CHAPITRE XXIII
Les tumeurs bénignes de l'intestin sont une rareté anatomo-pathologique ; leur variété est cependant assez grande. On peut y rencontrer des tumeurs à structure simple : adénomes, lipomes, fibromes, myomes, et des tumeurs mixtes, telles que : myosarcomes, fibrosar» comes, myxosarcomes.
A. Heurteaux de Nantes a fait récemment un travail d'ensemblr très intéressant sur les tumeurs bénignes de l'intestin dont il a p<*psonnellement observé et opéré plusieurs cas. 11 fait remarquer qui» chacune des tuniques de l'intestin en fournit son contingent : la muqueuse les adémones, le tissu cellulaire sous-muqueux les fibromes et les lipomes, la musculaire les myomes et l'élément vasculaîn'. quel qu'en soit le siège, les angiomes*.
Il existe une transition entre les tumeurs bénignes et les tumeurs malignes, les polyadénomes pouvant se transformer en véritables épithéliomes.
Plusieurs des tumeurs peuvent se présenter sous la forme de véritables polypes (lipomes, fibromes, myomes, adénomes).
Adénomes. — Les adénomes, souvent multiples comme on va K? voir, sont quelquefois isolés. Le rectum est leur siège de prédilection» ils s'y présentent à l'état de tumeurs planes, sessiles ou pédiculées.
Polyadénomes multiples du gros intestin, — Ils ont été à l'étranger l'objet d'une série de travaux de la part de Luschka, Whitehead. Hauser, Schwab, Port, Holtmann etc. ; en France, Quénu et Landel leur ont consacré une très bonne étude générale bas(»e sur 42 observations dont 2 personnelles.
Anatomie pathologique. — Le plus souvent ces tumeurs sont extrêmement nombreuses, on en compte des centaines sur la muqueuse du gros intestin qui en est comme tapissée.
Le rectum et l'S iliaque sont leur siège de prédilection; même lorsque tout le tube intestinal est envahi, c'est au niveau de la partie inférieure du gros intestin que prédominent les polypes.
Les polyadénomes se présentent sous l'aspect de polypes dont les
uns sont scssiles el les autres pédicules; leur volume peut varier du volume d'un pois à celui d'une cerise, et plus rarement d'un œuf. Ces saillies sont rougeâtres, molles, souvent couvertes de mucus.
Étude microscopique, — L'étude histologique montre que ces polyadénomcs dérivent des glandes de Lieberkûhn. Ils sont constitués par des tubes d'aspect glandulaire, à lumière très large, quelcjuefois transformés en cavités kystiques, tapissés par un épithélium cylindricjuc, renfermant de très nombreuses cellules caliciformes. Le stroma est formé par du tissu conjonctif lâche, riche en cellules lymphatiques.
Dans un cas de Quénu, il y avait en dehors do la zone polypeuse une atrophie très accentuée de la muqueuse, avec atrophie très marquée de la membrane qui par places était complètement détruite, el disparition des éléments glandulaires.
Les polypes adénomateux apparaissent sur des points de la muqueuse absolument normaux . Tout d'abord il ne s'agit que d'une simple hvpertro[)lne glandulaire ; les glandes commencent ù se ramifier lorsqu'elle a atteint les dimensions d'un grain de chénevls.
Les polyadénomes peuvent subir la transformation épithéliomateuse ou adénomateuse ; Quénu et Landel l'ont relevée 20 fois sur 42 observations.
En général, le cancer apparaît un assez grand nombre d'années après la poly|)Ose. L'examen histologique montre qu'un, nombre plus ou moins considérable de polypes ont simultanément ou successivement subi la dégénérescence cancéreuse. On peut même voir la structure adénomateuse et carcinomateuse coïncider sur le même polype.
Étiologie. — La polypose intestinale appartient d'une façon générale à un i\ge peu avancé, plus de la moitié des cas relevés par Quénu et Landel s'étaient montrés entre seize et trente et un ans.
A noter frécjuemment Texistencc de la diarrhée assez longtemps auparavant, ce qui indique tout au moins un c(Ttain degré d'irritation ou même d'inflammation intestinale.
Sf/mptomes. — On [)eut décrire à la polyadénomatose intestinale C|uatre ordres de symptômes fondamentaux : la diarrhée, les hémorragies, les douleurs et la présence dans le rectum de polypes accessibles par le toucher.
La diarrhée est très abondante; on compte souvent 13 à 20 selles par jour ; elle résiste à tous les traitements.
Uhéniorragie est lïéquente. Le sang peut présenter une coloration noire ou rouge. Les selles nïéheniques peuvent persister pendant des mois. L'hémorragie peut être assez abondante pour entraîner la mort.
