AMPUTATIONS CONGENSTALES
Certains enfants viennent au monde avec des sillons plus ou moins profonds autour des doigts, des orteils, qui tantôt sont complètement détachés et absents, tantôt simplement étranglés ou déformés. 11 semble que les extrémités des membres du fœtus aient été amputées dans l'utérus par un instrument tranchant ou un lien constricteur. Ce n'est pas un arrêt, un vice de développement, c'est un traumatisme qui a agi sur l'enfant.
Étiologie. — On a incriminé avec raison les brides amniotiques, le plus souvent en cause, et le cordon ombilical, qui peut jouer un rôle. On trouve parfois, sur l'enfant qui vient de naître, des restes de brides amniotiques enroulés autour des doigts partiellement détachés (Bouchacourt, Eustache). Le D^ R. Lhomme {Thèse de Paris, 7 déc. 1893) fait bien ressortir la causeamniotique de ces mutilations : les amputations congénitales portent non sur la racine des membres, mais sur leurs extrémités; non sur les parties cachées, repliées, mais sur les segments qui flottent, qui s'offrent au lazzo amniotique. Maintenant on peut se demander si ces brides amniotiques ne viennent pas elles-mêmes d'une inflammation, de la syphilis, d'un traumatisme.
Symptômes. — L'enfant peut être venu à terme, dans de bonnes conditions,, il pourra croître, prospérer ; il ira bien sous tous les rapports, mais il offrira; au niveau des doigts ou des orteils, des déformations plus ou moins étendues. Les phalanges, les phalangettes sont amputées, étranglées, atrophiées, déformées, soudées entre elles. Ici l'amputation est complète, elle a détaché entièrement l'extrémité d'un doigt, d'un orteil, ne laissant qu'un moignon informe. Là, elle est incomplète, elle n'a laissé qu'un rétrécissement annulaire, un sillon plus ou moins profond à la racine de l'index ou du médius. Parfois les sillons se voient sur les jambes, les bras, les cuisses. Parfois une extrémité est aux trois quarts détachée, ne tenant plus que par un lambeau qu'il faut sectionner.
Chez une fillette de mon service, les cinq doigts de la main droite étaient
soudés par leur base et réunis en cône (main d'accoucheur). Ils semblaient avoir été liés ensemble et serrés par un cordon qui aurait amputé les deuxièmes phalanges. Le petit doigt seul avait persisté et portait un ongle. Les doigts de la main gauche ont été atteints partiellement et isolément. L'annulaire offre l'empreinte d'une bague trop serrée, au milieu de la première phalange; la phalangette du petit doigt a été amputée entièrement. Cette infirmité est immuable et incurable, mais elle reste locale et ne compromet pas la vie.
Diagnostic. — Ces mutilations irréguhères et disséminées, procédant sans ordre et comme au hasard, n'évoluant plus après la naissance, se distinguent très nettement des malformations et des monstruosités. Elles se distinguent aussi d'une maladie exotique, Vaïnhum, avec laquelle on a voulu les confondre. Or l'aïnhum n'est pas congénital, il est acquis et frappe surtout les adultes de la race nègre. Cependant de Brun (Semaine Médicale, 1894, et Acad. de Méd., 1896) a observé l'aïnhum chez une fille de huit ans, qui avait perdu le premier orteil droit, sans douleur, sans plaie, sans constriction spontanée. L'affection ayant débuté à trois ans avait mis quatre ans à détacher l'orteil. Puis les autres orteils furent à leur tour attaqués par cette force constrictive mystérieuse. On voit d'après cela que l'aïnhum, maladie acquise, se porte d'abord sur le cinquième orteil, auquel il se limite presque toujours ; la séparation se fait lentement, progressivement. Elle fait songer à une maladie nerveuse ou parasitaire (névrite, lèpre).
Traitement. — Le traitement est aussi impuissant dans les amputations congénitales que dans l'aïnhum. On en est réduit â achever les amputations incomplètes, quand un segment de membre, ne tenant presque plus, devient une gêne. L'orthopédie fait le reste.