‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 302 sur 342 · ANGIOMES · texte numérisé non relu

ANGIOMES

Les angiomes, dont la plus simple expression est le nœvas ou iache vineuse, la forme la plus grave la lumeiir éreciile, sont constitués par la dilatation et la néoformation des capillaires en un ou plusieurs points de la peau, des muqueuses ou des organes profonds. Il n'y a pas arrêt, mais exagération de développement. On distingue les nœvi vasculaires et les nœui pigmentaires (grains de beauté), les nœvi lisses et les nsevi pileur, les nœvi plans et les nœvi élevés, tu])éreux, verruqueux.

Étiologie. — L'angiome est le plus souvent une affection congénitale, et à coup sûr une maladie de l'enfance. Sur 558 enfants atteints de nsevi, Parker en trouve 500 de moins d'un an. Porta, sur 151 nsevi, en note 65 à lanaissance, 32 dans la première année, 44 entre un et quatorze ans, 10 après quatorze ans. Les filles sont plus atteintes que les garçons. Les traumatismes peuvent jouer le rôle de causes déterminantes, et les manœuvres obstétricales expliqueraient, d'après Bœckel, la fréquence des angiomes de la tête (Voy. les Angiomes, par Mauclaire et de Bovis, collection Debove, Paris, 1896). Les traumiatismes pendant la grossesse, les frayeurs et émotions morales éprouvées par les mères sont souvent invoqués. On a fait aussi ressortir l'hérédité dans quelques cas, de même que la coïncidence d'états morbides (névroses, hystérie, épilepsie, idiotie), ou de malformations diverses (bec-de-lièvre, encéphalocèle), de tumeurs (hpomes, fibromes, lymphangiomes, molluscums).

La fréquence des petits angiomes, des nœvi, est très grande ; d'après Depaul, un tiers des nouveau-nés en présenteraient. On voit souvent chez eux une tache violacée de la nuque qui va s'atténuant par la suite. Les angiomes de la peau sont les plus communs (80 p. 100) ; viennent ensuite les muqueuses, les muscles, les os. Voici la classification de Mauclaire et de Bovis :

Angiomes externes | Superficiels.... i Peau et muqueuses externes.

I Tissu cellulaire sous-jacent.

Tissu cellulaire interniusculaire.

i Muscles.

Profonds j Orbite et antre d'IIig-more.

! Périoste et os.

Tissu sous-synovial.

Glandes.

Angiomes internes { Sous-séreux : méninges, péritoine, etc. ou viscéraux . . \ Viscéraux proprement dits : foie, rate, etc.

Les angiomes externes sont les seuls qui intéressent la pratique ; ils sont d'ailleurs de beaucoup les plus communs ; ils occupent la tête, les membres, le tronc. Les deux tiers siègent à la tête. Kirmisson a vu 5 angiomes de la parotide et 1 de la glande sous-maxillaire [Trailé des maladies congénitales, 1898).

Lannelongue a signalé des angiomes communiquant avec les sinus de la dure-mère.

Ânatomie pathologique. — L'aspect macroscopique varie de la simple tache rose, rouge, violacée, à la tumeur lisse ou verruqueuse, glabre ou pileuse, sessile ou pédiculée, molle ou tendue, flasque ou pulsatile. La coupe montre tantôt un pointillé rouge, tantôt des lacunes, des aréoles, un aspect spongieux, suivant que l'angiome est simple ou caverneux.

L'angiome simple ne forme pas de tumeur, il s'étend en surface, s'élevant peu ou pas au-dessus de la peau. Sur la coupe, outre le pointillé signalé plus haut, on voit des orifices plus grands (veinules ou artérioles) ; la charpente est formée de tissu conjonctif se condensant autour des vaisseaux, semé parfois de lobules adipeux. Les capillaires, bourrés d'hématies, ont leurs parois épaissies et leur calibre augmenté du triple, du quadruple, du quintuple. Il y a ectasie, hyperplasie, allongement, sinuosités des capillaires. Puis l'ectasie devient irrégulière, moniliforme, ampuUaire, sacciforme.

