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GASTRITES CHRONIQUES SIMPLES

Nous admettrons trois divisions naturellement un peu artificielles, et faites seulement pour la commodité de ln description.

Gastrites parenchymateuses, — Ce sont celles où les lésions glandulaires dominent. Il en existe deux variétés.

a. La gastrite parenchymateuse hyperpeptique, où les cellules glandulaires se mulliplient, augmentent de dimensions et montrent

Fig. 80. — Coupe de la rügion peptique montrant ln gastrite avee prédominance des lésions interslilielles (Hayem et Lion).

des signes d'hyperactivilé tels que la multiplication des noyaux. Cette augmentation du nombre et du volume des cellules entraine l'augmentation de grandeur et de largeur des tubes (fig. 7).

b. La gastrite parenchymateuse dégénérative, où les éléments des glandes sont envahis par des lésions à tendance destructive (voir plus haut). La transformation des cellules peptiques en cellules cylindriques est la plus fréquente.

GASTRITES CHRONIQUES SIMPLES. 47 | Uleérations.— Les ulcérations ne sont pas très rares au cours des gastrites chroniques. Elles se montrent d'ordinaire sous forme d'érosions hémorragiques ou d'ulcérations plus larges, mais superficielles. On peut aussi trouver des ulcérations profondes, térébrantes, Nous

avons suffisamment insisté sur leur structure et leur histogenèse pour n'avoir pas à y revenir ici.

SÉMIOLOGIE

Chimisme gastrique. — C'est par l'examen du sue gastrique que se révèlent les lésions de la muqueuse gastrique, L'hyperchlorbydrie et l'hypersécrétion indiquent les lésions irrilatives caractérisées par l'hyperplasie des cellules glandulaires. L'hypochlorhydrie indique les lésions dégénératives,

Enfin la production exagérée de mueus indique l'existence du catarrhe, c'est-à-dire l'irritation et la multiplication du système des cellules de revêtement de la cavité stomacale.

En cas de lésions ulcéreuses, on trouve souvent, mélangée au mucus, une certaine quantité de sang, généralement sous forme de trainées ou de points noirâtres. Parfois le sang plus abondant donne au liquide gastrique une apparence gris noirâtre, Il arrive plus rarement que l'ulcération gastrique donne lieu à une abondante gastrorragie.

Nous avons, dans un chapitre précédent (Voy. Viciations de la sécrétion gastrique), diseuté la signification de l'hypochlorhydrie et de l'hyperchlorhydrie, notamment leur pathogénie. Nous prions nos lecteurs de s’y reporter, Mais nous croyons ici devoir résumer notre opinion à ce sujel en quelques propositions,

Les vices de la sécrétion gastrique peuvent être d'origine congénitale, d'origine fonctionnelle ou d'origine organique.

Ceux qui tiennent à des altérations glandulaires importantes de la muqueuse gastrique peuvent se reconnaître aux caractères suivants : 1"ils sont d'abord assez prononcés, les valeurs qui les représentent s'éloignant beaucoup des chiffres moyens considérés comme normaux; 2 si on procède à différentes reprises à des analyses de suc gastrique, on n'observe pas de variations importantes dans la teneur des différents éléments du suc gastrique, mais au contraire une stabilité assez grande, d'autant plus que le taux de ces éléments s'éloigne plus du taux normal; % l'hyperproduetion de mucus est toujours l'indice d'un catarrhe de la muqueuse; le plus souvent elle accompagne des allé-

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voit coexister avec loules les variétés possibles de troubles sécréloires.

Nous conelurons : la gastrite chronique ne s'exprime en clinique par aucun trouble fonctionnel qui lui appartienne en propre.

Lorsqu'il survient des troubles locaux importants, il faut ou bien admettre l'existence d'une poussée inflammatoire subaiguë, d'un catarrbe aigu de l'estomac, comme par exemple il s'en produit à la suite d'excès alimentaires ou médicamenteux ; où bien il faut invoquer l'action de troubles névropathiques de diverses origines amenant une hyperesthésie plus où moins marquée de l'estomuc.

Alb. Mathieu pense que la gastrite alcoolique est la seule qui s'exprime par des troubles fonctionnels locaux où généraux, mais il attribue ceux-ci beaucoup plus à l'action générale hyperesthésiante de l'alcool qu'à la lésion anatomique elle-même.

