LÉSIONS MICROSCOPIQUES
Les modifications histologiques, nous l'avons déjà dit, sont jusqu'à un cerlain point indépendantes de l'aspect macroscopique. Des muqueuses saines en apparence peuvent étre atteintes de lésions très prononcées, tandis que des muqueuses assez fortement épaissies peuvent encore posséder des glandes très bien conservées et sécrétant un suc très actif,
éléments se colorent difficilement, Les cellules de bordure sont arrondies, polygonales ou elliptiques ; leur protoplasma est foncé et fortement granuleux; leur noyau situé au centre; elles se colorent très fortement,
Les glandes pyloriques ne contiennent qu'une variété de cellules dont l'épithélium est finement granuleux, et dont le noyau basal se colore facilement par les réactifs, Les histologistes discutent sur le point de savoir si ces cellules séerètent du mueus [Ebstein), ou si elles sont analogues aux cellules principales (Heïdenhaïn),
Étude histologique des gastrites.
Dans toute l'étude d'anatomie microscopique que nous allons faire, nous nous inspirerons des remarquables travaux de Hayem et de ses élèves. É
Nous examinerons successivement les lésions du lissu interslitiel et celles des glandes. Nous verrons ensuite de quelle façon ces lésions se combinent pour donner naissance à différents types.
1° Altérations du tissu interstitiel, — La lésion la plus commune, qu'on retrouve au niveau de presque lous les estomacs (car il n'existe pas d'estomac humain histologiquement sain), mais qui varie dans des proportions considérables, consiste dans l'infiltration de la muqueuse par des nappes ou des amas de petites cellules rondes qui offrent tous les caractères des éléments embryonnaires et qu'on désigne sous le nom d'éléments lymphoïdes. Parmi ces cellules, les unes représentent des leucocytes sorlis des vaisseaux, les autres sont nées sur place (fig. 60).
Les leucocytes, plus abondants dans le tissu conjonclif, peuvent dénétrer dans les glandes où on les retrouve soit au milieu des cellules, soit dans la lumière des tubes, L'infiltration embryonnaire, en se développant, écarte les glandes les unes des autres, puis en se réparlissant inégalement comprime les tubes en certains points de façon à les oblitérer, entrainant ainsi la dilatation et la transformation kystique des parties situées en amont. À la partie profonde, le tissu conjonetif altéré prend une importance plus grande, et les amas de cellules lymphoïdes refoulent souvent les culs-de-sac glandulaires à une certaine distance de la muscularis mucosæ. Enfin, près de la cavité gastrique, sous l'épithélium de surface, le tissu conjonetif hyperplasié bourgeonne sous la forme de petites ñ, dans certains cas, prennent une assez grande il
SE © mA SANE Fig. 69. — Portion d'une coupe de la région Régions profondes dela muqueuse.
ion embryonnaire en nappe. — Deux Ames lymphoïdes l'un au-dessus, l'autre en dessous dela muscularis mucosæ. — Catarrhe purulent des tubes. — Grossissement : 135 dite | mètres (G. Hayem et G. Lion).
cellules principales et sur les cellules de bordur cellules principales comblent la lumière des tubes, unes contre les autres et déformées par pression fusionnées en plaques à noyaux multiples. La commence par la division du noyau : les petites ou s'hypertrophient. Le protoplasma
En En
ÉTUDE ANATOMIQUE DES GASTRITES. ai
plus facilement colorable; rarement il est tuméfié et transparent.
Les cellules de bordure s'hypertrophient aussi, prenant une forme irrégulière, mais restant toutefois arrondies sans angles. Le protoplasma devient strié ou grossièrement granuleux, se colorant d'une
façon intense; parfois il y apparait des vacuoles. L'hypertrophie s'accompagne d'une prolifération de noyaux qui sont an nombre de deux, six ou huit.
