IMPÉTIGO
L'impétigo est caractérisé par la formation de vésico-pustules superficielles qui aboutissent rapidement à des concrétions jaunâtres, épaisses, peu adhérentes et ne laissant pas de cicatrices. L'impétigo est une dermatose inocu'able et contagieuse [impétigo contagiosa). On a décrit d'autres variétés d'impétigo, mais elles rentrent habituellement dans l'eczéma. ^ Étiologie. — Il y a déjà longtemps que l'inoculabilité de l'impétigo a été démontrée par Tilbury Fox et Vidal. Plus récemment Dubreuilh a trouvé,
IMPÉTIGO 969
dans les pustules d'impétigo, les microorganismes de la suppuration, et en particulier le staphylocoque. Sabouraud est du même avis. Pour Gh. Leroux, Balzer et Grifîon, l'agent pathogène serait le streptocoque. Ce microbe, staphylocoque ou streptocoque, un de nos commensaux habituels, pénètre à la faveur d'une effraction cutanée, d'un simple traumatisme, d'une piqûre de pou. En somme l'impétigo ordinaire de l'enfant n'est qu'une pyodermiie provoquée par les microbes habituels de la suppuration. La vaccine peut servir de porte d'entrée à l'impétigo. Chez un petit garçon de dix-huit mois, qui venait d'être vacciné sur la génisse, j'ai vu quatre pustules vaccinales recouvertes de croûtes épaisses, qui, par l'intermédiaire des grattages, avaient donné de nombreuses pustules d'impétigo sur les avant-bras, la face, le front, le conduit auditif externe (otorrhée). Il n'est pas rare de voir le percement des oreilles, par les bijoutiers, s'accompagner d'impétigo du lobule.
La contagion d'enfant à enfant est très commune ; elle s'exerce très souvent dans les familles et les écoles. Les mêmes remarques sont appHcables à Vecihyma, également contagieux et inoculable, et dont les symptômes se confondent souvent avec ceux de l'impétigo.
Symptômes. — L'impétigo s'annonce au début comme une tache rouge qui ne tarde pas à présenter une vésicule bientôt trouble. Cette vésico-pustule crève et donne une substance glutineuse, jaune ambre, qui se prend en croûtes épaisses, mélicériques, plus ou moins foncées par leur mélange avec les poussières extérieures et le sang desséché. Le volume des pustules d'impétigo est très variable ; il y en a de petites, de moyennes et de grosses ; les premières ressemblent à des vésicules d'eczéma, les dernières rappellent les bulles de pemphigus (impétigo pemphigoïde). Ces pustules sont généralement isolées et disséminées en nombre restreint sur la face, la tête. Parfois elles s'unissent par leurs bords et forment des placards assez larges. Le siège de prédilection est la face (joues, front, lèvres) ; de là, par les grattages, l'impétigo se répand sur les doigts, les bras, les cuisses, le tronc, au point de se généraliser parfois. J'ai vu l'impétigo aigu de la face s'étendre aux narines (coryza), aux oreilles (otorrhée), aux yeux (conjonctivite et kératite phlycténulaires),à la bouche (stomatite impétigineuse), à la vulve (vulvite impétigineuse et leucorrhée) (1).
Sevestre et Gaston ont bien étudié la stomatite impétigineuse et montré qu'elle était due au staphylocoque doré (2). Quand l'impétigo s'empare de l'extrémité des doigts, il soulève l'épiderme autour de l'ongle, et forme une iourniole. On voit que V impétigo conîagiosa a des localisations multiples et variées. Il peut se compliquer d'adénites, d'abcès sous-cutanés du cuir chevelu, du tronc ; il peut être la première étape de l'ostéomyélite aiguë (3).
J'ai vu un impétigo disséminé de la face, du tronc, des membres, chez une fille de six ans,secomphquer de néphrite aiguë qui a bien guéri par le régime lacté, le repos au lit et le pansement aseptique de l'impétigo. Le D^ John Phillips a rapporté deux cas semblables (fille de quatorze mois, garçon de
(1) Société clinique, IS87.
(2) Société médicale des hôpitaux, 1891.
(3) G. DupREY, L'impétigo et ses localisations chez l'enfant {Thèse de Paris, 1891).
trois ans) qui se sont aussi terminés par la guérison [The Cleveland Médical Journal, sept. 1910). L. Duvernoy [Lyon Médical, 1909), sur 3 cas de néphrite compliquant l'impétigo, en a vu 2 guérir et 1 succomber à des accidents urémiques. H. Malherbe [Gaz. Médicale de Nantes, 1909) en a vu un autre cas, suivi de guérison, chez une fille de quatre ans et demi, quoiqu'elle eût de l'oligurie, de la bouffissure de la face et 4»r,50 d'albumine par litre. Chez un garçon de quatre ans, T.-R. Whipham {Royal Soc. of Med., avril 1909) a vu l'impétigo devenir huileux et hémorragique {purpura huileux après impétigo).
La durée de chaque pustule est éphémère, mais les croûtes persistent plusieurs semaines. Après leur chute spontanée ou provoquée, elles laissent des taches vineuses, des macules pigmentées, qui disparaissent à la longue. Chez une petite mulâtresse, j'ai vu l'impétigo suivi de taches indélébiles. La maladie ne laisse aucune cicatrice , à moins que des grattages énergiques n'aient provoqué de véritables ulcérations. Le pronostic de V impétigo conlagiosa est bénin ; mais n'oublions pas qu'il peut se comphquer de kératite, d'abcès, d'érysipèle, d'ostéomyélite.
Diagnostic. — L'évolution cyclique des pustules d'impétigo permet de les distinguer de V eczéma ; l'erreur cependant est possible quand on se trouve en présence de placards"croûteux, sans élément jeune. L'auto-inoculation pourra servir de pierre de touche. D'ailleurs l'eczéma peut se compliquer d'impétigo, la dermite simple a été envahie par les pyogènes, et nous sommes en présence d'un eczéma impétigineux, éventualité facilement réalisable chez l'enfant. Dans Vecthyma, les pustules sont plus profondes, elles sont entourée > d'une base rouge et indurée, inflammatoire. Le pemphigus, dont les bulles sont plus grosses, présente quelquefois des analogies avec l'impétigo, qui parfois devient lui-même huileux et pemphigoide. Uherph se présente avec des groupes de petites vésicules qui se dessèchent ensuite pour former des croûtes; c'est à cette période terminale que l'erreur est possible; mais il n'y a pas de dissémination ultérieure. J'ai vu un enfant de dix mois dont le visage, couvert de petites croûtes arrondies et isolées, faisait songer à la variole ; mais la mère portait sur le nez, les doigts, des pustules et des croûtes d'impétigo, sources de la contagion. Il n'en est pas moins vrai que la variole, à la période de dessiccation, simule parfois V impétigo conlagiosa.
Traitement. — On coupera les cheveux, si l'impétigo siège à la tête ; on apphquera un cataplasme d'amidon pour faire tomber les croûtes, et on fera, matin et soir, des onctions avec la vaseline boriquée ou salolée (1 p. 10). Pour les placards isolés, l'occlusion avec l'emplâtre de Vigo est excellente. Dans les cas d'impétigo du corps et des membres, les bains antiseptiques (sublimé à 1 p. 10.000) sont utiles. Empêcher les grattages et les contacts avec d'autres enfants. Guérison très rapide. Sabouraud recommande l'eau d'Alibour étendue d'eau au tiers et appHquée en compresses {Arch. de Méd. ■des Enfants, 1898).
ECTHYMA 971