COMPLICATIONS DE L'ULCÈRE DE L'ESTOMAC
L'ulcère de l'estomae, en se développant, donne lieu à des lésions de voisinage extrêmement variées que nous allons successivement passer en revue.
1° Ulcération des vaisseaux. — La gastrorragie esl un des symptômes les plus fréquents de l'ulcère : il est probable même qu'elle en est un signe constant, quoique la perte de sang qu'il pro voque soit souvent trop légère pour provoquer une hématémèse ou un mékæna. Son abondance résulte non pas des dimensions de l'ulcère perforant, mais bien des dimensions du vaisseau dont la paroi est détruite et de l'état de ses parois : de pelits ulcères, même fort difficiles à retrouver à l'autopsie, peuvent provoquer des hématémèses foudroyantes, tandis que des ulcères larges, étendus et profonds peuvent évoluer sans s'être manifestés pur aucun accident de ce genre.
Selon les cas, ce sont les vaisseaux capillaires, les artères el les veines de la sous-muqueuse où de la musculeuse, ou encore les gros vaisseaux en contact direct avec |
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Forme, — La forme de l'uleère est en général ronde ou ovale, d'où le nom d'uleus rotundum sous lequel on le désigne depuis Cruveilhier, C'est surtout l'ulcère aigu qui est aussi nettement arrondi, car dans l'ulcère chronique, on peut observer une grande variété d'aspect: onen trouve, à côté de ronds où d'ovales, des quadrilatères, Lriangulaires, linéaires, oblongs irréguliers el polyeyeliques. La variété annulaire est tout spécialement remarquable. On peut en distinguer deux variétés, selon que l'anneau formé par la perte de substance est complet ou incomplet.
La première forme une bande qui encerele un des orifices de l'eslomac, spécialement le cardia et aussi la région du pylore, plus rarement l'anneau pylorique même. La deuxième, désignée par les Anglais sous le nom d'ulcère en fer à cheval (#orseshoe), se rencontre de préférence au centre du viscère, à l'union de la portion cardiaque et de la portion pylorique : d'ordinaire, la lésion ulcéreuse, atteignant sa plus grande intensité à la face postérieure de l'estomac, intéresse la petile courbure et se propage sur la face antérieure, sans alteindre la grande courbure.
Nolons qu'assez souvent on rencontre, surtout à la région pylorique, deux uleères exactement superposables et étant comme plaqués l'un sur l'autre.
Siège. — L'ulcère rond peut siéger en tous les points de l'estomue, 1nais il occupe de préférence certaines régions : l'ulcère aigu se lrouve avec une égale fréquence dans la zone pylorique, la zone moyenne et la zone cardiaque, occupant de préférence le voisinage de la pelile courbure (60 p. 100 des cas), puis, par ordre décroissant, la face poslérieure (36 p. 100) et la face antérieure (18 p. 100). L'ulcére chronique se rencontre, dans la lrès grande majorité des cas (16 p. 100 environ), au voisinage du pylore, très rarement dans la zone moyenne (10 p. 100), rarement aussi dans la zone cardiaque (14 p. 100). Dansces différentes zones, l’ulcère chronique occupe le plus souvent le voisinage de la petite courbure (36 fois sur 100), puis la face postérieure {25 fois sur 100), puis bien moins souvent la face antérieure (8 lois sur 100), la grande courbure (4 p. 100) et tout à fait exceptionnellement la grosse tubérosité (3,5 p. 100). En somme, il faut retenir que c'est dans la région prépylorique que l'ulcère se localise dans la très grande majorité des cas,
Trop souvent l'ulcère de l'estomac peut progresser pendant des années en suivant une marche lente, chronique, subaiguë, avec des rémissions el des exacerbations, mais sans jamais interrompre son
proliférées, tandis que les cellules de bordure sont peu distinctes,
La museularis mucosæ est peu modifiée,
La sous-muqueuse est gonflée et son tissu distendu par un œdème considérable, mêlé de cellules embryonnaires plus abondantes au voisinage de l'ulcère ; d'après Hayem el Lion, ces cellules rondes sont en somme peu abondantes, tandis que la plupart des auteurs les considérent comme très abondantes.
Les fibres des luniques musculaires sont également distendues par l'œdème ét par des cellules rondes qui dissocient les fibres. Au bord de l'ulcère, la section des fibres est nette,
L'état des vaisseaux est diversement décrit par les auteurs. Hayem
Fig. 90. — Coupe d'un uleère récent.
Mug. muqueuse; M. M. museulnire muqueuse; Sous-Muq.. sous-muquense : Mure. musculaire.
et Lion disent que les lésions vasculaires sont peu prononcées : un peu de distension des capillaires remplis de sang coagulé et contenant parfois des blocs hyalins et des artères nettement sectionnées, présentnt peu d'altérations de leurs parois. Cornil et Ranvier, Letulle ont noté des lésions plus où moins notables d'endartérite, et Galliard a aussi vu les paroïs des artérioles, infiltrées d'éléments embryonnaires dès les périodes de début de l'ulcère.
Quand l'uleère est examiné à une période plus avancée (fig. 91), la zone de désintégration moléculaire a disparu : les bords de la solution de continuité sont libres ou infiltrés d'un peu de sang. Tout autour se fait dans les tissus une réaction inflammatoire, sous forme d'une exsudation abondante de cellules rondes.
La muqueuse, la celluleuse, la musculeuse sont ainsi iniltrées d'éléments embryonnaires qui les dissocient et les détruisent; l'in-
Mug, muqueuse ; Sous-Mug.,
ration embryonnaire des parois do élastiques sont détruits d'une façon |
A mesure que l’ulcère devient plus ancien, une place de plus en plus importante. L très épaissi par des éléments embryon jonclives fibroïdes; les glandes, au p détruites, leurs orifices oblitérés et leurs © thélium est devenu cubique ou est dé trie parenchymateuse hyperpeptique se re perte de substance. Les tuniques celluleus épaissies et infiltrées de cellules rondes el de adhèrent intimement l'une à l'autre, Les épaissies et souvent oblitérées.
Lorsque l'ulcère est cicatrisé, le tissu fibreux adulle a remplacé les éléments embryonnaires et les éléments nobles : le fond, les bords et les parois de l'uleère sont remplacés par un tissu dur, lardacé, traversé par des vaisseaux plus où moins nombreux, à parois épaisses el adhérentes au tissu fibreux qui les maintient largement béants : les | glandes, très réduites de nombre, sont dilatées, déformées, méconnais- | sables. Hauser le premier a signalé qu'elles peuvent subir des trans- | formations diverses etse présenter soit saus forme de petits kystes, soit sous forme de productions adénomateuses avec bourgeonnement actif des culs-de-sac. Pour Hauser, elles sont la conséquence de l'irritation qui accompagne le travail de cicatrisation. Le plus souvent les productions adénomateuses sont limitées par la muscularis mucosæ; mais dans un certain nombre de cas, le polyadénome envahit les luniques sous-jacentes, se transformant ainsi en productions cellulaires envabhissantes, c'est à-dire én cancer,
Un certain nombre de travaux ont paru sur cette question de ln transformalion de l'ulcère en cancer. En France, d'importants articles ont été écrils par Mathieu, Dieulafoy, Hayem qui ont défendu les conplions de Hauser et des auteurs allemands, tandis qu'elles étaient attaquées par Tripier (de Lyon) et son élève Duplan. |