‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 28 sur 342 · SPASME DE LA GLOTTE OU ASTHME THYMIQUE · texte numérisé non relu

SPASME DE LA GLOTTE OU ASTHME THYMIQUE

Barthez et Rilliet, Trousseau, Hérard (1), ont réfuté cette théorie et montré que le spasme de la glotte était une convulsion partielle.

Étiologie. — C'est dans la première enfance, avant la seconde année, que se montrent la pltipart des cas de spasme glottique ; la première année de la vie fournit plus de cas que la seconde, et les garçons paraissent plus exposés que les filles. Les enfants de souche nerveuse, agités, irritables, sont plus souvent atteints que les autres, et l'on voit parfois plusieurs enfants de la même famille succomber au spasme de la glotte. Le nervosisme héréditaire est invoqué avec raison par Déjerine (2). Ghaumier parle d'hystérie infantile. Parmi les maladies, le rachitisme prédispose au spasme de la glotte (Henoch compte 45 rachitiques sur 61 cas). Elsasser attribuait le spasme de la glotte au craniotabes, ou occiput mou, qui n'assure plus une protection suffisante au cerveau et favorise toutes les compressions. Cette opinion est erronée. Kassowitz invoque l'hypérémie du cerveau. C'est une hypothèse. C'est surtout en hiver que la maladie sévit; elle est plus fréquente dans les pays du Nord. La dentition, invoquée par beaucoup d'auteurs, ne joue aucun rôle. Les niauvaises conditions hygiéniques : logements étroits, mal aérés, allaitement artificiel, sevrage prématuré, sont des causes incriminées avec raison par Reid, Barthez et Rilliet. L'influence occasionnelle de la déglutition (l'enfant avalant de travers) sur la production des accès a été relevée par Hérard, L'abaissement de la langue peut avoir le même effet (Barthez et Rilhet). Voulant examiner la gorge d'un petit garçon de sept mois, allaité artificiellement, j'ai pu ainsi provoquer un spasme glottique inquiétant. Cet enfant, qui était mal nourri, avait un gros ventre, une dilatation de l'estomac; il avait des spasmes au moindre effort, au moment du réveil. Henoch a noté l'association du spasme glottique avec les convulsions générales. Cette névrose particulière des petits enfants me paraît être sous la dépendance d'une auto-intoxication, dont la source est dans le tube digestif.

Plus récemment les observations d'Escherich, confirmées par les travaux des physiologistes (Gley) ont montré que le spasme de la glotte avait des relations étroites avec la tétanie. Celle-ci peut lui succéder et, quand elle ne se montre pas, on peut la mettre en rehef en recherchant le signe de Chvostek ou phénomène du facial (contraction de l'orbiculaire des lèvres provoquée par la percussion de la joue), le signe de Weiss (contraction spasmodique de l'orbiculaire des paupières provoquée par une percussion à l'angle de l'œil), le signe de Erb (contractions semblables provoquées par une excitation électrique minime : 1 miUiampère, 1/2 milhampère). Quant au signe de Trousseau (spasme de la main provoqué par la compression du bras), il est plus rare et ne se voit que dans les cas de tétanie avérée. Quoi qu'il en soit, cette hyperexcitabilité mécanique ou électrique, cette spasmophilie se rencontre dans tous les cas de spasme de la glotte comme dans la tétanie, et elle est révélatrice. Elle serait due, d'après les investigations modernes, à un trouble de fonctionnement ou à une lésion des glandes parathyroïdes. Cela est pos-

(1) Thèse d' Paris, 1847.

(2) Thèse d'agrégation, 1886.

576 TRAITÉ DES MADADIES DE LENFANCE

sible, mais la prédisposition nerveuse, le nervosisme héréditaire n'en existe pas moins chez tous les spasmophiles.

Anatomio pathologique. — Kopp a prétendu que le thymus était hypertrophié et dégénéré. Hérard a montré que le volume de cet organe transitoire variait beaucoup chez les nouveau-nés et que ces variations étaient purement fortuites. L'hypertrophie du thymus peut se rencontrer sans spasme de la glotte et inversement. Marfan a montré [Soc. Méd. des iïdpi- /aua;, mai 1894) un thymus hypertrophié qui avait causé la mort d'un enfant de deux mois par compression de la trachée, mais sans spasme de la glotte.

En général, on ne trouve aucune lésion propre à la maladie ; c'est une névrose qui ne laisse pas de traces à l'autopsie. Le ramollissement du crâne, d'ailleurs inconstant, est une lésion de rachitisme. L'emphysème pulmonaire, relevé dans la plupart des cas mortels, est une lésion secondaire. Hérard n'a rien trouvé dans les centres nerveux, si ce n'est une congestion explicable par l'asphyxie. Donc le spasme de la glotte est, jusqu'à plus ample informé, une maladie sine materiâ. Toutefois l'examen attentif des glandes parathyroïdes pourra révéler des lésions de ces trois ou quatre petites glandes dissimulées derrière le corps thyroïde : hyperémie, gonflement, hémorragie.

Symptômes. — L'enfant est pris subitement en pleine santé, le jour aussi bien que la nuit, d'un accès de suffocation que rien ne pouvait faire prévoir. La respiration se suspend, la face devient turgescente, la tête se renverse, le cou se raidit, les yeux sont fixes, la bouche est ouverte et le thorax immobile. Au bout de quelques secondes, un sifflement inspiratoire se produit à plusieurs reprises, et enfin la crise se termine par une expiration bruyante.

Quelquefois des convulsions générales se déclarent, ou la tétanie : pour Escherich, comme je l'ai dit plus haut, spasme de la glotte et tétanie sont même chose ; il se fait fort de provoquer les contractures tétaniques par la compression du bras (phénomène de Trousseau) chez tout enfant atteint de laryngospasme. Cependant l'arrêt de la respiration a profondément troublé l'hématose, la pâleur de la face succède à la cyanose, les extrémités sont froides, le corps se couvre de sueurs ; le cœur bat d'une façon rapide et tumultueuse. Après l'accès, l'enfant revient à la santé et reste très bien portant jusqu'à un nouvel accès. Quelques enfants, pendant l'accès, sont agités, portent la main à leur cou ; d'autres perdent connaissance. Reid prétend que l'accès est annoncé par un râle laryngé et parfois par une indigestion.

L'accès est très court (10, 15, 30 secondes) ; son intensité est variable : tantôt il est à peine ébauché et peut passer inaperçu, il consiste en quelques inspirations sifflantes ; tantôt il se présente avec un appareil effrayant qui fait craindre la terminaison fatale. Il est rare que la mort succède au premier accès ; Rilliet et Barthez ont vu cependant un enfant de six mois, fort et vigoureux, au sein, mais avide, qui, en prenant le sein et après avoir avalé de travers, eut un accès qui l'emporta en quelques minutes. En général, les accès se répètent à quelques jours de distance ou plusieurs fois le même jour. Quand ils sont ainsi rapprochés, ils constituent une crise. La maladie peut donc durer un jour, plusieurs jours, plusieurs semaines.

Pronostic. — La maladie peut se terminer par la mort, et le pronoitic est

Page 1