Outre les capillaires, on voit parfois les artères (tumeur cirsoïde) ou les veines (angiome variqueux) participer à l'ectasie. Il n'y a d'ailleurs pas de limites tranchées entre ces différentes espèces. Entre les vaisseaux peuvent s'observer des lames fibreuses, des cellules plates, des fibres élastiques, parfois du tissu embryonnaire. On voit aussi des granulations, dites de Porta, qui ne sont que des houppes vasculaires. Il y a probablement néoformation vasculaire au sein de l'angiome : on peut aussi y trouver des nerfs. L'angiome caverneux n'est qu'un stade plus avancé ; il a une tendance h se diffuser, mais il peut être enkysté et circonscrit. A la coupe, on voit des lacunes inégales qui communiquent entre elles et sont tapissées par un épithélium pavimenteux.

Parfois les angiomes communiquent avec des vaisseaux de calibre, avec la jugulaire interne, avec les sinus de la dure-mère.

L'évolution anatomique varie : tantôt l'angiome disparaît, tantôt il reste stationnaire, tantôt il s'aggrave. Il peut présenter de la dégénérescence fibreuse, graisseuse, pigmentaire, éléphantiasique, kystique, pétreuse. D'après Lannelongue et Achard, la plupart des angiomes kystiques ne seraient que des lymphangions méconnus. Les angiomes peuvent se compliquer d'hémorragies, de phlegmon, d'érysipèle, de gangrène. Le point de départ des angiomes est dans les capillaires ; les lésions artérielles ou veineuses ne sont que des lésions surajoutées.

Symptômes. — 7° Angiomes simples. — Cutanés, ils portent le nom.de nœvi malerni, envies. Ils présentent toutes les nuances depuis le rose jusqu'au violet ; ils pâlissent sous la pression sans s'effacer complètement ; ils se foncent par les cris, les efforts, la déclivité, le froid. Ils forment de simple? taches sans relief (naevus plan), punctiformes parfois, d'autres fois plus ou

ANGIOMES 1025

moins larges. Petits, ils ne sont pas disgracieux, et, quand ils sont pigmentaires, constituent les grainf^ de beauté. Larges, ils sont désobligeants. Au toucher, on sent que la peau, à leur niveau, est épaisse, résistante. Quand ils forment tumeur (angiome tubéreux), les angiomes sont sessiles ou pédicules, circonscrits ou diffus. Leur surface peut être mamelonnée ou lisse, et ils ressemblent alors, suivant les cas, à une fraise, à une framboise ou à une cerise, avec pédicule court ou allongé. Certains angiomes pédicules font penser au molluscum pendiiliim. Plans ou tubéreux, les angiomes sont multiples, et on a pu en compter plus de 100 sur le même sujet. Il y a quelquefois confluence, et un membre peut être envahi dans sa totalité. Quand les angiomes sont souscutanés, ils font sailHe et se trahissent par une coloration bleuâtre de la peau à leur niveau. Les angiomes des muqueuses accessibles ont une teinte bleuâtre; ils se continuent parfois avec les angiomes cutanés (lèvres). Les angiomes profonds n'ont pas de symptomatologie nette, et le diagnostic n'est fait d'ordinaire qu'après l'opération.

2« Angiomes caverneux. — L'angiome caverneux succède à l'angiome simple, dont il n'est que l'exagération; il est exceptionnellement primitif ou congénital. Il forme toujours une tumeur appréciable, bosselée, incomplètement réductible (sensation de paquet de vers), de consistance inégale, spongieuse. La compression de la tumeur détermine parfois le gonfiement d'une veine de voisinage. L'angiome caverneux peut devenir turgescent, érectile, et présenter un thrill. Il peut siéger non seulement sous la peau, mais sous les muqueuses, dans le? muscles et les parties profondes.

Les symptômes réactionnels sont inconstants : douleurs, nutrition imparfaite, desquamation, modifications des poils, des glandes, hyperidrose, ulcérations, atrophie musculaire, hyperostoses. Les angiomes peuvent être associés à d'autres néoformations, et l'on a alors des tumeurs mixtes : angioHpomcs. angiofibromes, angiokératomes, angiolymphangiomes, angiomes molluscoïdes.

