HYPERTROPHIE CONGÉNITALE
côté. Chez le malade de Duplay, le compas d'épaisseur indiquait 3 centimètres de différence en faveur du tibia malade. L'augmentation de volume des masses musculaires est facile à apprécier, surtout au mollet.
La peau est lisse, nette, mais souvent épaissie, indurée et comme éléphantiasique ; à sa surface, on peut voir des squames épidermiques épaisses ; le système pileux est d'ordinaire plus développé du côté malade ; du même côté, se voient parfois des nsevi très nombreux, de grandeur variable, qui manquent sur les parties saines du corps. On a noté aussi la présence de varicosités. Ce phénomène était très marqué chez une fillette de quatre ans ayant une hypertrophie de la main gauche. Les ongles des orteils peuvent être épaissis, recourbés, fendillés, foncés en couleur. Il existe quelquefois de la syndactylie ou d'autres vices de développement. Peu ou pas de troubles de la sensibilité, de la calorification, de la circulation des membres atteints d'hypertrophie. En dehors des symptômes locaux, on ne note aucun trouble général ; les enfants se portent bien, digèrent bien et ne diffèrent pas des enfants normaux du même âge, tant au point de vue physique qu'au point de vue intellectuel.
L'inégalité congénitale entre les deux moitiés du corps ne semble pas susceptible de guérison ; on peut l'améliorer par un traitement convenable, mais non la faire disparaître. Le pronostic est donc fâcheux quant à la durée; il est bénin quant à l'existence du malade, qui ne se trouve pas compromise directement par l'infirmité en question. Cependant les membres hypertrophiés sont moins résistants que les autres, plus exposés aux lésions cutanées, aux ulcérations, aux poussées lymphangitiques et érysipélateuses.
Diagnostic. — Le diagnostic de l'hypertrophie congénitale n'est pas toujours facile, car c'est une affection rare, qu'on ne s'attend pas à rencontrer.
Uœdème des nouveau-nés s'en distinguera par sa diffusion, par la mollesse qui le caractérise, par sa coexistence avec la faiblesse de l'enfant, qui vient mal, se réchauffe difficilement.
Le myxœdème s'accompagne d'un arrêt de développement portant sur le corps et sur l'intelligence ; il entraîne une déformation diffuse avec des traits particuliers qu'il est inutile de rappeler.
La paralysie pseudo-hyperlrophique, même quand elle est unilatérale, se distinguera par la dureté des muscles atteints, sans allongement du squelette, et par l'impotence qui contraste avec l'hypertrophie.
Uacromégalie est une maladie de l'âge mûr qui entraîne une déformation symétrique et monstrueuse des extrémités.
Les fausses hypertrophies télangieclasiques, angiomateuses, lymphangitiques, se reconnaîtront avec un peu d'attention. Cependant Véléphanliasis congénital^ sorte de lymphome diffus lorsqu'il affecte un membre dans sa totalité, peut mettre dans l'embarras. Ordinairement cette maladie ne s'accompagne pas d'allongement du squelette ni d'augmentation de volume des os. La tuméfaction, qui n'est pas uniforme, qui est irréguHère, qui offre des différences de consistance (dureté ici, mollesse là, pseudo-fluctuation ailleurs) a un cachet tout particulier. Mais, dans l'éléphantiasis, comme dans l'hypertrophie congénitale,on peut avoir des naevi, des dilatations variqueuses,
des anomnlies de développement, qui peuvent faire hésiter. Il semble d'ailleurs y avoir des faits de passage assez difTiciles à classer, qui mettront à l'épreuve la sagacité du clinicien.
Traitement. — Il est douteux qu'on puisse guérir entièremcTit et définitivement une hypertrophie congénitale ; mais on peut l'améliorer et s'opposer à ses progrès. Redard a dû quelques succès à l'emploi méthodique des massages, de la compression élastique, de l'électricité (courants continus). Ces moyens, employés avec persistance, peuvent arrêter l'accroissement anormal d'un membre et diminuer la différence qui le sépare de son congénère. Grâce à eux, la marche, qui était difTicile, pourra être facilitée, surtout si l'on a soin de faire porter à l'enfant des chaussures orthopédiques. Dans tous les cas, le traitement ne pourra avoir d'efTicacité que s'il s'adresse à de& sujets jeunes et dont la croissance n'est pas terminée. Chez les adultes, le rôle du médecin sera réduit à la protection des surfaces malades. Il faudra prescrire le port d'u-n bas élastique, panser avec soin les plaies qui pourraient se former et éviter les traumatismes.
Un auteur américain aurait obtenu une notable amélioration par l'élon gation du nerf sciatique ; c'est une opération qui n'a pas été répétée par d'autres chirurgiens et que nous n'oserions pas conseiller. Encore moins conseillerions-nous l'exérèse, l'amputation, une mutilation quelconque, dont jusqu'à présent rindication ne s'est presque jamais posée. Cependant, dans le cas d'hypertrophie hmitée à un ou deux doigts ou orteils, entravant la fonction, on serait autorisé à recourir à l'amputation, à l'exemple du D^ Galvani [Revue d'Orthopédie, nov. 1898).
7. — ADIPOSE DOULOUREUSE (maladie de Dercum) et LIPODYSTROPHIE PROGRESSIVE
L'adipose douloureuse, ou maladie de Dercum, est très rare ches les enfants. Le D^ Durando Durante en a publié un cas chez une fille de neuf ans (La Pediairia, juillet 1904). La petite malade, qui avait été rachitique, présenta en avril 1901 un état typhoïde. Après la guérison, violentes céphalées, vomissements pendant quatre mois. Strabisme, troubles de la marche et de l'équilibre. En juin 1903, l'enfant semble atteinte de paralysie générale. Elle ne peut se tenir debout. Couchée, elle peut exécuter tous les mouvements. Regard incertain, yeux fixes, strabisme et cécité.
On est frappé de l'embonpoint de l'enfant. Dans la position assise, on note les plis profonds formés par la polysarcie abdominale et thoracique. Tissu adipeux dur à la palpation et douloureux surtout aux membres. Force musculaire diminuée, vue abolie, ouïe nette. Exagération des réflexes, trépidation épileptoïde. Réponses lentes et tardives aux questions. Réactions> électriques à peu près normales. x\trophie papillaire bilatérale.
La lipodystrophie progressive, non moins rare, a été décrite par E. Feer,. de Zurich [Jahrb. f. Kind. 19*15), Ch. Herrman, de New- York [Arch, &f Int.