VICIATKINS DE I.A SENSIBILITÉ STOMACALE
scnsibililr gastrique est très obtuse; la muqueuse, il est vrai sent assez bien les différences de température, on peut s'en assurer en faisant arriver par la sonde des liquides froids, tièdes ou chauds dans Testomae . Mais ni les excitations physiques, c'est-à-dire le contact d'aliments plus ou moins bien mastiqués, ni les excitations chimiques, c'esth-dire Tacidité ou l'alcalinité du liquide qui a pu être dégluti, sans léser la muqueuse buccale, ne produisent de sensation consciente. Seule la distension des tuniques musculeuses de l'estomac se traduit par un sentiment degône et de gonflement douloureux dès que la pression atteint le volume d'une colonne d'eau de 20 à 30 centimètres.
A l'état pathologique, tout cela va changer, et, non seulement lorsqu'il y a des altérations organiques de l'estomac, comme le cancer ou l'ulcère, mais déjà même dans les états dyspeptifjues. Alors la plupart des excitations sont senties, et senties douloureusement. L'hyperes- Ihésie de Testomac tient une place très importante dans la genèse des nianife^siations subjectives de la dyspej)sie ; sans elle, la plupart des viciations delà digestion stomacale resteraient latentes ; à cause d'elle h*s phénomènes normaux sont quelque fois douloureusement per(;us.
Voyons donc quelles sont les causes qui peuvent ainsi modifier la sensibilité gastrique : d'une façon générale on peut dire qu'elles appartiennent à deux catégories fort différentes. Les unes en effet, [K>rtent directement leur action sur la muqueuse gastrique et irritent les terminaisons nerveuses périphériques, les autres atteignent surtout le système nerveux central, cérébro-spinal ou ganglionnaire.
Lii plupart des lésions inflammatoires de la muqueuse gastrique augmentent notablement sa sensibilité. Cette hyperesthésie s'observe dans les gastrites aiguës consécutives à l'ingestion de liquides corrosifs, dans le plus grand nombre des gastrites chroniques consécutives à l'absorption quotidienne et prolongée de substances irritantes (alcool, épices). Dans les ulcérations de l'estomac, dans le cancer, suivant les cas, rhyi>eresthésie est plus ou moins marquée, et la douleur survient à la suite de la moindre excitation mécanique, physique ou chimique, ou bien seulement après des excitations intenses et répétées.
D'autre part, bon nombre d'altérations du système nerveux central agissent aussi sur l'estomac et en amènent l'hyperesthésie. Nous ne parlons pas seulement des lésions organiques du système nerveux comme le tabès; mais de simj)les modifications fonctionnelles du système nerveux central peuvent i)rovoquer un résultat aiuJogue. C'est là un fait d'expérience banal : dans la gastrox>Tisis de Rossbach, par exemple, on voit à la suite de surmenage intellectuel des douleurs gastriques violentes apparaître, et, chez les femmes nerveuses, chez les neurasthéniques, une émotion violente, une fatigue.
un éUit de chagrin ou de souci permanent suffisent pour provo((nor et maintenir une sensibilité extrême de la muqueuse gastrique.
L'étude des malades nous apprend que, le plus souvent, ces d(»u\ ordres de causes de douleurs gastriques s'associent sur le même individu; d'une Ai^on courante, les causes d'ordre psychique viennent s'ajouter aux lésions de la muqueust», et exagérer périodiquement une hyperesthésie créée d'abord par un état organique de la muqueuse. Dans les gastrites, dans le cancer, dans l'ulcère, en effet, il suffit d'ime émotion, d'une colère, d'une fatigue, des règles chez la femme, poiu* voir tous les symptômes douloureux s'accentuer ])our un temps phis ou moins long.