Lorsqu'on observe cette hyperplasie des éléments glandulaires, on dit qu'il existe de la gastrite parenchymateuse hyperpeplique dont on distingue trois variétés :
Parfois l'hypertrophie porte sur les cellules principales (fig. 70) qui se développent aux dépens des cellules de bordure, apparaissant isolées, en moins grand nombre, ou en voie d'atrophie. Dans d'autres cas, ce sont les cellules de bordure qui se multiplient, landis que les cellules principales sont ennombre plus restreint qu'à l'état normal (fig. 71). Eofin la multiplication peut porter sur les deux variétés de cellules ou tout au moins des noyaux de ces cellules qui peuvent être au nombre de trois ou quatre dans chaque élément, dont le protoplasma est aussi considérablement hypertrophié.
Dans toutes les variétés d'hyperplasie cellulaire, les cellules
ortion d'une coupe de la région peptique pratiquée perpendiculairement à la surface. — Parties profondes de la muqueuse, — On voit en bas la museularis mucosæ et au-dessus les euls-de-sac des glandes. — Gastrite parenchymateuse pure. — Multiplication des cellules prinei= pales. — Peu de cellules de bordure. — A là limite supérieure du dessin, on voit ces eellues hypertrophiées, à noyaux multiples.
— Grossissement :234 diamètres (G. Hayem st G. Lion).
peuvent conserver leurs rapports avec la paroï, ou tomber dans la lumière des tubes qu'elles obstruent plus ou moins,
On sait que les glandes pyloriques ont, à l'état normal, une structure différente des glandes peptiques. Or, lorsqu'on constate dans le
- — Portion d'une coupe de la région peptique comprenant la partie profonde dé la muqueuse. — Gastrite ie
pure. — Multiplication portant surtout sur les cellules de bordure qui sont très nombreuses dans la moitié supérieure des tubes. — Grossissement : 244 diamétres(G. Hayem etG, Lion}.
vacuolisation résulte de la production d'un plasmique. Cette vacuolisat'on est plus ou m ralisée, Elle porte tantôt sur les cellules de tantôt sur les cellules principales, tantôt sur le noyaux sont conservés. En s'hypertrophiant, apparaissent alors sous l'aspect de masses ch forme précise (fig. 72).
ÉTUDE ANATOMIQUE DES GASTRITES. 43 DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE. — Elle est, d'après Hayem, extrême-
ment rare.
DÉSINTÉGRATION GRANULEUSE. — On observe dans les cellules de grosses granulations qui se colorent en gris sale ou en gris bleu par
Fig. 72. — Gastrile dégénérative présque pure (sans épaississement bien sensible du tissu interstitiel).
— Dépénérescence :vaeuolaire. — Région peplique. — La coupe représente toute l'épaisseur de la muqueuse. — Grossissement :
225 dinmétres (G. Hayem et G. Lion).
l'hématoxyline ; les cellules tendent à s'effriter sur leurs bords! leurs contours deviennent flou et elles paraissent se fusionner pour former des plaques irrégulières. Les noyaux sont moins nets et prennent mal la couleur, À un degré d'altération plus
Fig. 73. — Vortion d'une coupe de la région peptique. — Gastrite dégénérative pure sans épaississement du tissu interstitiel).
— Désintégration granuleuse des éléments glandulaires préalablement multipliés. — On peut suivre la disparition progressive sur place des éléments dégénérés [nécrobioses). — Grossissement : 300 diamétres 1G. Hayem et G. Lion).
avancé, les cellules se désagrègent, s'effritent et disparaissent (Gg. 73). Êrar épogamoïne. — Les cellules semblent aplalies et comme
Fig. 74. — Portion d'une coupe de la région peptique. — État grenu (cellules pri cellules de bordure). — Gros sissement : 300 diamètres sement : 300 dis (&. Hayem et G. Lion).
