GANGRÈNE PULMONAIRE
Étiologîe. — Sur 34 cas de la thèse de Louisa Akins (1), 17 concernaient des enfants de moins de six ans. La gangrène pulmonaire n'est jamais primitive chez les enfants et ne se rencontre (sauf les corps étrangers) que chez •ceux qui sont affaiblis ou épuisés par une maladie antérieure, aiguë ou chronique. Ce sont surtout les enfants mal nourris, mal tenus, mal logés, affaiblis par la maladie, par la diète, par l'-encombrement nosocomial, qui sont prédisposés à la gangrène. Elle succède alors à une pneumonie ou à une bronchopneumonie. Parfois cependant elle débute par un point de côté, comme si -elle était primitive ; elle peut succéder à un traumatisme, à une chute {Rilliet et Barthez) .
La rougeole est au premier rang des maladies infantiles qui exposent à la gangrène pulmonaire, comme au noma, comme à la gangrène vulvaire, et ces localisations extérieures peuvent précéder la localisation interne. La gangrène pulmonaire est beaucoup plus rare à la suite des autres maladies infectieuses (diphtérie, coqueluche, variole, tuberculose, pneumonie, fièvre typhoïde). Cependant, sur 26 cas, Rilliet et Barthez ont compté 13 tuberculeux. Quelle que soit la maladie antérieure, la gangrène pulmonaire résulte de la pénétration d'éléments infectieux venus du dehors ou émanés d'un foyer gangreneux périphérique (embolies septiques). Henocha vu la carie du rocher précéder la gangrène du poumon. Guillemot a insisté beaucoup sur la gangrène pulmonaire d'origine otique. Dans cette forme, dont Péhu et Horand ont rapporté un cas {Soc. Hop. de Lyon, 23 mai 1905), avec streptocoques, staphylocoques, colibacilles, Guillemot a mis en relief le rôle des microbes anaérobies.
Anatomie pathologique. — Chez l'enfant, la lésion est généralement circonscrite et lobulaire, parce qu'elle a pris naissance dans les foyers disséminés d'une broncho-pneumonie. On trouve, au milieu de ces foyers inflammatoires, de petits abcès putrides, de petites cavités remplies de masses verdâtres, diffluentes, d'odeur repoussante. Dans ces masses informes (putrilage humide, bourbillon gangreneux), il est impossible de reconnaître aucun tissu. Parfois on voit de petites cavernes traversées par des filaments, des brides, et contenant des débris alvéolaires, des fibres élastiques, des cristaux d'acides gras. Au voisinage de ces foyers, on peut trouver l'hépatisation, la carnisation ; les ganglions du hile peuvent être gangrenés. Dans un cas observé par Rilhet et Barthez, la gangrène était limitée à la bronche gauche. C'est surtout dans les lobes inférieurs et à droite que la gangrène prédomine. Le sphacèle peut être superficiel, intéresser la plèvre et se compliquer alors de pleurésie purulente ou de pyo-pneumothorax.
il) Zurich^ 1872,.
Symptômes. — H y a des cas latents qui ne se révèlent qu'à l'autopsie (Rilliet et Barthez).^Les symptômes généraux, toujours graves, n'ont par eux-mêmes rien de caractéristique : pâleur terreuse de la face, abattement, fièvre intense, pouls rapide, langue sèche, anorexie, diarrhée, amaigrissement, dyspnée. Les signes stéthoscopiques ne sont pa.s davantage concluants: râles muqueux, râles cavitaires, gargouillement, souffle. Seule, la félidité de l'haleine et des crachats est pathognomonique, et le diagnostic repose sur l'odorat. Si, en même temps que la gangrène pulmonaire, il y a noma ou siomaliie ulcéreuse, la fétidité de l'haleine pourrait être rapportée à ces lésions. Ce n'est que dans les cas d'intégrité de la bouche et du pharynx que la fétidité indique le sphacèle"pulmonaire.
Quand l'enfant sait cracher, on constate que son expectoration est abondante, extrêmement fétide^et que ses crachats grisâtres contiennent du pus et des débris alvéolaires. Ces crachats, après un court séjour dans le crachoir, y forment trois couches (Traube) : une couche inférieure, épaisse, purulente, jaunâtre ; une moyenne, séreuse et claire ; une supérieure, mousseuse et jaune vert. On trouve, dans ces crachats, des vibrions, le Leptoihrix pulmonalis, des microbes anaérobies, des acides gras formant des grains analogues à la semoule.
L'hémoptysie s'observe, d'après RilHet et Barthez, 1 fois sur 4. La toux est variable, souvent quinteuse ; la dyspnée est intense et accompagnée parfois d'un point de côté.
La maladie dure de quelques jours à deux ou trois semaines et aboutit à la mort presque constamment. La mort est le résultat de l'épuisement, de l'infection, du collapsus, quand elle n'est pas précipitée par l'intervention d'une hémoptysie ou d'un pneumothorax.
Le pronostic est moins funeste dans la gangrène par corps étrangers des voies aériennes. Enfm^RiUiet et Barthez ont obtenu la guérison, chez une fillette de six ans atteinte de rougeole et de pneumonie du sommet, terminée par gangrène.
Traitement. — On fera inhaler l'essence de térébenthine ; on donnera le sirop de térébenthine à la dose de 20 à 30 grammes, la teinture d'eucalyptus à la dose de 1 à 2 grammes. Les inhalations d'oxygène, les pulvérisations phéniquées et créosotées sont à recommander. En même temps on prescrira un régime réparateur et tonique, la quinine, l'alcool, le lait, la poudre de viande. Dans quelques cas, on a pu guérir les malades par la pneumotomie antiseptique.