Les douleurs gastriques se pi*ésentent sous deux ou trois modalités presque toujours les mômes. A un degré léger, c'est une sensation de gonflement ou de pesanteur apparaissant après les repas et durant, un quart d'heure, une demi-heure, une heure. Parfois cette sensation péjiible coïncide avec un ballonnement du ventre surtout marqué dans la région gastrique. Ce qui gène alors le plus ces malades, c'(*st une dyspnée parfois très marquée, ou un sentiment de lassitude, et qucîlquefois l'envie de dormir.
Dans le cas que nous venons de citer il ne s'agit pas de douhîur véritable. Loi'sque la douleur apparaît, le malade la traduit ])ar des images caractéristiques qui permettent de reconnaître plusieurs variétés. C'est d'abord la sensation de brûlure. Elle s'observe sur les mu- (jueuses extrêmement sensibles au simple contact des aliments, mais surtout après l'ingestion de vin ou d'alcool. Chez les hyperclilorhydriques, la haute teneur du suc gastriqut^ en IlCl libre suffit à la provoquer; on la voit alors apparaître ù la fin de la digestion loi'squ'il n'y a plus d'albuminoïde pour saturer l'acide sécrété. Les acides de fermentation, dans le cas de stase, peuvent aussi le pro^'0(^uer. Dans la même variété on i)eut citer la sensation de plaie à vif dont se plaignent certains malades et aussi les sensations de pif/tire, ou de coups lie couteaux dans la région gastrique.
La sensation de crampe est d'un ordre tout différent; en effet, cette» douleur paraît être d'origine musculaire : elle semble traduire la contraction violente de la région prépj torique contre un pylore contracture ou sténose. On peut s'en rendre compte chez les individus qui pi'ésentent du péristaltismcî visibles : la crampe apparaît avec la contraction gastri(|ue et finit avec elle. C'est un |)hénomène douloureux analogue aux coliques intestinales ou utérijies.
11 est intéressant de préciser le sièye de ct^s douleurs gastrifjues. Le plus souvent, pour ne ])as dire toujours, la douleur gastrique est maxima en un point que le malade indi(|U(* du bout du doigt et (|ui
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(*.st situé à la région é|>igastriqiit% sur le milieu do la ligne A-y[)lH)onihilicale. un peu à droite de celte ligne. La compression h ce niveau esl pénible, même dans les moments où le malade ne souffre pas, et l'est davantage encore pendant les paroxysmes douloureux. A quoi correspond exactement ce point épigastrique ? Ce n'est sûrement pas au pylore qui est mobile, et qui se déplace à droite et à gauche suivant un arc de cercle de 7 centimètres de rayon selon que Testomnc est vide ou qu'il contient des aliments. Ce n'est pas non jJus au bord inférieur du foie, qui est mobile pendant la respiration, et qui, à la fin de Texjnration, descend souvent au-dessous d(* ce niveau.
En réalité, comme Tun de mes élèves M. J.-Ch. Roux, Ta constaté à Tautopsie de dyspeptiques divers, le point épigastrique où le malade souffrait de son vivanl correspond an plexus solaire, et. plus exactement, aux tractus nerveux et aux nombreux petits ganglions qui |m.ssent au devant de Taorte et aux filets nerveux qui suivent le ln>nc cœliaque. Le point dorsal, qui, dans Tulcère, correspond exactemont au point épigastrique, peut être du quelquefois à une excitation plus violente du plexus solaire, car, par une ccmipression assez énergicfue à Tépigastre, on peut facilement faire apparaître chez la plupart des dyspeptiques le point douloureux dorsal et la sensation de trans- (ixion.
Les douleurs gastriques ne sont pas uniquement localisées en ce |M>int : souvent elles s'étendent plus loin à gauche vers la rc^gion gastritjue, et dans la gastrite alcoolique la compression provoque de la douleur non seulenuMit h la région épigastrique, mais sur toute la grande courbure : \ç même phénomène s'observe aussi chez quelques hysléri(jues.
