XANTHOME
Sous le nom de xanihelasma ou xanîhome, on décrit une affection de la peau, caractérisée par des taches, papules, nodules ou tumeurs de couleur jaune chamois, ou feuille morte.
Étiologie. — En 1871 , Hutchinson a signalé les relations du xanthome avec l'ictère et les maladies du foie en général. Plus tard, on a insisté sur la relation avec le diabète. Cette étiologie, applicable au xanthelasma des adultes ou des vieillards, ne l'est pas au xanîhome infantile. Chez les enfants, il est bien rare qu'on puisse invoquer l'ictère et la glycosurie.
La maladie peut débuter de très bonne heure, presque dès la naissance. Elle a parfois un caractère familial. Dans les antécédents héréditaires des sujets, on a relevé l'arthritisme, le diabète, la goutte, la syphilis, les naevi, le xanthome. On tend à admettre aujourd'hui que le xanthome des enfants est une sorte de néoplasme embryonnaire bénin présentant beaucoup d'analogie avec les nœvi et le molluscum pendulum (Hallopeau). Chauvière {Thèse de Paris, 1894) rapporte 30 observations de xanthome juvénile, dont 4 congénitales, 13 ayant débuté avant cinq ans et 13 avant quatorze ans. A ces observations, il convient d'en ajouter 4 rapportées par Mircouche {Thèse de Paris, 1901 ) et celles que nous citons plus loin.
Ânatomie pathologique. — Ce qui donne aux taches et tumeurs xanthélasmiques leur couleur jaune, c'est la présence de la graisse.
L'anatomie pathologique du xanthome a été faite par les docteurs Balzer et Chambard. Il n'y a pas de différence de structure entre le xanthome plan, le xanthome tubéreux, le xanthome en tumeur ; de même les diverses localisations (paupières, tronc, membres, muqueuses) ne modifient pas les résultats de l'examen histologique. Toujours on trouve, entre les faisceaux du derme, des taches d'or constituées par de la graisse : tissu conjonctif à mailles remphes de cellules xanthélasmiques (cellules polynucléaires contenant de la graisse). En somme, c'est du tissu adipeux un peu spécial. Les taches, plaques ou tumeurs du xanthome siègent habituellement à la peau. Mais on les rencontre aussi sur les muqueuses, dans la bouche, sur la cornée (cas de Gaucher), dans les séreuses. Dans un cas personnel, les tumeurs, analogues à des verrues, siégeaient sur la partie supérieure du tronc et sur le cou.
Symptômes. — On note, chez un enfant plus ou moins jeune (deux ans, huit ans, douze ans), la présence de petits éléments analogues à des verrues sur différentes parties du corps : face, membres, tronc, mains. Ces éléments, très inégaux de forme et de volume, ont pour caractère commun une couleur jaune qui rappelle le chamois, le beurre, la rose thé. Il y a des éléments punctif ormes ou ne dépassant pas le volume d'une tête d'épingle ; d'autres
ont le volume d'une lentille, d'un pois, d'un haricot. Pas de prurit, pas de douleur, consistance ferme et élastique. État général bon, aucun trouble fonctionnel. Pas de lésions du foie, d'ictère, de glycosurie. La maladie persiste indéfiniment ; certains éléments s'atrophient peu à peu et disparaissent pour être remplacés par des éléments nouveaux. Voici le résumé de quelques cas pour bien fixer la symptomatologie.
10 Gaucher et Herscher {Soc.deDerm.9 nov. 1899). Garçon de trois ans et demi, début à deux ans par petites papules jaunes de la face ; l'enfant ayant eu une kératite, sa cornée droite est devenue le siège d'un petit xanthome. En même temps, ectopie testiculaire droite, crâne asymétrique.
2° Feulard [Rev. de Demi., 10 mai 1894). Fille de douze ans présente de petites tumeurs jaunes, symétriques, sur le dos des mains ; elles ont été prises pour des verrues. Il en existe d'autres aux coudes et aux genoux. Volume d'une tête d'épingle à un pois, indolence. Ictère il y a quatre ans (arthritisme dans la famille).
30 Chauvière (Thèse de Paris, 23 nov. 1894). Deux frères, début à huit et quatorze ans par nodules jaunes et plaques aux coudes et aux genoux ; propagation aux mains, fesses, nuque. Pas d'ictère ni glycosurie.
40 CoMBY. Fille vue à neuf mois et à deux ans et demi, avec des taches,, papules et tumeurs jaunes occupant la tête, le cou, le tronc à sa partie supérieure et les membres ; la mère a pu compter jusqu'à 180 éléments Je l'ai soignée il y a vingt ans pour une syphilis acquise. Elle a eu 10 grossesses (4 fausses couches, 5 enfants vivants). Plusieurs des tumeurs xanthomateuses sont pigmentées. Le sirop de térél:»enthine aurait fait disparaître cette pigmentation. Le 12 juin 1906, je revois l'enfant âgée de sept ans ; elle est guérie de son xanthome depuis deux ans ; à la place des tumeurs jaunes de jadis, on ne trouve que -des cicatrices déprimées et cratériformes,. le derme ayant été résorbé et détruit. Elle a pris du sirop de térébenthine, jusqu'à 11 cuillerées à café par jour, sans compter les frictions locales térébenthinées.
50 W. DuBREUiL. Garçon de 5 mois {Soc. de Dsrmatolcgie el de S'jphil.^ janvier 1911) ; xanthome en tumeur datant de deux mois. Il existe chez la mère et la grand'mère des nsevi charnus. Chez l'enfant, on a vu paraître d'abord un nodule rouge sur la tête, puis d'autres nodules se sont montrés sur le cuir chevelu, au-dessus du sein droit, sur la cuisse gauche, sur la jambe droite. Couleur jaune opaque de la plupart des tumeurs, surface hsse. L'examen histologique a montré une masse compacte de cellules infiltrées de grajsse. La radiothérapie a complètement échoué.
L'affection est chronique et sa durée indéterminée ; mais elle est bénigne et ne doit pas inquiéter plus que la présence de nœvi pigmentaires ou de fibrama molluscum.
Diagnostic. — Le diagnostic est difficile, quand on se trouve pour la première fois en présence de ces tumeurs qui, chez les enfants, ne siègent pas aux paupières (heu d'élection chez les adultes). On pense aux vernies, au molluscum pendulum, aux sijphilides, à V urticaire pigmentée. Mais la couleur, la forme, la consistance, l'indolence, l'évolution plaident en faveur du xanthome.
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Traitement. — E. Besnier a recommandé la térébejithine à haute dose; ce médicament pourrait dans quelques cas dissoudre les graisses. Dans le cas qui m'est personnel, le sirop de térébenthine a parfaitement réussi. Quant à l'attaque directe des tumeurs xanthomateuses, à moins qu'elles ne soient très gênantes (thermo, électro-cautère, exérèse, caustiques), nous n'en sommes point partisan. S'il y avait coïncidence de diabète ou d'ictère, on ne manquerait pas de traiter ces afTections,