Il résulte de ce que nous venons de dire que la gastrite en elle-même ne donne lieu à aucune indication thérapeutique spéciale. On doit traiter les accidents avec lesquels elle coexiste sans se préoccuper de son existence. |

POLYADÉNOME

DÉFINITION

Le polyadénome de l'estomac consiste en une hypertrophie très marquée des glandes de l'estomac produisant un épaississement considérable de la tunique muqueuse qui fait saillie duns la cavité de l'estomac. La lésion est plus où moins étendue. Tantôt elle est localisée sur une petite étendue et donne lieu à la production de petits polypes plus ou moins saillants. C’est le polyadénome poly peux. Tantt la lésion plus étalée forme une masse plus importante et plus épaisse dont l'étendue est variable et qui, dans certains cas, peut oceuper presque tout l'estomac, c'est le polyadénome en nappe, ou polyadénome diffus.

Nous les étudierons successivement.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Lésions macroscopiques.

Polyadénome polypeux.— Le polvadénome polypeux, dit encore polype muqueux, polype glandulaire, a été le plus fréquemment observé. Il a été décrit par Morgagni et Cruveilhier, Lancereaux, Cornil, Brissaud, Ménétrier en France, par Virehow et par Ebstein en Allemagne. Le mémoire de Ménétrier a réuni lous les faits

en 1888. Depuis son mémoire, nous devons citer l'intéressante observation de Chaput.

Voici leur apparence macroscopique + l'estomac ouvert, on y trouve (lig. 82) de petites tumeurs en plus où moins grand nombre, variant entre deux ou Lrois à plus de cent. Elles sont de volume sensiblement égal : elles ne sont jamais très grosses (lentille, pois, naïiselte mx plus). Elles paraissent être nées ensemble et avoir subi la même évolution. A un certain degré de développement, elles cessent de s'accroître. Elles sont gris cendré, brunes où rougeätres. La forme en est variable, mais le type polypeux domine ; "elle à aspect

Fig. 82. — Polyadénome polypeux (d'après une pièce de Letulle}s

d'une petite tumeur arrondie, hémisphérique, renfle enmussuey rattachée à la muqueuse par un pédicule large où étroit Diautres fois on voit de petites tumeurs sessiles, arrondies ou hémisphériques-quien a comparées à des boutons ou à des papules (Brissaud)-

Dans tous les cas, la consistance en est molle et elles sontmobiles sur les parlies sous-jacentes, En les incisant par leurcentre onvoil qu'elles sont entièrement formées par la muqueuse el qu'au-dessous d'elle la celluleuse est libre et indépendante:

Toul es régions de l'estomac peuvent être intéressées, mais les lumeurs occupent de préférence les faces et la grosse lubérosite

Polyadénome en nappe. — Ici l'hypertrophie glandulairesstest produite simullanément sur une assez grande étendue; parfois surix

pe

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presque totalité de la muqueuse gastrique (fig. 83), L'aspect en larges plaques a remplacé l'aspect polypeux. Ces cas sont plus rares que les précédents. Nous en avons cependant observé un cas très curieux chez un malade mort de cirrhose hypertrophique biliaire. L'estomac était de dimensions normales extérieurement, mais à l'intérieur sa cavité était presque comblée par le fait d'une hypertrophie généralisée de la muqueuse, épaisse de plus d'un demi à deux centimètres et

Fig. 83. — Polyadénome en nappe (d'après Cruvoilhier).

formant de gros plis s'engainant entre eux. A la coupe, les autres uniques avaient conservé leur aspect normal, seule la muqueuse formait ces saillies qui donnaient à la surface intérieure de l'estomac l'aspect des circonvolutions cérébrales dépouillées de la pie-mère. La muqueuse qui tapissail ces replis avait une surface villeuse, Andral a décrit un cas identique, et Cruveilhier en a reproduit un semblable dans son Atlas, Ménétrier a rapporté deux cas où les plaques, moins étendues, avaient cependant les mêmes caractères macroscopiques, Dans un des cas de ce dernier auteur, la plaque polyadénomateusé n'occupait qu'une partie de l'estomac; elle était accompagnée sur un autre point d'un polyadénome polypeux, ce qui permet d'établir l'identité de nature de ces deux formes.

Lésions microscopiques.

Polyadénome polypeux, — En employant un faible grossisse-

ment, on voit que le polype est formé au centre par du tissu conjonctif

et des vaisseaux qui viennent de la sous-muqueuse (fig. 84), et que Sourautr, — Mal. de l'estomac, a

des végétations dendritiques. Leur partie centrale renferme du imueus.

Le tissu interglandulaire est augmenté d'épaisseur. Iles formé d'un tissu conjonctif jeune à nombreux noyaux embryonnaires, abondant entre les tubes, plus abondant encore à la surface de la muqueuse et qui donne lieu à de petits bourgeonnements villeux.