Au reste les doideui's gastriques ont les irradiations les plus variables vi les plus étendues : elles peuvent se faire sentir jusque dans le dos, nous l'avons vu tout à l'heure; elles peuvent irradier dans les espaces intercostaux et amener des névralgies, parfois bilatérales; quelquefois elles retentissent jusqu'à la région cervicale.
Enfin l'excitation douloureuse de l'estomac se traduit suivant les cas par une s<'*rie de symptômes secondaires des plus curieux. Tout d'abord par un réflexe inhibitoire sur l'intestin, elle provoque presque toujours de la constipation : c'est un fait d'observation courante que les dyspeptiques qui souffrent sont en général constipés, et, pour ramener leurs matières i\ l'état normal le meilleur moyen est encore de calmer leurs douleurs, (j'est ainsi que s'ex|)Hque le fait paradoxal que la craie ou le sous-nitrate de bismuth à haute dose, lorsqu'ils calment la douleur gastrique, amènent des selles plus faciles et font dispa-
raître la constipation. Il en est quelcjnefois de même de roi)iuni et <le la morphine, ce qui est encore plus caracléristique.
La douleur gastrique peut aussi provoquer des réflexes dans le <loniaine de l'appareil respiratoire : elle provoque parfois des accès de dyspnée, apparaissant soit après le repas, soit brusquement la nuit comme de véritables accès d'asthme. Ces faits, notés d'abord par Henoch chez l'enfant, ont été observés récemment chez Tadulte par Boas.
Nous rappellerons aussi que la douleur gastrique peut, comme Ta (
montré Potain, par excitation réflexe du pneumogastrique, amener de rasthénie cardiaque et une dilatation du cœur droit, constiitée ù lexamen radiogniphique. En môme temps, par suite de la contraction simultanée des petits vaisseaux pulmonaires et de Taugmentation de la tension dans le ventricule droit, Torifice auric ulo- vent rie ulaire peut être forcé, Tasystolie s'installer (»t ne céder qu'à un traitement approprié des troubles gastriques.
Ces données générales sur la douleur gastrique étant établies, il nous reste à pénétrer plus avant dans l'étude de ce symptôme (*t à déeriit; ses modifications suivant les divers états gastri(|ues où on la note communément.
Hyperchlorhydrie, — L'hyperchlorhydrie, c'est-ù-dire la teneur* élevée du suc gastrique en IlCl ne suffit j)as à pi*ovoqu(;r de la douleur; chez beaucoup de personnes, la sécrétion de l'acide chlorhydriqu*» est ti'ès exagérée, mais aucun symptôme subjectif n(* vient le révéler. Ici comme partout, la condition pi'emière de la douleur c'est l'hyperestliésie de la muqueuse, d'origine périphérique ou d'origine centride. Sur cette muqueuse trop sensible, le simple contact du suc gastrique riche en HCl est douloureux; par suite, la douleur va apparaître chaque fois que les glandes sécréteront beaucoup de suc gastrique : en un mot, dans la dyspepsie hyperclilorliydrique. la douleur suit les variations de la teneur du suc gastrique en H(U, la sécrétion gastrique règle Vhoraire de la douleur. Le matin à jeun, lorsqu'il n'y a ])as de sécrétion, le malade ne souffre pas; la douleur apparaît plus ou moins tôt après le repas, mais atteint toujours son maxima trois ou quatre heures après Tingestion des aliments, lorsipie YïlCA libre est en abondance dans l'estomac. Son intensité dépend en partie de la richesse» de la sécrétion en HCl mais surtout du degré d'Iiyper^ estliésiede la muqueuse^ et elle augmente de temps A autre cha(|ue fois que la sensibilité gastrique devient plus vive sous l'influence d'un excès d'alimentation, d'une e»inotion, ou d'un cliagrin. |
Dyspepsie sensitivo-motrice. — Dans les faits que nous rangeons |
sous cette dénomination, hî facteur le plus im|)ortant de la dyspepsie ;