigitaux. Cette vésiculation s'observe surtout en été chez 1^ buveurs. Pour Tilbury Fox, elle serait due à la rétention de la sueur et, pour Hutchinson, à l'issue de sérosité hors des vaisseaux papillaires. On note des démangeaisons, des grattages qui déchirent les vésicules et aboutissent à l'eczématisation. Après quelques jours, l'éruption s'affaisse et fait place à une exfoiiation épidermique. L'eczéma se distingue par l'irritation et la rougeur du derme, par le suintement et les croûtes qui leur succèdent, par son extension plus grande. Les sudamina se présentent sous forme de vésicules isolées, discrètes, superficielles et éphémères. L'herpès n'a pas le même siège et laisse des croûtes melliformes. La gale a pour elle ses pustules, ses sillons.

On traitera la dysidrose par des lotions tièdes et émolhentes, par un poudrage soigné des surfaces malades, par une pommade boriquée quand il y aura des croûtes.

40 Chromidrose. — Dans la chromidrose, la sueur est colorée en bleu, rouge, CoMBY. — Maladies de r Enfance. 61

jaune. On peut rencontrer ce trouble fonctionnel ch ez plusieurs membres de la même famille, chez les hystériques ou les neurasthéniques.

R. Blanchard a présenté à l'Acad. de Méd. (17 déc. 1907) un garçon de treize ans ayant de la chromidrose noire [mélanhidrose) sous les yeux depuis plusieurs années. J'ai vu cette chromidrose noire aux aisselles chez une fille de 14 ans (Arch. de Méd. des Enf., mars 1917).

5° Sudamina. — Les sudamina se présentent sous forme de vésicules ou de bulles fines, transparentes, éphémères, suivies d'une desquamation furfuracée. Ils siègent sur les organes à peau lisse et mince : cou, poitrine, aines. Ils seraient dus à la rétention de la sueur dans les glandes sudoripares obstruées par des cellules épidermiques. Ils sont très communs dans la défervescence des maladies aiguës : fièvre typhoïde, pneumonie. Aucun trouble fonctionnel, pas de démangeaisons, transparence absolue, fugacité, autant de caractères qui font souvent méconnaître les sudamina. 11 faut regarder avec attention, à jour frisant.

Volume variable ; il y a des sudamina punctiformes, des sudamina miliaires, des sudamina géants. Au bout de vingt-quatre à trente-six heures, les sudamina se volatihsent, laissant à leur suite une fine desquamation en collerette qui, par sa confluence avec les éléments voisins, peut donner une desquamation étendue, morbilHforme ou scarlatiniforme. La présence des sudamina dans les maladies aiguës semble être d'un bon augure.

6° Miliaire. — • Les sudamina ont été décrits parfois sous le nom de miliaire blanche ; la véritable mihaire est constituée par des éléments vésiculeux, petits, arrondis, égaux en volume, se troublant très vite pour former de petites perles jaunes ou laiteuses reposant sur un fond rouge érythémateux [miliaire rouge). Cette miliaire est une éruption sudorale très commune chez les nourrissons au moment des chaleurs de l'été, quand ils boivent trop et sont trop couverts.

7° /Icné. — L'acné est le résultat d'une inflammation ou d'un trouble fonctionnel des glandes sébacées. Rare dans la première enfance, l'acné ne commence à s'observer que chez les adolescents, chez les filles plus que chez les garçons et au moment de la puberté. On en distingue plusieurs variétés : acné rosée, ponctuée (comédon), miliaire, inflammatoire et pustuleuse.

L'acné rosée ou couperose n'existe pas chez les enfants ; ce qu'on désigne sous ce nom, à tort dans l'immense majorité des cas, est la livedo de la face qui est très commune chez les en ants lymphat ques, à circulation défectueuse, à manifestations acro-asphyxiques, et qu'il est facile de reconnaître à un examen attentif. En effet, examinant de près les plaques rouges ou violacées des joues, on voit qu'il y a intégrité de la peau, absence totale d'érosion, d'acné, de vésicules ou de pustules, mais simplement des réseaux annulaires ou quadrangulaires de livedo relicularis. Tantôt cette livedo de la face est associée à la livedo des membres et du tronc, tantôt elle existe seule ou prédomine sur les autres localisations.

Chez le nouveau-né, on constate souvent, à la face ou sur la voûte palatine, des éléments blancs, arrondis, du volume d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet,' véritables kystes épidermiques remplis de matière sébacée,

GLANDES SUDORIPARFS ET SÉBACÉES 963

fragiles et éphémères [milium). Dans la seconde * nfance, on voit surtout l'acné ponctuée ou comédon, qui siège à la face, sur le front, le nez, le menton, et se présente sous forme de points noirs plus ou moins disgracieux. La peau est en même temps humide et grasse (séborrhée), et les enfants sont souvent lymphatiques ou dyspeptiques ; leur nutrition générale laisse à désirer (auto-intoxication).

Quand on presse à la base des éléments ponctués, on fait sortir un filament vermicelliforme de matière sébacée [comédon), et l'on distingue parfois la présence d'un parasite indifférent appelé acarus ou demodex jolliculorum. Si l'acné est inflammatoire et pustuleuse, les éléments sont coniques et saillants, infiltrés de pus, et alors une infection staphylococcique s'est surajoutée au trouble de la rétention de la matière sébacée. Quelquefois l'acné pustuleuse est provoquée ou entretenue par l'usage d'un médicament tel que l'iodure ou le bromure de potassium.

