PEMPHIGUS
Le pemphigus aigu est une maladie infectieuse de la peau, une pyodermite^ qui se présente sous forme épidémique ou sous forme sporadique.
Étiologie. — En dehors des cas sporadiques qu'il est donné à tout médecin d'observer de temps à autre, nous possédons la relation de véritables épidémies, qui placent le pemphigus aigu des nouueau-nés au nombre des dermopathies contagieuses et infectieuses. Hervieux {Soc. Méd.desHôp., 1868) a vu un nouveau-né atteint de pemphigus créer une épidémie qui n'a pas frappé moins de 150 enfants de la Maternité de Paris. Homolle a vu une épidémie semblable dans la salle d'accouchements de l'hôpital de la Charité (Besnier, Soc. Méd. des Hop., 1874). La doctoresse Magaret Merry Smith {Brit. Med. Journal, 22 janvier 1910) a vu une petite épidémie de pemphigus des nouveau-nés, à Manchester (4 cas, 3 morts) en mars-avril 1909 dans la clientèle d'une sage-femme (streptocoques et staphylocoques). Koch (de Wiesbaden) auparavant avait aussi vu le pemphigus aigu chez 23 enfants de la clientèle d'une sage-femme, alors que 200 nouveau-nés, soignés par d'autres sages-femmes, restaient indemnes. S'étant inoculé au bras le liquide d'une bulle, il aurait obtenu un résultat positif après soixante heures d'incubation* Vidal {Soc. de BioL, 1874) a obtenu également une inoculation positive sur un de ses élèves, et il a même pu produire une bulle de troisième génération» Colrat (Bev. de Méd., 1884) a publié aussi des faits conformes à l'inoculabilité du pemphigus.
Ces différents observateurs ont cherché, dans le liquide des bulles, l'agent parasitaire présumé de la maladie ; ils ont décrit des bactéries diverses et surtout des m^icrobes pyogènes. Crocker pense, avec quelque raison, que le pemphigus des nouveau-nés n'est qu'une forme huileuse de Vimpeiigo contagiosa. Depuis que l'asepsie s'est généralisée dans les maternités, on ne voit presque plus le pemphigus, au moins dans sa forme épidémique. E. Weill et A. Dufourt {La Pédiatrie Pratique, 28 juillet 1912) ont décrit un pemphigus infectieux d'origine staphylococcique. Ils en ont observé 5 cas (2 dans la rougeole, 1 dans la variole, 1 dans la scarlatine, 1 isolé). Le staphylocoque s'est trouvé constamment dans le liquide des bulles et une fois dans le sang. D'après Landsteiner, il y aurait une relation étroite entre le staphylocoque et le pemphigus infectieux aigu.
Relativement à l'âge des sujets, on peut dire que le pemphigus épidémique sévit surtout chez les nouveau-n<^«, de trois à huit jours, dans les maternités. Quant au pemphigus sporadique, il peut s'observer beaucoup plus tard, et les observations que j'ai recueillies ont trait à des enfants de cinq semaines, neuf mois, douze mois, dix-sept mois, deux ans. A partir de deux ans, le pemphigus aigu devient plus rare.
Les enfants vigoureux et sains sont aussi exposés que les enfants malades et cachectiques ; cependant, j'ai relevé, dans la plupart des cas que j'ai observés, la mauvaise alimentation, l'allaitement artificiel, les troubles digestifs. Ces influences sont de second ordre ; elles servent peut-être de porte d'entrée, elles n'engendrent pas la maladie.
A côté du pemphigus aigu de la première enfance, on observe, dans la seconde enfance, un pemphigus aigu analogue et un pemphigus chronique, à poussées successives, tantôt bénin, tantôt grave, et rappelant la dermatite herpétiforme de Dûhring. J'ai vu un garçon de dix ans couvert, des pieds à la tête, de larges bulles de pemphigus depuis deux mois, guérir rapidement sous l'influence d'un bon pansement antiseptique. Dans les cas invétérés, on peut observer le pemphigus fflicicé^ maladie chronique exfoliante, suintante, croûteuse, sans bulleg nettes.
Dans le cours de certaines maladies infectieuses, en particulier la fièvre typhoïde, on peut voir survenir des poussées de pemphigus plus ou moins étendues, surtout dans les formes graves ; ce pemphigus accompagne l'ecthyma, les escarres, les abcès cutanés et sous-cutanés. Il semble qu'il soit l'expression d'une pyodermite vulgaire.
Symptômes. — La maladie s'annonce, en général, par du malaise et de la fièvre ; les enfants sont agités, demandent le sein fréquemment, leur peau est chaude, leur pouls rapide. Au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, se montre l'éruption caractéristique : ce sont des bulles plus ou moins grosses, hémisphériques, les unes de la grosseur d'un demi-pois, les autres de la grosseur d'une demi-noisette ou noix.
Le liquide qu'elles contiennent est, au début, parfaitement transparent ; mais il se trouble par la suite.
La bulle de pemphigus est ainsi constituée : le derme est un peu congestionné à la base, œdématié, infiltré de globules blancs ; la voûte de la bulle est formée par la couche cornée de l'épiderme ; la cavité est uniloculaire ; elle renferme un liquide fibrino-albumineux contenant des globules et des microbes, à réaction alcaline. Au bout de douze, vingt-quatre, trente-six heures, le hquide se trouble, devient opalin, purulent, puis l'enveloppe se flétrit, se fend et s'afïaisse comme s'il s'agissait d'une brûlure au second degré. C'est au niveau du cou, du tronc, de la face, que les bulles sont le plus nombreuses ; les petites bulles rapprochées peuvent s'unir entre elles pour former une bulle plus large. Certaines bulles sont avortées, l'épiderme se décolle, mais ne se soulève pas. J'ai vu les bulles hmitées aux fesses, aux cuisses, en petit nombre, alors que les lieux d'élection (cou et face) étaient indemnes. Chez les nouveau-nés, les bulles sont beaucoup plus nombreuses, mais elles respectent toujours la paume des mains et la plante des pieds.