lules deviennent translucides, comme vilrifiées, noyau ne prend plus l'hématoxyline (fig, 75),
TRANSFORMATION MUQUEUSE. — Pour Hayem, sant des autres altérations. Les cellules peptiques st
ÉTUDE ANATOMIQUE DES GASTRITES. us
par des cellules muqueuses ou caliciformes. La transformation muqueuse des cellules principales débute et reste plus prononcée au voisinage des conduits glandulaires. À la première phase, on constate une prolifération cellulaire manifeste, surtout au niveau du collet des glandes tapissées par une seule rangée de cellules cylindriques hautes, claires, à noyau basal vivement coloré par l'hématoxyline, à protoplasma granuleux ou légèrement strié, Puis les cellules muqueuses gagnent en profondeur el peu à peu se substituent aux anciens éléments atrophiés.
Tantôt celte transformation est complète, tantôt elle est seulement partielle, et en même temps que les éléments muqueux on voit, près de la muscularis mucosæ, des débris plus où moins reconnaissables des anciens tubes glandulaires (fig. 76).
Ces glandes muqueuses prennent graduellement une importance considérable, Tous les tubes glandulaires existants sont alors tapissés de cellules cylindriques qui souvent sont entremélées de cellules caliciformes remplies de mucus. Dans la lumière qu'elles laissent entre elles au centre des tubes, elles laissent s'écouler du mucus qui apparait sous forme de Fig. 75, — Coupe comprenant Loute petites masses irrégulières. l'épaisseur de la muqueuse. — Réà gion pylorique. — Transformation
Les lubes glandulaires sont plus Vsgueuse complète, — Il ne reste, ou moins longs et larges; le plus dansle tissu interstitiel épaissi t
souvent ils ne sont pas volumineux, … “léreux, aucune trace des glandes anciennes. — Grossissement
séparés entre eux par une ubon- {opdiamétres(G, HayemetG, Lion).
dante trame interslitielle. Leur dé-
veloppement n'est jamais comparable à celui des tubes peptiques. TRANSFORMATION KYSTIQUE, — Les glandes se dilatent en kystes
plus ou moins volumineux, tantôt réguliers à bords arrondis, tantôt
irréguliers à bords polyeyeliques. Leur partie centrale est remplie de
mucus ; leurs parois sont tapissées de cellules cylindriques et calici-
Étude histologique des ulcérations gastriqu:
Si l'on examine au microscope les lésions ulcératives, que voit-on au niveau des lésions ?
On note d’abord une vaso-dilatation générale excessive dans les parois de l'estomac, et particulièrement dans les vaisseaux de la sousmuqueuse et de la muqueuse : les capillaires et les veinules sont extrémement dilatés et gorgés de globules rouges.
La lésion capitale est une nécrose du tissu, débutant par la surface des glandes de la muqueuse, frappant les éléments en bloc, par ilots séparés à limites nettement tranchées et faisant contraste avec le tissu voisin sain.
A ce niveau, les tissus ne prennent plus la matière colorante; ils sont formés d'une mafière amorphe où lon ne trouve plus trace d'organisation (fig. 77).
A la périphérie on voit encore des lambeaux de vellules qui se colorent mal, mais qui ont perdu leur
Fig. T7. — Au centre de Ja figure on voit un foyer nécrotique à la périphérie duquel les éléments cellulaires reprennent noyau. À mesure graduellement lour aspect normal (d'après Dieulafoy).
qu'on s'éloigne du
foyer central, l'organisation cellulaire reparait (fig. 77). Cette néerose apparait par ilots semés au hasard, Elle frappe surtoutla muqueuse ; maiselle entame souvent la musculeuse, qu'elle creuse plus ou moins profondément : elle peut intéresser aussi les couches sous-jacentes. En tout cas, on n'observe aucune syslématisation, ni au point de vue des tissus, ni au point de vue des régions intéressées.
Très souvent la vaso-dilatation et la nécrose sont accompagnées d'hémorragies interslitielles, qui d'ailleurs peuvent manquer et que certains auteurs considèrent comme un fait accessoire. On voit alors dans toute une région le tissu interglandulaire farci de
pi