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TRICOPHYTIE, TEIGNE TONDANTE

La teigne tondante, ou tricophytie, est une maladie causée par l'implantation sur la peau d'un parasite découvert par Gruby (1842), le Trirophytoti. Si le parasite s'attaque au cuir chevelu, il donne lieu à la teigne tondante véritable, ou herpès tonsurant ; s'il atteint les parties glabres, il forme l'herpès circiné ou tricophytie circinée, qui, pour être de la même nature que la teigne, en diffère essentiellement par le pronostic et l'efficacité prompte du traitement (1). La teigne est un des fléaux de la seconde enfance : la tricophytie circinée est insignifiante et cède en quelques jours aux badigeonnages iodés.

Étiologie. — La tricophytie est très commune chez les enfants des agglomérations urbaines, mais elle se rencontre aussi dans les campagnes. Elle s'attaque surtout à la seconde enfance et exerce ses ravages dans les écoles

(1) D'après Sabouraud {Soc. deDerm., nov. 1892) les spores de l'herpès circiné seraient plus grosses que celles de l'herpès tonsurant.

primaires et secondaires ; elle est plus rare chez les adolescents et exceptionnelle chez les adultes. La contagion est la cause unique de la maladie ; elle se fait d'enfant malade à enfant sain, par le contact direct ou indirect (échange de coiffures, communauté des objets de toilette, de la literie). On a signalé des épidémies de familles, d'écoles, de pensions. Les animaux domestiques (chiens, chats, chevaux) peuvent être la source d'une contagion tricophytique. D'après Sabouraud, le Microsporiim lanosiim fournit, à Paris, un assez grand nombre de teignes tondantes infantiles, lesquelles proviennent souvent du chien. Sur 17 cas de teignes du chien observées à Toulouse, 18 étaient dues au microsporum lanosum.Le D^^ A. Suis {Ann. de Demi, eide Si/ph., février 1909) a rapporté un cas de contagion du chien à l'enfant. Un garçon de sept à huit ans présente sur le cuir chevelu des disques de tondante microsporique typique. Un fox terrier de deux mois 1/2 avec lequel joue l'enfant présente une multitude de petites plaques disséminées avec épaississement et infiltration de la peau et foUicuhte suppurée ; gaine blanche autour des poils parasités. Mis en culture avec les cheveux de l'enfant, ces poils donnent le microsporum lanosum.

La tricophytie circinée des régions glabres dérive aussi d'une contagion directe ou indirecte provenant soit de teigne tondante, soit d'herpès circiné. Elle est plus fréquente que la teigne tondante, d'après mes observations.

Ânatomîe pathologique. — Le parasite de la teigne tondante se présente sous deux formes : les spores et le mycélium : les spores, moins grosses que celles du favus, sont arrondies, incolores, et ont un diamètre moyen de 4 ^x. Elles remplissent les cheveux au point de les faire éclater. Le mycélium, plus abondant dans les plaques cutanées, est constitué par des tubes allongés, moins ramifiés que ceux du favus, moins enchevêtrés que ceux du Pityriasis versicolor. Il est facile de voir, au microscope, ces parasites, en étalant des fragments de cheveux malades sur une lamelle, avec addition de glycérine, de potasse ou d'ammoniaque. Le poil apparaît farci de spores et souvent fendu, éclaté.

D'après Sabouraud, il y aurait plusieurs espèces de champignons de la teigne : 1° Iricophyton à grosses spores vivant dans l'intérieur des poils {Tricophylon megalosporon entoirix) ; les spores ont de 7 à 8 [x de diamètre ; c'est ce parasite qui donne lieu à l'herpès circiné ; 2® Tricophyion megalosporon edolrix qui vit en dehors des cheveux, et se rencontre chez les animaux domestiques comme chez l'homme ; c'est lui qui donne naissance au sycosis, au kérion, aux folliculiles agminées, qui s'accompagnent de suppuration ; 3° Microsporon Audoaini, espèce de tricophyton à petites spores (3 à 4 [x), formant une gaine autour du cheveu et produisant la plupart des teignes tondantes de l'enfant.

Symptômes. — Le début du mal échappe le plus souvent ; on voit que le cuir chevelu est irrité, rouge, prurigineux ; on constate, autour des poils, quelques squames ou vésicules. Puis la maladie fait des progrès, et alors, quand l'enfant a les cheveux ras. on aperçoit de larges cercles rappelant la tricophytie circinée des parties glabres. Il m'a semblé que cette forme à progression excentrique rapide et circulaire était plus curable que la forme com-

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mune. Dans celle-ci, le parasite envahit les follicules pileux, il s'insinue profondément dans le derme, et sa destruction offre les plus grandes difficultés. Les plaques sont arrondies ou ovalaires, légèrement saillantes, grisâtres, grenues ou squameuses, hérissées de ti'onçons de cheveux. Ces cheveux sont secs, friables, cassés à 1 ou 2 millimètres de leur implantation, et il en résulte une ou plusieurs tonsures ayant plusieurs centimètres de diamètre. A la périphérie de ces plaques existe une zone intermédiaire d'envahissement, caractérisée par le peu de résistance qu'offrent les cheveux à la traction. Les plaques peuvent empiéter sur les régions glabres du front, des tempes, de la nuque, et on peut avoir alors les deux variétés combinées de la tiicophytie.

