‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 101 sur 175 · SYPHILIS DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

SYPHILIS DE L’ESTOMAC

La syphilis de l’estomac s’observe très rarement ; il en existe bien peu d’observations anatomiques et le diag-nostic, dans la plupart des cas, est entouré de telles difficultés qu’il ne peut cliniquement être posé avec certitude. Jusqu’ici c’est seulement en s’appuyant sur les bons effets du traitement mercuriel que l’on a pu dans quelques cas en soupçonner l’existence.

La syphilis gastrique doit être envisagée successivement au point de vue anatomique et au point de vue clinique.

ÉTUDE ANATOMIQUE

Les lésions ont été rarement observées. Ghiari a examiné l’estomac de 243 syphilitiques, morts de diverses affections. Il n’a rencontré que trois fois des lésions spécifiques de l’estomac. Les observations de Wagner, Lancereaux, Klebs, Cornil, Chiari, Birch-Hirschfeld, Galbard nous permettent de décrire les lésions des gommes stomacales.

Les gommes forment des tuméfactions arrondies, platès, nettement circonscrites ; elles siègent sous la muqueuse et font une saillie plus ou moins volumineuse à l’intérieur de l’estomac. Elles sont d’ordinaire multiples. A leur niveau, la muqueuse est épaissie, lisse et brillante, jaune pâle. Parfois elles sont ulcérées. Leurs dimensions sont de 1 à 5 centimètres de diamètre. Elles siègent surtout le loDg de la petite courbure et dans la région pylorique. Les g’ommes de l’estomac évoluent suivant deux stades ; ramollissement et sclérose.

Lorsque la gomme se ramollit, elle évacue son contenu dans la cavité et il en résulte un ulcère en général assez superficiel. L’ulcération gommeuse est plus profonde et plus importante au niveau de la sous-muqueuse qu’au niveau de la muqueuse. Les bords sont irréguliers, dentelés, épaissis, surplombants. Le fond est recouvert d’une masse gélatineuse jaune, molle, qui encrasse les bords, sur une hauteur plus ou moins grande.

Ces caractères la différencient de l’ulcère rond. Mais il est difficile

ÉTUDE ANATOMIQUE

de distinguer les vieux ulcères simples, étendus, à bords épaissis et fibreux, des ulcères anciens cicatrisés consécutifs aux gommes.

Les gommes syphilitiques de l’estomac coïncidant souvent avec des gommes de l’intestin et du foie, celles-ci plaident en faveur de la nature syphilitique d’une ulcération stomacale.

La structure de la gomme est celle de toutes les lésions syphilitiques du même ordre. On peut, en même temps qu’elle, trouver dans l’estomac d’autres lésions.

Hayem a examiné deux pièces anatomiques dont il donne la description suivante : dans un premier cas, il s’agissait d’une infiltration plastique de la région pyloro-duodénale, véritable linite, s’étendant de la face péritonéale à la muqueuse. La partie externe de la pièce était recouverte de fausses membranes qui l’attachaient aux organes voisins. Au microscope, on constata une infiltration fibroïde ayant envahi les couches externes de l’estomac et renfermant des nodules qui ne pouvaient être que de petites gommes. — Dans une deuxième observation, le pylore présentait un épaississement et une induration diffuse, sans tumeur en plateau. La muqueuse était rouge, œdémateuse. Elle était soulevée par places par des saillies en larges mamelons et abrasée sur une assez grande étendue, représentant une sorte d’exulcération irrégulière, à bords festonnés, à fond craquelé.

A la coupe, l’épaississement de 2 centimètres environ est constitué par une infiltration plastique de la musculaire. La paroi stomacale au centre est formée par cette couche musculaire. De ce point central, partent des bandes fibreuses, qui se prolongent dans la couche celluleuse et en débordant un peu dans la musculeuse et dans la muqueuse. L’examen histologique montre un tissu conjonctif adulte, vasculaire, œdémateux, et des nodules périvasculaires discrets. Dans le tissu musculaire, on trouve des cloisons musculaires épaissies et des traînées lymphatiques le long des vaisseaux. Aux environs de l’exulcération, la muqueuse présente les lésions de la gastrite chronique.

Les vaisseaux sont nombreux aux environs de la lésion, mais ils ne sont pas atteints d’endartérite. Un grand nombre de nodules adhèrent à leur paroi externe. Ils sont composés de la façon suivante : à la périphérie, des cellules assez grandes, plates, irrég'ulièrement quadrilatères, à protoplasma opaque avec un ou deux noyaux très color*és ; plus en dedans, on voit des cellules lymphoïdes avec des globules blancs polynucléaires; dans le centre, enfin, des amas de cellules lymphoïdes et çà et là des lacunes résultant de la fonte de ces éléments. ulcère rond de Cruveilhier peut-il être d’origine spécifique?

Page 1