OSTÊOARTHROPATHIEHYPERTROPHIANTE PNEUMIQUE
Les doigts en massue, en baguettes de tambour, en bec de perroquet, doigts hippocratiques, sont bien connus dans la phtisie pulmonaire, la cyanose congénitale. Or P. Marie [Bévue de Médecine, 1890) en a décrit une autre variété qu'il a distinguée de l'acromégahe, et qu'il a subordonnée à certaines maladies de l'appareil respiratoire. Pour lui, cette ostéopériostite subaiguë serait le résultat d'une auto-intoxication d'origine broncho-pulmonaire. Décrite d'abord chez l'adulte, la maladie n'a pas tardé à être observée chez l'enfant. A. Moussons [Journal de méd. de Bordeaux, 1890) en a vu un cas chez une fillette de quatorze ans atteinte de pleurésie purulente gauche. H. Gillet [Ann. de la PolicL, 1892) en rapporte deux cas (garçon de douze ans atteint d'emphysème et de bronchectasie ; fille de sept ans atteinte de pleurésie purulente). Deux autres cas sont dus à Moizard [Soc. Méd. des Hop., 1893) : garçon de six ans, fille de cinq ans, atteints de pleurésie purulente.
Dans trois cas vus par Marfan, deux fois il s'agissait d'affection suppurative des voies respiratoires ; une fois il semblait qu'il n'y eût rien de ce côté,
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mais seulement une cystite avec pyélo-néphrite ; cependant la suite a montré qu'il s'agissait de tuberculose.
Pour ma part, j'ai vu de nombreux cas d'ostéo-artropathie hypertrophiante, un dans la broncho-pneumonie, un dans la dilatation bronchique, dix dans la pleurésie purulente pneumococcique (garçons et filles de quatre à six ans traités et guéris par l'empyème). Chez un de ces enfants, traité en mars 1914 pour une pleurésie purulente gauche, les doigts étaient renflés en massue et présentaient une déformation excessive de leur phalangette; la cuti-réaction à la tuberculine donnait un résultat négatif. Chez un autre, qui a succombé plus tard, la cuti-réaction à la tubercuHne fut positive.
Étiologie. — La maladie se rencontre à tous les âges dans les deux sexes, et les enfants dont j'ai eu les observations sous les yeux avaient respectivement deux ans, vingt-cinq mois, quatre ans, cinq ans, six ans, sept ans, neuf ans et demi, douze ans, quatorze ans (six filles, six garçons). Les causes principales sont les affections chroniques et suppuratives de l'appareil respiratoire : pleurésie purulente, bronchite chronique, bronchectasie. Mais la maladie peut se montrer aussi dans les afïections aiguës : bronchopneumonie, pneumonie, pleurésie aiguë. Le poumon est peut-être le siège d'une sécrétion interne, antitoxique, dont la privation se traduirait par l'ostéo-arthropathie.
Anatomie pathologique. — D'après Bamberger, Rauzier, Lefebvre {Thèse de Paris, 1891), il y aurait une ostéo-périostite combinée avec del'ostéoporose: médullite subaiguë avec hyperplasie et condensation de l'os sous-périosté. Mais Teleky {Club Mec?., Vienne, 1897), avec les rayons Rôntgen, n'a trouvé que des lésions des parties molles. Cette constatation a été faite ensuite par de nombreux observateurs ; il n'y a donc pas en réahté ostéo-arthropathie, mais périostéo-arlhropalhie. La chimie aurait montré une augmentation des matières organiques et une diminution des sels minéraux, la magnésie se substituant à la chaux.
Symptômes. — Signes purement objectifs, pas de douleur, pas de sensations anormales. Les extrémités digitales sont violacées, ou rouges, ou rosées, en un mot cyanosées à différents degrés. Elles sont froides au toucher. Elles sont surtout augmentées de volume et déformées. Les doigts, au heu d'être cylindriques, se terminent en baguettes de tambour (renflement olivaire). L'ongle est bombé et rappelle le bec de perroquet. Orteils moins déformés que les doigts. Dans les maladies aiguës du poumon, l'ostéopathie est curable ; elle suit une marche parallèle à celle de la pneumopathie et guérit avec elle. Son pronostic n'a rien de fâcheux.
Diagnostic. — Chez l'enfant, il est facile de distinguer l'ostéo-arthropathie de Vacroméyalie, car la déformation est hmitée aux phalangettes. Reste à déterminer la cause de l'hypertrophie digitale : pneumopathie, bronchectasie, empyème. L'auscultation, l'étude attentive des malades fixeront aisément ce point étiologique. Mais fréquemment la lésion échappe, il faut y penser et la rechercher avec soin si l'on veut ne pas la méconnaître. Sa constatation est souvent l'efïet du hasard.
Traitement. — Il n'y a aucun traitement local à instituer ; tout ce qu'on
peut faire, c'est d'améliorer et de guérir les afïections broncho-pulmonaires en cause. Guérir la pleurésie purulente, la broncho-pneumonie, le catarrhe bronchique, c'est en même temps guérir l'ostéo-arthropathie. On a proposé de suppléer à l'insuffisance du poumon par l'ingestion de suc pulmonaire (Brunet, Thèse de Bordeaux, 1896). Avec l'extrait glycérine de ce suc, Démons et Binaud ont pu améliorer un cas d'ostéo-arthropathie pneumique.