Ce qui prouve la parenté étroite unissant toutes les variétés d'acné, c'est la présence simultanée chez le même sujet des éléments les plus dissemblables : acné rosée, acné ponctuée, acné pustuleuse, séborrhée grasse. L'éruption est polymorphe, et, quand elle a duré longtemps, on trouve sur la face, le thorax, entre les épaules et les seins, un semis de points noirs, de boutons rouges, de pustules jaunes, de petits abcès [acné phlegmoneuse), de taches violacées (couperose), de cicatrices blanches.

A toutes ces variétés Colcott Fox en a ajouté une autre, Vacné scrofulosorum [Bril. Journ. of Derm., 1895), qui guérit par l'usage de l'huile de foie de morue et des préparations iodées : éléments papulo-vésiculeux disséminés sur le corps, coniques ou aplatis, suppures ou non, indolents, procédant par poussées et durant des mois. On les voit dans la première enfance et plus tard. Bazin avait décrit le premier cette acné scrofuleuse considérée aujourd'hui comme une tuberculide.

L'acné ponctuée se distingue aisément au point noir qui marque chaque élément. L'acné inflammatoire, pustuleuse, phlegmoneuse, peut être confondue avec le furoncle ; mais ce dernier est plus gros, plus dur, plus discret, moins durable. La pustule d'ecthyma est arrondie, jaune, pleine de pus ; elle repose sur une base rouge, indurée et douloureuse ; elle est auto-inoculable ; c'est une affection accidentelle de la peau.

Le traitement de l'acné sera général et local. Pour le traitement'général, on s'inspirera du tempérament des sujets, scrofuleux ou arthritiques, et on donnera, suivant les cas, l'huile de morue, les médicaments iodés^ou les alcalins. On fera toujours l'antisepsie intestinale : purgatifs, calomel, benzonaphtol. On instituera le^régime habituel des dermatoses (interdiction de l'alcool, des acides, des épices, des crudités, du sucre, des choux, des fromages salés, des poissons de mer et viandes faisandées). Localement, on emploie surtout le soufre en pommade (à 1 p. 10), ou en lotion (2 à 3 p. 100, avec alcool 10 p. 100). Le savon noir est utile, mais très irritant.

8<^ Furoncles. — Entre l'acné pustuleuse ou phlegmoneuse et le furoncle, il y a de grandes analogies. Ce dernier est une inflammation staphylococcique des glandes sébacées, assez rare chez l'enfant, provoquée par des irri-

tations locales, des frottements, des contacts malpropres, les poux, la gale, succédant souvent à des plaies de vésicatoire et se multipliant par autoinoculation. Le furoncle aboutit à la formation d'un bourbillon, c'est-à-dire d'une escarre de l'appareil pilo-sébacé, qui se termine par élimination et par formation consécutive d'une dépression cratériforme. La réunion de plusieurs furoncles dans la même tumeur constitue l'anthrax. Certains sujets sont prédisposés aux furoncles comme à l'acné ; ce sont généralement les lymphatiques, et la furonculose doit être considérée comme une manifestation diathésique.

Le traitement, tant général que local, est le même que celui de l'acné. On pourra y ajouter les badigeonnages répétés de teinture d'iode, qui ont parfois une réelle efficacité, et la levure de bière ou de raisin à l'intérieur (2 à 3 cuillerées à café par jour).

9® Séborrhée. — La séborrhée, exagération sécrétoire des glandes sébacées et sudoripares, se traduit par la formation de squames pityriasiques, de croûtes plus ou moins épaisses, ou simplement d'enduit gras ou huileux. Elle est très commune chez les enfants du premier âge, et plus encore dans la vie intra-utérine, puisque l'enfant vient au monde complètement recouvert d'un vernis séborrhéique. Unna en fait une affection parasitaire qu'il confond avec l'eczéma séborrhéique.

La forme sèche de la séborrhée {pityriasis capitis) se caractérise par la formation sur le cuir chevelu ou la face de squames fines, sèches, furfuracées (pellicules). Il y a des formes de passage qui conduisent à l'eczéma. La forme croûteuse dépose sur la tête des nourrissons des squames ichtyosiques imbriquées (chapeau), souillées par les poussières, véritable crasse que les commères appellent croûtes de lait. On devra distinguer la séborrhée croûteuse de Veczéma et de V impétigo, qui s'accompagnent toujours de dermite plus ou moins accusée.

On traitera la séborrhée par des lotions tièdes alcalines et par l'apphcation, dans les cas rebelles, de pommades soufrées et résorcinées à 1 p. 10. L'hygiène alimentaire ne sera pas négligée : allaitement naturel, réglementation des tétées.

10^ Granulosis rubra nasi. — C'est à Jadassohn [Arch. /. Derm., 1901) qu'on doit la première description de cette maladie, dont plusieurs observations ont été ensuite rapportées par Luithlen, Pinkus, Herrmann, W. Pick, W. Dubreuilh, Lebet, Audry, J. Darier et A. Civatte, E. Jeanselme [Société de Dermotologie, 3 mars 1910).

Elle est caractérisée par une rougeur du nez avec petites sailHes papuleuses et hyperidrose. Parfois il se produit de petits kystes sudoraux (hydrocystome). Audry la nomme avec quelque rsiison fausse acné rosée des enfants. On peut aussi penser à une engelure. Les enfants suent beaucoup du nez, et l'hyperidrose est limitée à la plaque rouge. La loupe montre que la rougeur est due à une infinité de petits mamelons coniques de 2 à 3 dixièmes de millimètre de large, régulièrement espacés de quelques dixièmes de millimètre. Ces petits cônes répondent aux glandes sudoripares, et c'est à leur sommet que viennent perler les gouttes de sueur.

Presque toutes les observations se rapportent à la seconde enfance, entre

Page 1