En dehors de ces formations polyadénomateuses, la muqueuse parait saine, où présente des altérations cadavériques banales. Le microscope décèle des lésions habituellés de gastrite chronique. Les culs-de-sac glandulaires présentent des allérations de gastrite catarrhale. :

Polyadénome en nappe. — Il à sensiblement la méme structure histologique. La muscularis mucosæ est conservée el se contourne en suivant les replis muqueux, Ceux-ci sont constitués de la même façon que dans la forme localisée. Les cavités kystiques seraient moins fréquentes ; au contraire, on constaterait plutôt l'allongement des glandes, maissans bosselures, ni sinuosités de leur extrémité profonde. Leur 6pithélium est cubique, prismalique ou eylindrique clair, Le tissu conjonctif interstitiel est moins développé; au demeurant, il est constitué de la même façon par des cellules jeunes, rondes, sans tissu fibroïde.

Dans presque toutes les observations de polyadénome où les gan- &lions ont été examinés, on les a trouvés indemnes de loute lésion.

SÉMIOLOGIE

Le polyadénome n'a pas d'histoire clinique. L'alfection reste obscure et latente. Jusqu'ici elle a toujours constitué une surprise d’autopsie. Dans un cas de Ménétrier, il existait de l'œdème, de l'ascite, des symptômes de cirrhose atrophique.

Dans le cas que nous avons personnellement observé, le malade présentait tous les signes de la cirrhose hypertrophique biliaire de Hanot, dont les lésions ont été très nettement constatées à l'autopsie.

PATHOGÉNIE

On ne sait rien de l’étiologie du polyadénome. C'est une affection rare qu'on rencontrerait surtout chez les gens âgés. Ménétrier a noté l'existence de l'athérome chez ces malades ; il a noté aussi l'association fréquente du polyadénome gastrique avec d'autres néoplasies

POLYADÉNOME À TYPE BRUNNÉRIEN. 485

queuse est saine, ses plis sont conservés, elle est seulement un peu épuissie; les parties sous-jacentes sont normales. En d'autres points, elle est lisse et les parties sous-jacentes sont épaissies. Enfin la lésion est presque loujours ulcérée sur une étendue variable, Dans tous les © as publiés, il existait un uleère plus ou moins développé, tantôt superficiel, tantôt assez profond pour perforer la paroi stomacale.

Lésions microscopiques. — L'étude histologique montre les particularités suivantes (fig. 86).

Si on fait une coupée à la périphérie de la tumweur, loin de l'ulcère, on voit un tissu ayant l'aspect du duodénum normal au niveau de sa portion justa-pylorique. Dans la muqueuse, on voit audessous de la zone superficielle où il existe des altérations cadavériques, une zone profonde constituée par des tubes glandulaires dont les euls-desue revétent l'aspect de ceux des glandes de Brunner, Les tubes glandulaires adénomateux poussent des prolongements à travers la musculeuse et forment dans le tissu glandulaire sous-muqueux des lobules glandulaires très serrés, reproduisant exactement l'aspect de la couche externe des glandes de Brunner, La couche museulaire à ce niveau n'est pas entamée : elle est séparée du tissu glandulaire par une couche conjonctive assez épaisse; elle est cependant assez hypertrophiée et semée de cellules rondes.

Au niveau de l'uleère, on voitque la couche RTE est entamée profondément par un processus de j Ca se partie profonde, on ne trouve à e q u

Fig. #6. — Aspect microscopique du polyadénome brunnérien [d'après Hayern).

os |

ATROPHIE TOTALE DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. as

préexistantes (glandes à type pylorique dont il existe toujours quelquesunes mélées aux glandes peptiques dans toutes les régions de l'estomac) (Hayem), soit qu'elle a pour origine une malformation congénilale résullant de l'existence de glandes de Brunner aberrantes en différents points de la paroi gastrique.

Cette variété de tumeur, bien que rentrant dans la catégorie des tumeurs bénignes, se comporte de manière à acquérir une certaine malignité : ulcération plus ou moins rapide avec tendance à la perforation, production de lésions cancéreuses histologiquement appréciables. Cependant il est curieux de remarquer que la tendance à la généralisation est faible. Dans le cas qui nous est personnel, le polyadénome à type brunnérien a été enlevé par pylorectomie Nous avons vu que la prolifération cancéreuse y élait importante, et pourtant le sujet, opéré par Hartmann depuis six ans, est encore actuellement vivant el bien portant, Aucune récidive ne s'est produite, C'est là, on en conviendra, une survie exceplionnelle, et l'on est en droit de se demander si la bénignité de la tumeur n'y est pas pour beaucoup.

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