Les douleurs sont en général intenses ; le ventre gonflé «e supporte aucune pression, quelquefois il y a du ténesrac.
Par le toucher rectal^ on atteint parfois une série de polyjM»s ; lo doigt en rencontre aussi haut qu'il peut aller. Quelquefois, comme dans un cas de Boas, une série de polypes se présente à Torifict* de Tanus sous Tinfluence d'efforts de défécation à la façon des hémoi^ roïdes. Il est parfois facile de détacher quelques-unes de ces njas.ses polypeuses {X)ur en faire Texamen histologique.
Quand il existe un cancer du rectum ^ en plus des polypes, on observe par le toucher une induration caractéristique.
h\mémie et la cachexie sont la conséquence de la diarrhée, des hémorragies, des douleurs, et des troubles digestifs. L'apparition d'un cancer aggrave encore l'état général.
Traitement, — La médecine et la chirurgie n'ont guère de prise contre cette lésion. Quénu se demîinde s'il ne conviendrait pas d'anastomoser l'iléon avec TS iliaque de façon ù préserver le colon di^ l'irritation prc»duite par le passage des matières.
Lipomes. — Des lipomes peuvent se développer dans la s<jusmuqueuse et dans la sous-séreuse. Les premiers très rares fomient de petites tumeurs pédiculées. Les autres plus volumineux, j>ouvant atteindre les dimensions d'une poire et même davantage, si' développent dans la cavité péritonéale.
Fibromes. — Les fibromes de la muqueuse intestinale sont i-an^s. on en voit se produire i\ la suite de la dysenterie chronique. l*arf(»i> le tissu conjonctif de certains adénomes prend un dévelop|>enient et unv dureté tels qu'il s'agit de véritables adéno-fibromes.
Au niveau du rectum, les fibromes irestent souvent aplatis, et m* présentent sous l'aspect de véritables papillomes.
Myomes. — Steiner qui a fait une étude d'ensemble di's tumeur*^ bénignes de l'estomac et de l'intestin a relevé dans la littérature médicale 19 cas de myomes internes, et 15 cas de myomes exteriu»s de l'intestin. On entend par internes ceux qui se déveiopjient du côté de la muqueuse, par externes, ceux qui se développent du cùlé di^ la séreuse.
Leur siège de prédilection est l'intestin grêle, on ne les renconln* que rarement sur le gros intestin.
Les myomes ont pour point de départ les tuniques nuiseukiirt»s d«' l'intestin. Quelquefois ils forment un épaississement, une luwloMté, (jui soulè\e la muciueuse, quelquefois un véritable polype sessile ou [)édiculé. Lode a décrit un myome intestinal externe qui présentait le volume du i)oing, ce serait d'a|)rès Nolhnagel le plus gros qu'on ail signalé.
Le tissu fibreux prend quelquefois une importante assez grande pour qu'on puisse qualifier ces tunieurs de fibro-niyonies.
Les anrjioines^ les inyxomes^ les tératomes sont exceptionnels et sans intérêt clinique.
Sf/niptômes, — La présence des tumeurs que nous venons de décrire p(»ut ne se trahir par aucun phénomène appréciable.
Les tumeurs intei'nes pédiculées, t(»ls que les myomcs peuvent devenir le point de départ d'une invagination. Elles peuvent aussi devenir la cause d'accidents d'occlusion, la tumeur peut queUjuefois éti*e perçue par la palpation.
D'après Ste^iner, les signes pro[)res des myomes seraient les suivants : tumeur lentement croissante, dont la mobilisation pi'ovoque une doideur déchirante, phénomènes de sténose et hémorragies intestinales.
Les myomes du rectum lorsqu'ils siègent du coté de la muqueuse peuvent (juehiuefois être directement per(,*us à Tétat de poly|)es ; ils déterminent souvent (h\s phénomènes d'irritation rectale. L(\s myomes externes sont d'un diagnostic beaucotip plus difficile.
La longue durée des accidents, la conservation d'un bon état général plaident (*n faveur d'une tumeur bénigne. Le diagnostic exact ne peut guère être fait en d(»hors de TinterviMition chirurgicale que lorsque la tumcMu* s(? présente i\ l'anus, soit naturi^llement, soit api'ès avoir [)rovof[ué l'invagination du gros intestin.
Traitaient, — Les tumeurs pédiculées du rcH'tum peuvent quelquefois être directement atteinl(\s et extiri)é<'s.
Dans cei'tains cas de sténos(\ les tuuKMU's des autres régions de rintestin pourraient justifier la laparotomie; il faut bien dire (jue leur découverte serait un hasai'd (Uintervention.