ECZÉMA
L'eczéma provoque souvent l'inflammation des ganglions voisins, et des adéno-phlegmons sous-maxillaires et cervicaux viennent compliquer les eczémas de la face, surtout quand ils ont été irrités par les grattages. On voit quelquefois des éruptions pustuleuses, papuleuses (eczéma lichénoïde), furonculeuses, accompagner l'eczéma. Parmi les autres complications de l'eczéma, il faut signaler les blépharo-conjonctivites, les kératites, les otorrhées, les coryzas, les inflammations des lèvres avec hypertrophie de la lèvre supérieure. Outre l'hypertrophie de la lèvre supérieure d'origine eczémateuse, il existe un eczéma du bord libre des lèvres et des commissures, caractérisé par des squames, des fissures saignantes et un gonflement insolite des parties sous-jacentes. Il y a une blépharite eczémateuse, un coryza eczémateux, une otorrhée eczémateuse. E. Besnier considérait la desquamation linguale comme un eczéma en aires.
Cliniquement, on peut distinguer : 1^» un eczéma sec, qui siège surtout à la face, aux joues, au menton, qui s'observe dans la seconde enfance et donne lieu à une desquamation pityriasiforme ; ce pityriasis de la face peut être considéré comme une séborrhéide bénigne ; 2® un eczéma suinlant, croûteux, impétigineux, plus fréquent chez les enfants du premier âge, et simulant V impétigo coniagiosa avec lequel, du reste, il n'a rien de commun, mais auquel il peut s'associer [eczéma impétiginisé) ; 3° un eczéma séborrhéique, qui occupe surtout les sourcils, le front, les oreilles, le cuir chevelu, et se présente aussi sous forme de croûtes jaunes, épaisses, graisseuses ; 4^ un eczéma pédiciilaire^ qui siège au cuir chevelu et donne des croûtes qui adhèrent aux cheveux [impétigo granulata) ; cet eczéma s'accompagne d'adénopathies cervicales postérieures, parfois abcédées.
L'eczéma infantile est plus souvent aigu que chronique, mais les récidives sont fréquentes. L'eczéma aigu, accidentel, disparaît en quelques jours, avec un traitement approprié. L'eczéma chronique, constitutionnel, arthritique, plus rare d'ailleurs chez les enfants que chez les adultes, est très rebelle et dure parfois plusieurs années, avec des rémissions plus ou moins longues.
L'eczéma localisé à l'oreille, au lobule ou au sillon rétro-auriculaire, est parfois tenace et désespérant. On voit, à la suite de la perforation du lobule (boucle d'oreille), un eczéma impétigineux s'emparer de cette région et déterminer parfois la section comp-ète du lobule (Constantin Paul). Cet accident s'observe chez les enfants lymphatiques.
En général, la guérison de l'eczéma s'obtient plus facilement chez les enfants que chez les adultes.
Diagnostic. — Le diagnostic est facile : le psoriasis, d'ailleurs rare, se distingue par ses squames nacrées, par ses placards discrets, occupant surtout le pourtour des genoux et des coudes. 'L'impétigo contagiosa diffère essentiellement de l'eczéma, quoiqu'il affecte souvent la même localisation et la même forme. Il a toujours une marche aiguë ; il est formé par des pustules qui se terminent par des croûtes jaunes, épaisses, disposées en îlots sur la face, donnant lieu à des auto-inoculations. La miliaire présente des éléments vésiculeux éphémères, qui ne laissent aucune trace (eczéma sudoral). L'herpès forme des groupes vésiculeux discrets, dont la marche rapide et cyclique est
spéciale. La îricophytie circinée a une forme qui, à elle seule, est caractéristique. L'eczéma aigu de la face peut simuler Vérysipèle. Il faut encore distinguer l'eczéma du pityriasis simple et du pityriasis rosé de Gibert dont certaines formes rappellent l'eczéma séborrhéique.
Traitement. — S'il s'agit d'un nourrisson, on surveillera le régime de la nourrice, on diminuera le nombre des tétées, on fera pr^' céder ou suivre chaque tétée de l'ingestion de quelques gouttes d'eau de Yichy. Au besoin, on changera de nourrice. Les topiques employés contre l'eczéma sont : les pommades avec glycérolé d'amidon ou vaseline, contenant l'oxyde de zinc, l'acide borique, 1? salol (1 p. 10). Pour certains cas, le glycérolé tartrique (1 p. 40), la pommade au précipité jaune à 1 p. 50 sont utiles. La calotte de caoutchouc convient aux cas rebelles. Dans les cas suintants, on usera largement des poudres inertes, amidon, talc. Les bains doivent être proscrits, car ils sont presque toujours nuisibles. Si l'eczéma siège au cuir chevelu, on coupera les cheveux avant d'appliquer la pommade. Si les croûtes sont très épaisses, on les fera tomber avec un cataplasme de fécule. Aux enfants scrofuleux, on donnera l'huile de morue, les sirops iodo-tannique, d'iodure de fer, de raifort iodé. Dans l'eczéma chronique, héréditaire, on essaiera les eaux minérales de Royat, de la Bourboule, ou les eaux sulfureuses (Uriage). A. Moussons {Arch. méd. des enfants^ mars 1908) a préconisé l'opothérapie thyroïdienne contre l'eczéma séborrhéique du cuir chevelu et Rocaz [Arch. de Méd. des Enfants^ fév. 1911 et Gaz. hebd. de Bordeaux, juin 1911) a soumis une cinquantaine de nourrissons eczémateux au traitement thyroïdien (5 centigrammes par jour) avec résultat très favorable dans 20 cas, assez favorable dans 30 cas. Ce traitement serait surtout efficace dans l'eczéma arthritique. Roberto Berro [Arch. Lai. Amer, de Ped., mars-avril 1916) a traité avec succès par la radiothérapie {5H) les eczémas rebelles, constitutionnels ou arthritiques.
Le régime sera très surveillé ; on conseillera le lait, les légumes secs, les viandes blanches. On interdira les viandes faisandées, la salade, le poisson, les épices, le vin, le café. Quand l'eczéma coïncidera avec la dilatation de l'estomac, on rationnera les liquides et on fera l'antisepsie intestinale ; on donnera des purgatifs en cas de constipation. Marfan [Bull. Médical, 31 mai 1911) a signalé l'influence favorable de la cure d'altitude sur l'eczéma des nourrissons. J'ai observé assez souvent les bons effets de la cure d'air à la campagne.