III. Traitement des gastrites chroniques
Gastrite
La gastrite chronique, catarrhe chronique des Allemands, chronique l'aboutissant d'un grand nombre des affections de l'es-
tomac que nous avons jusqu ici passées en revue. M, comme l'avait déjà dit Brinton, la plupart des cas de dyspepsie que l'on voit dans la pratique appartiennent à la gastrite chronique, les gastrites aiguës, les infections de la muqueuse gastrique, les inflammations du tissu conjonctif sous-muqueux, les lésions provoquées par les caustiques sont fréquemment la cause de cette maladie. La syphilis, la tuberculose peuvent se localiser à l'estomac et y déterminer des altérations à évolution lente dont les traces sont indélébiles. Les maladies générales, toutes les
GASTRITES CHRONIQUES
dyscrasies, urémie, goutte, malaria, affections cardiaques, tuberculose pulmonaire, sont également capables d'entraîner à leur tour des altérations profondes de la paroi stomacale, et la gastrite chronique représente ainsi le substratum sur lequel repose une foule de troubles digestifs secondaires. Tantôt les lésions intéresseront spécialement l'appareil glandulaire, tantôt, au contraire, les fibres musculaires auront eu les premières à souffrir dans le processus général qui va graduellement annuler les fonctions gastriques; dans quelques cas, on a constaté une lésion des nerfs eux-mêmes, et on s'est demandé si les altérations que l'on rencontrait n'étaient pas des troubles trophiques secondaires. Enfin, l'involution sénile peut, à elle seule, être la cause, au moins apparente, de la gastrite chronique, l'estomac prenant part, comme tous les organes, à la dégénérescence de l'individu.
Il semblerait donc que l'étude de cette affection dût être faite dans une description d'ensemble, mais les difficultés d'un pareil tableau, la crainte de ne pas apprécier à sa juste valeur chaque détail de la maladie, nous obligent k avoir recours à une classification dont nous sommes les premiers à reconnaître le caractère artificiel. Il en est des gastrites chroniques comme des dyspepsies, et si l'on peut admettre les groupes que nous sommes obligés d'établir, il faut toujours avoir présentes à la mémoire les transitions insensibles, les nuances à peine marquées que les faits présentent dans la réalité.
Nous désignerons sous le nom de gastrite chronique primitive les formes de cette maladie qui se caractérisent
anatoniiquemcnt par la disparition plus ou moins complète des divers éléments nobles de l'estomac, quand il n'existe pas, en dehors de la cavité gastrique, de cause appréciable de cette disparition.
L'étiologic en est éminemment variable; à la suite d'une excitation répétée, comme chez les buveurs, il se produit une sécrétion permanente des glandes, à laquelle succède bientôt une altération anatomique de la muqueuse avec desquamation cellulaire abondante; le contenu de l'estomac à jeun devient trouble et opalescent; des débris alimentaires stagnent dans sa cavité, la musculeuse souffre et il se produit de la dilatation. A ce premier stade de catarrhe acide succède peu à peu une diminution de la sécrétion chlorhydrique remplacée par un liquide muqueux neutre ou alcalin, encore riche en pepsine; mais ce ferment luimême ne tarde pas à disparaître et le contenu gastrique n'est plus qu'un mucus plus ou moins troublé par des globules blancs et des cellules desquamées.
Ce que fait l'alcool, la dyspepsie nerveuse par hy^ persécrétion acide le réalise également, et c'est même seulement de l'apparition de cette atrophie glandulaire que peut dater la diminution des souffrances des malades arrivés à la troisième période de la maladie de Reichmann.
Il en est de même des malades classés par M. Mathieu et l'un de nous (Rémond) dans le groupe des dyspepsies avec fermentation organique et stase. Si un trouble purement fonctionnel peut, pendant quelque temps, réaliser ce type clinique, dans la grande majorité des cas l'évolution ultérieure de la maladie indique clairement que de véritables lésions gastriques ont succédé à ce qui était d'abord une simple névrose.