MALADIE DE ROGER
Sous le nom de maladie de Roger [Acad. de Méd., oct. 1879), on désigne la communication interventriculaire d'origine congénitale. La cloison qui sépare le ventricule gauche du ventricule droit peut manquer totalement ou partiellement. Dans ce dernier cas, c'est la zone postérieure du septum antérieur qui manque. La cloison (Féréol, Soc. Méd. des Hop., 1881) peut être perforée dans sa partie inférieure ou médiane. Dans un cas de Dupré {Soc. Anal., 1891), la perforation siégeait à la partie moyenne et supérieure, au-dessous de l'insertion de la valvule sigmoïde droite. Dans un cas qui m'est personnel, efle
occupait la partie supérieure de la cloison. Reiss (1893) a réuni plusieurs cas de perforation du septum membraneux. L'ouverture est circulaire ou semilunaire, très rarement triangulaire, avec un diamètre de 5 à 10 millimètres. Elle est tapissée d'un endocarde lisse et permet l'introduction du bout du petit doigt. Le rebord inférieur n'est jamais déchiqueté.
Symptômes. — La symptomatologie de cette lésion a été bien mise en relief par H. Roger. A l'auscultation, il existe un souffle systolique permanent, invariable, râpeux, couvrant la partie moyenne de la région précordiale. Maximum à la partie interne du troisième espace intercostal gauche ou de la quatrième côte, pas de propagation dans les vaisseaux. Le souffle est si intense qu'il gagne la base et la pointe et se fait entendre dans le dos, parfois même à distance ; frémissement calaire systolique très accusé ayant le même siège que le souffle. En dehors de ces signes physiques, rien ou à peu près rien. Pas de troubles fonclionnels ; la survie peut être prolongée ; il n'y a pas de cynaose. On a noté des malformations concomitantes : pied bot, cryptorchidie, mongolisme.
La Doctoresse M. Armand Ugon [Arch. Lai. Am. de Ped., septembre-octobre 1917), chez un garçon de 10 jours, a vu la coïncidence de la maladie de Roger avec celle de Parrot : pseudo-paralysie syphilitique du bras gauche.
Diagnostic. — Les perforations acquises de la cloison, conséquences possibles d'une endocardite ulcéreuse ou d'un anévrysme, sont inégales, déchiquetées, végétantes. Elles ne sont généralement reconnues qu'à l'autopsie. La maladie de Roger se distinguera des autres maladies congénitales du cœur, et notamment du rétrécissement de l'artère pulmonaire avec persistance du trou deBotal, par la présence de ce souffle systolique particulier dont nous avons parlé, par l'absence de cyanose et par la tolérance parfaite de la lésion.
Pronostic. — La lésion n'est pas curable, et, malgré la tolérance parfois longue qu'elle comporte, elle est grave par la tuberculose à laquelle elle prédispose et par l'asystolie, qui peut tardivement la compliquer.
Traitement. — Bonne hygiène, vêtements chauds, régime lacto-végétarien, un peu d'iodure de potassium.