I.E CANCER DE L'ESTOMAC
ou lieu, comme Senator ' vient encore d'en rapporter un remarquable exemple. Quand il s'agit de gastrite simple, le tissu adipeux sous-cutané est conservé, les fonctions intestinales se font régulièrement. Dès que l'évolution cancéreuse commence, les signes d'une dyspepsie intestinale,* un amaigrissement rapide, apparaissent. A ce moment,'si la distension gazeuse artilicielle permet de constater une modification de la résistance et de la sonorité gastriques, si une alimentation éminemment tonique par le lait et la poudre de viande, des lavages méthodiques de la cavité gastrique et le repos ne déterminent pas un arrêt dans la perte de poids du malade, il faudra penser au cancer. C'est à ce moment aussi que M. Guinard, dans lin remarquable travail sur lequel nous reviendrons plus loin, propose d'avoir recours aux ressources de la thérapeutique chirurgicale. Mais bien peu de malades accepteront et bien peu de médecins oseront encore conseiller pareilles hardiesses, et l'aggravation des accidents rendra bientôt inutile toute intervention de ce genre.
Le pronostic est fatal. Dans quelques cas rares on l'on a opéré de bonne heure, on a pu observer une longue survie du malade, un retour à Tétat normal des fonctions intestinales, une augmentation de poids et un rétablisse-^ ment de la motricité gastrique. Les sécrétions chlorhydrique et peptique ne reparaissent pas (Senator).
C'est d'ailleurs précisément cette fatalité du pronostic qui autorise au cas particvûier toutes les hardiesses. Si nous sommes encore, au point de vue chirurgical, à la période de début et d'essais de procédés thérapeutiques qui ont donné lieu à bien des mécomptes, quelques-uns des résultats publiés permettent cependant d'entrevoir la
i. Senator, Deutsche med. Wochenschrifï, 1892, 8 déc, p. 1H8.
possibililé d'une intervention chirurgicale régulière, cai.cei' iiitiMii. Loiseau', Ghesnel-, ont étudié longuement les formes du cancer latent, qu'ils ont divisées en formes dyspeptique, péritonéale, thoraciqué, cardiaque; mais dans aucun de ces cas, la douleur épigastrique n'a fait absolument défaut, l'anorexie a été le plus souvent constatée, et ces signes ne sont pas les seuls que l'on ait observés. Enfin la distension ■gazeuse artificielle et l'exploration chimique n'ont jamais été pratiquées, et dans ces conditions on n'est réellement en droit de prononcer le mot de lalfut qu'en parlant de la tumeur, qui peut en effet être difficilement accessible aux moyens ordinaires. Les observations do Gourmaud ', de Siredey'' sont dans le môme cas. IJans cette dernière-, existaient des douleurs et une tumeur, et l'auteur ne parle pas du résultat de l'exploration directe.
Cependant, cette forme existe réellement. Ainsi l'un de nous (Debove) fit avec M. le professeur Verneuil une tentative de gastro-entérostomie pour un cancer de l'estomac, dont les symptômes étaient à peine marqués. Une autre observation encore inédite et que nous possédons (Debove) est celle d'un homme, vigoureux, alcoolique, qui mourut à l'hôpital d'une pneumonie du sommet. 11 n'y avait jamais eu aucun symptôme de cancer, et cependant on trouva à l'autopsie un volumineux cancer ulcéré de l'estomac.
Mais nous croyons être autorisés à affirmer qu'en général, la mise en œuvre des nombreux moyens de diagnostic existant aujourd'hui rendrait une erreur presque impossible, si un seul symptôme avait attiré l'attention du côté do l'estomac. On ne peut donc considérer comme réelle-