GANGRÈNES MULTIPLES DE LA PEAU
d'un à deux ans, cachectiques (1). Hutchinson l'a vue compliquer la varicelle et la vaccine (1885) ; Auché et Latreille (1904) l'ont signalée dans la fièvre typhoïde. Crocker (2), Ranke (3), Martin de Gimard (4), Gallois (5), Charmoy (6), l'ont ensuite étudiée. Il résulte de ces travaux que la maladie peut venir se greffer sur une lésion préalable de la peau (varicelle, vaccine, érythème, purpura), ou survenir spontanément, sans effraction cutanée apparente, chez des enfants d'un à trois ans, cachectiques, épuisés par la misère ou la maladie. En somme, c'est une infection secondaire qui tombe sur un terrain préparé par les causes débilitantes habituelles.
Parmi les maladies qui prédisposent à la gangrène cutanée, comme aux autres gangrènes, il faut mettre la rougeole en première ligne. A l'hôpital, la gangrène cutanée peut procéder par contagion et prendre des allures épidémiques ; elle peut avoir sa source dans le noma, la gangrène de la vulve. J'ai vu des plaies de brûlure, de vésicatoire, de thapsia, mal pansées, aboutir à la gangrène cutanée. L'impétigo peut aussi être suivi de gangrène (staphylococcie cutanée gangreneui^e). Dans la gargrène cutanée, Veillon et Halle ont trouvé un microbe spécial, le Barillus ramosus. Auché, dans 3 cas, n'a pas trouvé d'anaérobies, mais seulement le staphylocoque doré, le streptocoque, le colibacille, le pyocyanique {Gaz. hebd. de Bordeaux^ 26 juin 1904).
Symptômes. — Au début, on constate la présence de phlyctènes rosées, qui se rompent et laissent à nu le derme noir et sphacélé ; autour de cette escarre 66 dessine un cercle inflammatoire, puis l'escarre se détache, tombe et laisse à sa place une ulcération taillée à pic, arrondie ou ovalaire, parfois serpigineuse et térébrante. On a vu la gangrène atteindre les muscles et les os. Autour de ces foyers gangreneux, les vaisseaux sont oblitérés, la peau et le tissu cellulaire œdématiés. En même temps se déclare une fièvre plus ou moins vive, accompagnée de symptômes généraux graves, de douleurs articulaires, de diarrhée, de vomissements, d'adynamie. On trouve parfois de l'albuminurie, de la glycosurie. Dans ce dernier cas, on doit se demander si le diabète n'a pas précédé la gangrène. D'autres complications sont à redouter du côté du cœur (péricardite et endocardite), du côté des poumons (congestion pulmonaire, gangrène, broncho-pneumonie).
Le pronostic, très grave, n'est pas désespéré, et le traitement peut le modifier du tout au tout, quand il est institué de bonne heure.
Traitement. — Le traitement consiste à relever les forces des sujets, par l'alimentation, le lait, les toniques (fer et quinquina) et à stériliser les foyers de gangrène. On saupoudrera les plaies, avec l'iodoforme, le salol ou l'aristol, et on isolera les ulcérations par un bon pansement, afin d'éviter la dissémination microbienne. On donnera des bains antiseptiques (2 à 3 grammes de sublimé par bain).
(1) Breslau, 1878.
(2) Med. chir. Trans., 1887.
(3) Jahrb. fur Kind., 1887.
(4) Thèse de Paris, 1888.
(5) Bull, méd., 1889.
(6) Thèse de Paris, 1890.