Treille, Soc. med. des hôpitaux, 9 avril
4. Chantemesse et Le Noir, Arch. gén. de méd., juillet, pp. 300-1, 1885.
gravation des phénomènes de catarrhe gastrique. Enfin Guffer* a cherché à démontrer que le pneumogastrique pouvait être atteint d'une névrite ascendante ayant son point de départ au niveau de la lésion de l'estomac, et se terminant à son point d'arrivée dans le bulbe, par une véritable myélite bulbaire; les autopsies manquent pour étayer cette vue de l'esprit. Cependant les troubles dyspnéiques et cardiaques que nous avons signalés correspondent bien à un désordre de l'innervation dans le domaine du nerf vague; de même, certains phénomènes vaso-moteurs, pâleur ou congestion de la face, troubles oculo-pupillaires, etc., font supposer que le grand sympathique ne reste pas indifférent aux excitations morbides dont le point de départ siège dans la cavité gastrique. Troubles A CCS nombrcux symptômes subjectifs peuvent s'assosychiqucs. succéder de véritables vésanies. On sait depuis
longtemps combien les maladies de l'estomac, surtout celles dont l'évolution est chronique, influent sur l'humeur du patient. Celui-ci devient irritable ou apathique, sa mémoire baisse, et les idées hypochondriaques, que l'on a ainsi nommées parce qu'elles s'associent à une douleur dans les hypochondres, ne tardent souvent pas à l'envahir. De là à l'aliénation mentale il n'y a qu'un pas, et c'est un fait d'observation courante de rencontrer certaines mélancolies, certaines formes de délire avec hallucination si intimement placées sous la dépendance des troubles digestifs qu'un lavagp régulier de la cavité gastrique suffit souvent à faire disparaître la vcsanie.
ciuasthénic. Un grand nombre des symptômes nerveux que nous venons de décrire se retrouvent dans l'histoire de la neurasthénie et de l'hystérie. M. Mathieu- a bien montré
1. CuFFER, Rev. de médecine, p. 281, tO avril 1890. . 2. Mathieu, la Neurasthénie. Collection Charcot-Debove, 1892.
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comment la première de ces deux névroses s'associait volontiers aux dyspepsies, et c'est peut-être un des diagnostics les plus délicats, dans l'étude des maladies de l'estomac, que de préciser lequel des deux, trouble gastrique ou trouble nerveux, a préexisté. Nous-mêmes ne croyons pas que, dans la majorité des cas, les dyspepsies soient autre chose qu'un symptôme tenu sous la dépendance d'une altération du système nerveux. Même lorsqu'il s'agit d'une maladie organique, telle que le cancer et l'ulcère, il n'est pas exceptionnel de ne trouver dans l'étiologie qu'une série de causes dont l'action déprimante était purement psychique; nombre de cancéreux au contraire, ou d'individus atteints d'un ulcère rond, résistent à cette cause pourtant puissante de neurasthénie bouvent le diagnostic étiologique est relativement facile à poser; le malade était nettement neurasthénique un certain temps avant de présenter les troubles digestifs Chez d autres sujets, le développement de l'ensemble des manifestations nerveuses a accompagné l'éclosion de la maladie gastrique, sous l'influence d'une de ces causes morales qui ont tant d'action sur le développement des névroses. Enfin, quelquefois, le doute est possible, et c'est pourquoi nous avons rangé les faits que nous venons de signaler au nombre des symptc3mes que pouvaient provoquer les affections de 1 estomac; cependant nous restons intimement convaincus que, même dans ces cas douteux, le fait principal, dominant toute la situation, est le trouble nerveux
Il s établit entre l'état de l'estomac et celui du système s ■• , nerveux un véritable cercle vicieux, que le vieil l^Z
que soit d ailleurs le sens qu'on lui attribue. Sont-ce des poisons qui, résorbés, iront altérer par la voie sanguin le fonctionnement des cellules nerveuses? L'anémie ql"
traîne forcément la nutrition insuffisante, résultat trop fréquent d'une dyspepsie, peut-elle seule, par la pauvreté des apports, déterminer ces altérations fonctionnelles? Bien téméraire serait celui qui oserait formuler ici autre chose que des hypothèses; mars ce qui est certain, c'est que si la neurasthénie peut provoquer et provoque souvent un trouble de la digestion, celui-ci à son tour est une cause de déséquilibration du système nerveux. L'un réagit ainsi constamment sur l'autre.