Les angiomes évoluent très diversement suivant leurs formes ; les naevi restent tels indéfiniment ou entrent en régression ; beaucoup d'angiomes des nouveau-nés disparaissent avant la seconde année. Les formes mixtes restent stationnaires ou progressent lentement. Quand l'angiome simple doit devenir caverneux, il se soulève, bourgeonne, se hérisse de nodosités, de verrues. Cette transformation se voit surtout dans la première enfance ; elle est parfois très rapide, d'autres fois très lente. Il est bien rare que l'angiome caverneux s'atrophie et disparaisse spontanément. Pourtant il peut être enrayé par la formation de phlébohthes, de kystes, de thromboses.

Les angiomes peuvent se compHquer d'inflammations, d'ulcérations parfois étendues qui peuvent même avoir un effet curatif (j'en ai vu un exemple récent pour un vaste angiome de la cuisse droite chez un nouveau-né), de gangrène, de phlébite, de varices, d'œdème, d'érysipèle, d'hémorragies. Parfois ces hémorragies sont périodiques et ont le caractère des hémorragies supplémentaires des règles (jeunes filles pubères). La plus grave comphcation est la dégénérescence cirsoïde des artères voisines (tumeurs pulsatiles).

Diagnostic. — La couleur de la peau ou des muqueuses envahies, la réductibilité, l'état spongieux, l'érectilité parfois caractérisent les angiomes. La vue CoMBY. — Maladies de VEnfance. 65

suffit pour reconnaître les angiomes superficiels ; le nœvus pigmentaire se distingue à sa couleur brune, qui persiste malgré la pression. Tl est souvent difficile de distinguer un molluscum pendiiliim d'un angiome pédicule. L'angiokératome peut se confondre avec les verrues vulgaires. La disposition jHnéaire ou en éventail peut faire songer au zona dans quelques cas [nœvus zostéri-ornv). Quant aux angiomes profonds, ils sont très difficiles à reconnaître, et on les confond souvent avec un lipome, un fibrome, une tumeur maligne, un lyrophangiome.

Pronostic. — Le pronostic est bénin en général, et ce n'est que par exception que le chiruro^ien intervient. La plupart des nsevi et même des tumeurs angiomateuses simples ne gênent nullement ceux qui en sont atteints. Quand elles siègent à la face, elles sont disgracieuses, et voilà tout. Autour des orifices naturels (yeux, bouche), les angiomes sont parfois gênants pour la fonction. Mais, si le nsevus devient proéminent, s'il prend une marche envahissante, l'on doit craindre la dégénérescence cirsoïde.

Traitement. — Les procédés de traitement sont innombrables. On a employé successivement : la compression digitale ou à l'aide de bandes de collodion, de sparadrap; la réfingéraiion, Virritalion par la teinture d'iode, le perchlorure de fer; les scarificaiions linéaires; \3i ligaUire des vaisseaux ; l'mjedion de hquides coagulants : alcool, perchlorure de fer, teinture d'iode ;re/ec- Irolijse (courant galvanique) ; la méihode sdérogène (chlorure de zinc) ; la vaccinalion ; les fridions slibiées, l'huile de croton, le vésicatoire ; Viqnipiindure et l'acupuncture ; la ligaiiire. l'écrasement linéaire, l'angiectomie. Pour les angiomes circonscrits, quand l'opération est nécessaire, on peut extirper aux ciseaux ou au bistouri. Pour les angiomes sessiles et volumineux, il faut choisir entre le bistouri, l'électrolyse, le theiTQo ou galvanocautère. L'angiectomie, grâce à la forcipressure, n'offre pas de grands dangers. L'électrolyse est indiquée dans les formes caverneuses et érectiles ; elle est d'une efficacité certaine. Quant aux larges taches vineuses, on ne peut songer h les extirper ; on les traitera par les scarifications ou les pointes de feu très superficielles. . La thérapeutique des petits angiomes plans ou tubéreux a fait récemment de grands progrès grâce aux rayons de Rœntgen et au radium. Albert-Weil (Paris Médical, 24 déc. 1910) a traité 26 cas d'angiomes de la face ou du cuir chevelu par la radiographie : 15 guérisons complètes, 5 malades encore en traitement, 6 perdus de vue. On espace les séances de quinze jours pour éviter les radiodermites et on protège les parties voisines avec des lames de plomb. Degrais {Bull, de la Soc. de Derm. et Syph., juillet 1914, déc. 1915) a présenté un angiome de la lèvre inférieure rebelle à l'électrolyse et un angiome de la langue guéris par le radium (durée 2 ans pour ce dernier).

Page 1