La durée de la maladie est très longue ; mais la guérison spontanée est certaine, sans alopécie, sans cicatrices.

La tricophytie des parties glabres, ou herpès circiné, se présente sous la forme de plaques circulaires, plus saillantes à la périphérie qu'au centre ; la maladie progresse, en effet, excentriquement, guérissant au centre en même temps qu'elle évolue à la périphérie. On distingue, à la surface et sur les bords des plaques, une série de vésicules herpétiformes ou de papules grenues, d'aspect grisâtre. La maladie commence par un point imperceptible, pour devenir, en quelques jours, une surface nummulaire étendue ; quelquefois plusieurs cercles s'unissent pour former une plaque polycychque. On rencontre les plaques sur les parties du corps habituellement découvertes, la face, le cou, la nuque, les avant-bras, les poignets, la face dorsale des mains. On les rencontre exceptionnellement à la paume des mains et à la plante des pieds. Mais on peut les observer aussi sur le tronc et sur les autres parties du corps. Le pronostic de cette forme est très bénin, la guérison rapide.

Balzer a vu deux cas guérir spontanément après la fièvre typhoïde. Dans un de ces cas (fille de sept ans atteinte de ieigrt'. microsporique), alors que le traitement prolongé par l'épilation, la traumaticine chrysophanique à 10 p. 100, la teinture d'iode, l'emplâtre rouge, avaient échoué, on a vu une fièvre typhoïde à rechute suivie de guérison complète. Dans les maladies aiguës à fièvre plus courte (scarlatine), la teigne résiste au contraire, quoique le D'^ Noir ait vu un cas de guérison après la rougeole [Soc. Derm., 14 déc. 18j9).

Diagnostic. — Le diagnostic est généralement facile, car l'alopécie produite par la teigne est spéciale ; elle se distingue de l'alopécie en aires ou pelade par l'état grenu, squameux, grisâtre, de la surface, par la présence de poils cassés. La plaque de pelade est glabre, blanche, ivoirienne. Dans les cas difficiles (pelade pseudo-tondante), le microscope tranchera la difficulté. L'examen microscopique est nécessaire pour montrer à quelle variété de teigne on a affaire, s'il s'agit de grosses spores ou de petites spores [Microsporon Audouini). Le diagnostic de la tricophytie des parties glabres est encore plus facile ; il suffit d'en avoir vu un ou deux cas pour être en mesure de reconnaître tous les autres. Sous le nom d'Herpès fonsurans maculosus, l'école de Vienne décrit notre Piiyriasis rosé de Giberl, qui se présente sous forme de taches rouges ou rosées, farineuses, durant deux ou trois semaines, et qui n'a rien de commun avec la tricophytie.

Traitement, — La prophylaxie implique l'isolement absolu ; les enfants

teigneux seront impitoyablement exclus de l'école. On prendra garde aux animaux teigneux. Dans les familles, on tiendra la tête des enfants malades toujours rase, toujours propre, toujours couverte. Le traitement, très long, repose sur plusieurs pratiques : couper les cheveux ras, épiler avec une pince à mors plats, dans un rayon de 1 à 2 centimètres autour des plaques, pour s'opposer à l'envahissement des régions saines. Ouinquaud conseille de racler les surfaces malades avec une curette. E. Besnier ne voudrait pas qu'on fît saigner les plaques. On lavera la tête tous les jours avec une solution de sublimé à 1 p. 500 ; on appliquera sur les plaques, matin et soir, une pommade au turbith à 1 p. 30. Le traitement institué à Saint-Louis par Quinquaud est plus radical, plus efficace, plus rapide que les traitements usités auparavant. On commence par savonner, puis laver la tête au suljlimé à 1 p. 1000 ; les cheveux étant coupés ras, on gratte énergiquement les plaques avec la curette, qui met le derme à nu et entraîne les squames, les cheveux malades et les parasites. Pour prévenir la douleur, on fera précéder le curettage d'un stypage au chlorure de méthyle. Puis on fait une lotion avec :

Biiodure d'hydrargyre 15 centigrammes:.

Bichlorurc d'hydrargyre 1 gramme.

Alcool à 90° 40 grammes.

Eau distillée 250 —

On applique ensuite des rondelles d'emplâtre composé de :

Biiodure d'hydrargyre 15 centigrammes.

Bichlorure d'hydrargyre 1 gramme.

Emplâtre simple 250 grammes.

On enlève l'emplâtre au bout de quarante-huit heures ; on savonne, on frictionne, on renouvelle l'emplâtre. Et ainsi de suite tous les deux jours jusqu'à guérison. Si celle-ci tarde à venir, on gratte de nouveau ou l'on épile. Ce traitement amènerait la guérison en deux ou ti'ois mois.

Le traitement récent de la teigne par les rayons Rœntgen est plus rapide et plus sûr. Il doit être préféré.

Le traitement de la tricophytie des parties glabres est très simple : il suffit de badigeonner les plaques avec la teinture d'iode tous les jours ou tous les deux jours ; en huit jours, la guérison est assurée. De même pour le kérion ou teigne suppurée.

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