D'ailleurs, si l'hésitation est possible sur le rôle patho génique joué par la neurasthénie, elle le devient moins quand il s'agit de l'hystérie qui peut déterminer l'apparition de tous les symptômes dyspeptiques imaginables; sous son influence pourront survenir des vomissements, des hématémèses, la dilatation, et cette névrose pourra non seulement produire des dyspepsies, mais, par des associations bizarres de symptômes simuler exactement une affection organique de l'estomac. Il est vrai que dans ces circonstances on pourrait se demander si la maladie d'estomac n'a pas joué le rôle d'agent provocateur de la névrose. L'association de ces deux affections se produirait alors par un mécanisme inverse de celui que nous exposons ici, mais nous croyons pouvoir affirmer que l'hystérie d'origine gastrique est exceptionnelle.
D'ailleurs, plus on avance dans le domaine de la pathologie nerveuse vers les maladies qui sont mieux connues à la fois dans leurs symptômes et dans leurs lésions, plus on trouve que les symptômes des dyspepsies peuvent être de tout point reproduits par les manifestations viscérales de diverses affections du système nerveux. Le tabès, les myélites sont les meilleurs exemples de ce que nous avançons ici. Remontant en sens inverse, on pourra donc s'assurer qu'il existe une chaîne ininterrompue entre les
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troubles gastriques de l'ataxie locomotrice et les soi-disant dyspepsies nerveuses ; Nahira non fecit saltus, et il est plus facile et plus logique de considérer toujours l'altération nerveuse comme une cause de la maladie de l'estomac ou comme un symptôme qui existerait parallèlement à elle, que, renversant les rôles, de n'en faire plus à un moment donné que l'effet d'un état gastrique.
Ce que nous voulons d'ailleurs fixer en ce moment dans l'esprit du lecteur c'est la nécessité, quand on étudie un sujet dont l'estomac est malade, de ne négliger l'examen d'aucun organe, d'aucun appareil; à ce titre il ne faudra pas oublier qu'en dehors des maladies nerveuses, toutes les grandes maladies générales : syphilis, mal de Bright, diabète, chlorose, malaria, etc., peuvent s'accompagner de symptômes qui simulent à s'y méprendre telle ou telle dyspepsie. Ce n'est pas le chimisme stomacal qui conduira l'observateur à l'étude de ces causes pathologiques, pourtant fondamentales, s'il ne les recherche ; et nous verrons, en étudiant les gastrites secondaires, combien fidèlement ces dernières reproduisent certaines affections primitives de l'estomac.
Nous ne voudrions pas terminer ces quelques pages de État pathologie générale sans dire un mot des troubles de la lutntion. nutrition déterminés par les affections gastriques. Il est fréquent de constater un très léger abaissement de la température centrale dans les dyspepsies chroniques. D'autre part la cachexie peut être l'unique symptôme d'un cancer de l'estomac ; elle peut aussi traduire une gastrite chronique avec atrophie de la muqueuse, plus rarement il s'agit d'un ulcère rond; mais une névrose est capable de cachectiser le malade qui en est atteint. Les détails minutieusement étudiés et un examen complet permettront seuls dans ces cas de faire un diagnostic.
Et cependant le travail vraiment utile de l'estomac n'est pas très considérable; nous avons déjà dit que M. Mathieu et l'un de nous avaient établi que les peptones représentaient seulement une faible partie dans l'ensemble des transformations subies dans l'estomac par les matières albuminoïdes, et pourtant elles représentent seules une substance réellement assimilable. D'autre part Jaworski et Gluzinski' admettent que la cavité gastrique est un réservoir plutôt qu'un lieu de digestion; Ewald- pense qu'une insuffisance de l'estomac peut être largement compensée par les fonctions intestinales. Czerny et Kaiser', Ogata*, ont démontré qu'un chien était capable de vivre plusieurs années après avoir subi l'ablation de l'estomac sans en souffrir le moins du monde, d'où il résulterait que cet organe n'est indispensable ni à la vie, ni à la santé. Garl Von Noorden^ a repris ces travaux et a pu conclure de ses recherches que l'utilisation des matières albuminoïdes est complète dans l'intestin, même lorsqu'elles n'ont pas été soumises à l'action de l'acide chlorhydrique et de la pepsine. Les malades ne maigrissent pas, parce que, en l'absence de la digestion chlorhydro-peptique, les produits de transformation des matières albuminoïdes, pour être susceptibles d'absorption, ne seraient plus capables de participer à l'édification de cellules nouvelles. Il ne faut pas non plus attribuer la perte de poids à une aulo-intoxication par des produits qui naîtraient dans l'estomac, privé de ses fonctions normales, et empêcheraient ultérieurement les cellules d'assimiler comme il convient. L'amaigrissement dé-
1. Jaworski et Gi.uzinski, Zeitschrift f. klin. Med. Bd XI, p. 273, 1886.
2. Ewald, Klinik. der Verdaiiungskrankheiten, 1888, Bd II, p. 430.