ERYTHROMÉLALGIE ET ÉRYTHRÉMIE
L'érythromélalgie, ou maladie de Weir-Mitchell, est surtout une maladie des adultes, et particulièrement des hommes. Cependant, en 1892, Henoch, Baginsky ont rapporté chacun un cas chez les enfants; un élève de R. Jemma, le D^ N. Serio-Basile [La Pediaîria, mars 1908), a observé une fille de cinq ans qui était atteinte de cette curieuse affection. Plus récemment le D^ L. Galvo (Arch. Laiino-Americanos de Pedictria, janvier-avril 1914) a vu un garçon de huit ans souffrant du syndrome de Weir-Mitchell.
L'enfant de Serio-Basile est prise tout à coup d'une forte douleur, qui, débutant par les doigts de la main gauche, s'étend vers la région précordiale. En même temps le bras est collé au tronc et l'avant-bras fléchi. Des taches d'un rouge obscur se voient sur la peau du membre affecté, avec chaleur et gonflement. Chaque accès dure 4 à 5 minutes et se répète o ou 4 fois dans les 24 heures. L'hydrothérapie, les applications froides sur le membre malade amenèrent la guérison en 3 semaines. Le garçon de L. Galvo offrait des symptômes analogues : érythrose des doigts et des mains avec douleurs vives ; la ponction lombaire donne un liquide clair avec lymphocytose considérable. Cette érythromélalgie, par ses douleurs et ses troubles vaso-moteurs, a quelques analogies avec la maladie de Maurice Raynaud.
Elle offre aussi des points de contact avec Véryîhrémie (maladie de Vaquez) qui, observée le plus souvent chez l'adulte, peut néanmoins se rencontrer chez l'enfant et même chez le nouveau-né. (formes précoces et congénitales) (1). L'érythrémie a pour symptômes : hypérémie cutanée, coloration anormale des téguments et des muqueuses (érythrose), dilatation et engorgement des veines sous-cutanées, dilatation des veines du fond de l'œil constatées à l'ophtalmoscope, hypérémie et pléthore viscérale (ganglions augmentés de volume, hépato-spléno-mégalie), douleurs rappelant celles de l'érythromélalgie. D'ailleurs la maladie de Weir-Mitchell a des rapports indéniables avec l'érythrémie, puisqu'elle se caractérise par un gonflement
(1) Dr LuTEMBACHER, L'érythrémie (maladie deVs^quez), Monographies cliniques ^n° 76, Paris, 12 mars 1914.
douloureux, bilatéral ou unilatéral des extrémités avec algies et paresthésies, par l'hypéridrose ; par des phénomènes de vaso-dilatation qui se traduisent par de la rougeur et surviennent par crises.
L'érythrémie peut conduire aux hémorragies et aux thromboses.
L'examen du sang fait constater une augmentation considérable du nombre des globules rouges : 7 à 10 millions par milhmètre cube en moyenne et parfois jusqu'à 12 et 14 millions. Cette polyglobuHe, qui est persistante, s'accompagne d'augmentation de la masse du sang [pléthore) et de sa viscosité.
Dans un cas d'Ambard et Fiessinger, la cyanose érythrémique s'observa dès la naissance, puis les phénomènes d'érythrémie rétrocédèrent pendant la vie génitale pour réapparaître à la ménopause. Il n'y avait pas de splénomégahe, mais une dilatation veineuse considérable.
Mais les formes congénitales de l'érythrémie sont souvent latentes et ne se révèlent qu'à l'adolescence.
Le traitement de l'érythrémie est surtout hygiénique : vie bien réglée sans surmenage, sans sédentarité, exercices modérés au grand air, régime végétarien, peu de viande, usage du citron (Parkes Weber), écarter les légumes riches en fer (épinards, asperges). On a recommandé aussi la saignée et les injections de sérum artificiel, la quinine, les iodures, l'opothérapie splénique. Contre les crises de douleurs, on agira par le sahcylate de soude et l'antipyrine.