SYPHILIS DE L’ESTOMAC
Quelques auteurs, Engel et Lang’, admettent que ce processus est fréquent. Neumann l’estime à 10 p. 100. Galliard pense qu’il est rare, mais que son existence n’est pas contestable. La conception de l’ulcère rond syphilitique paraît confirmée au point de vue clinique par des faits que nous rapellerons dans un instant.
Enfin il existe un certain nombre d’observations (Osler, Rosanow, Capozzi, Fiouppe, etc.) où il existait des érosions et des ulcérations peu profondes chez des syphilitiques avérés. Ces ulcérations superficielles étaient-elles d’origine spécifique? le fait est difficile à affirmer,
ÉTUDE CLINIQUE
Les phénomènes gastriques ne sont pas rares au début de la syphilis récente. Dans la période d’invasion, on note des troubles de dyspepsie banale, anorexie, pesanteurs, renvois, digestion paresseuse, langue chargée, perversions du goût. Parfois les phénomènes sont plus sérieux : nausées, vomissements, coliques, diarrhée (Jullien). Ces phénomènes s’observent avant l’institution d’un traitement, coïncident avec le début de la période secondaire et accompagnent souvent l’éclosion d’éruptions muqueuses et cutanées.
Fournier a insisté sur l’existence de la boulimie dans les formes graves de la syphilis. Elle apparaîtrait du troisième au sixième mois et s’accompagnerait de fièvre. La polydipsie lui serait souvent associée. D’après lui, elle serait d’origine stomacale; d’après Staub, d’origine centrale. Dans un cas, elle coïncidait avec des troubles oculaires.
En cas de lésions syphilitiques stomacales (gommes ou ulcérations), on observe les phénomènes de dyspepsie banale.
La syphilis peut se révéler cliniquement sous Informe de symptômes attribuables à une lésion organique.
Tantôt elle peut simuler les allures du cancer. Les malades, avec des troubles dyspeptiques plus ou moins intenses parmi lesquels l’anorexie domine, maigrissent, s’affaiblissent et pâlissent. La palpation de l’estomac ne révèle aucune lésion, ou bien parfois on trouve une tumeur ou une induration diffuse. Il existe plusieurs observations de ce genre (Cornil, Jullien, Hayem, etc.).
Hayem, dans un travail récent, cite des observations de malades présentant des signes de sténose pylorique avec ou sans tumeur appréciable cliniquement, mais considérés comme dus à un cancer du pylore. Chez un malade, les lésions disparurent par le traitemÊiit mercuriel, tandis que chez l’autre, opéré de pylorectomie, l’examen histolog'ique permit d’établir la nature syphilitique des lésions.
ÉTUDE CLINIQUE
Les cas les plus connus et*qui ont été publiés par Andral, Fournier, Cornil et Dieulafoy, sont les cas de syphilis gastrique ayant revêtu les allures de l’ulcère rond avec grandes hématémèses. Outre deshémorragies abondantes, ces malades avaient de vives douleurs et quelquesuns présentaient des phénomènes très nets de sténose pylorique. Le traitement spécifique les guérit radicalement.
Il n’est pas douteux que certains phénomènes dyspeptiques éclatant au cours de la période secondaire de la syphilis ne soient sous l’influence de l’infection spécifique. On les voit souvent s’améliorer parle traitement dirigé contre cette maladie.
Enfin des vomissements souvent fort intenses peuvent se montrer sous l’influence de lésions syphilitiques cérébro -bulbaires. Lorsque ces accidents sont accompagnés d’autres troubles syphilitiques, le diagnostic en est aisé. Mais souvent ceux-ci sont frustes et passent inaperçus. On ignore alors la cause des accidents gastriques, qui sont souvent tenaces, résistent à tous les traitements, et, en empêchant l’alimentation, provoquent l’inanition et un état général grave. Nous avons eu un exemple de ce genre chez un jeune homme de vingtcinq ans. Quand il vint nous trouver, il présentait depuis quelques mois des troubles dyspeptiques vagues, quelques vertiges et un peu d’amaurose de l’œil droit. Depuis quelques jours, il rendait tout ce qu’il prenait. Les vomissements nauséeux se faisaient en fusée sans aucun effort. On constatait une langue sale avec état saburral des voies digestives. Aucun traitement n’arrivait à juguler ces vomissements. Nous instituâmes des lavements iodurés et des injections mercurielles sous-cutanées. Les résultats furent remarquables : le lendemain, les vomissements diminuaient de nombre et quatre jours après le début du traitement le malade prenait deux litres de lait. Ce jeune homme est actuellement bien portant.
La conclusion, c’est que la syphilis gastrique est plus fréquente qu’on ne se l’imagine. Elle n’a pas de caractères cliniques définis et peut simuler toutes les gastropathies. Aussi il est bon, chez un syphilitique avéré souffrant de troubles dyspeptiques, d’instituer le traitement spécifique. Celui-ci s’impose si, en même temps que les troubles dyspeptiques, existent des manifestations syphilitiques diverses.
Le traitement des accidents syphilitiques gastriques ne diffère pas de celui des autres accidents viscéraux. Il faut seulement éviter de donner les médicaments par la voie gastrique. Les injections ou les frictions mercurielles et l’administration de l’iodure de potassium en lavement dans du lait donneront de bons résultats.