DIVISION DES EAUX MINÉRALES
moins vrai que, si les eaux minérales n’ag-issent pas comme les substances chimiques qu’elles contiennent, elles agissent dans le même sens que ces substances, et, si je puis m’exprimer ainsi, comme ces substances dynamisées. Je n’entreprendrai pas de définir ce mot. Cela m’entraînerait bien loin du but que me trace le titre de cet article.
Toutes les eaux minérales peuvent être groupées d’après leurs principes dominants dans une des divisions suivantes :
1° Eaux alcalines (sodiques ou calciques) ;
2® Eaux chlorurées (sodiques ou magnésiennes) ;
3® Eaux mixtes, alcalines chlorurées;
4» Eaux sulfatées (sodiques, magnésiennes ou calciques) ;
5» Eaux mixtes, sulfatées chlorurées;
6® Eaux mixtes, alcalines sulfatées chlorurées;
7® Eaux ferrugineuses;
8® Eaux arsenicales ;
9® Eaux sulfureuses ;
10® Eaux thermales indifférentes.
Il ne faut pas se dissimuler que cette classification est très artificielle. En réalité, il n’existe pas d’eau minérale qui ne renferme qu’une substance active, et toutes pourraient théoriquement être classées dans les eaux mixtes. En pratique, il arrive que, dans certaines eaux, un des éléments constitutifs prend une importance tellement prépondérante qu’il peut être considéré comme fournissant la caractéristique de cette eau.
Avant d’aborder l’étude de chacun de ces groupes, il est une distinction primordiale à établir entre les eaux qui les constituent. Les unes sont chaudes, les autres sont froides. Au point de vue thérapeutique, la thermalité joue un grand rôle, et, pour ne pas être exposé à des redites, je dois dire quelques mots relativement à 1 influence de cette thermalité dans les affections de l’estomac.
Je crois avoir le pr emier, en 1894, recherché l’action de la température des boissons sur la sécrétion gastrique. Je constatai très nettenient que les boissons froides sont les plus excitantes de cette sécrétion, que tes boissons à température voisine de celle du corps le sont le moins, et que les boissons très chaudes sont un peu plus excitantes que ces dernières, tout en l’étant moins que les premières. Ces boissons très chaudes sont en outre sédatives des spasmes pathologiques. Leur action résolutive des douleurs nerveuses est incontestable.
SoüPAULT. — Mal. de l’estomac.
On peut en déduire une première conclusion : c’est que, pour les cures internes des hyperchlorhydriques, la préférence devra être donnée aux sources chaudes. Dans les stations où les médecins ont à leur disposition des sources chaudes et froides, la tradition s’est établie, en dehors de toute idée préconçue, de n’utiliser que les premières, et, dans d’autres où toutes les sources sont froides, l’usag-e a pris naissance de les faire chauffer au bain-marie avant l’ingestion.
Ce que je viens de dire de l’hyperchlorhydrie peut s’appliquer à toutes les manifestations d’excitabilité exagérée du système nerveux gastrique, gastralgie, crampes, spasmes pyloriques, hyperesthésie gastrique, vomissements nerveux.
Pour ce qui est des hypochlorhydriques, l’expérience prouve qu’ils peuvent se trouver bien des eaux froides. Les succès obtenus dans les stations de Vais, de Fougues le prouvent. Toutefois, on. ne saurait affirmer qu’elles leur sont plus favorables que les sources chaudes. A Vichy, où les médecins ont le choix entre des sources de composition semblable et de température variable, c’est à l’eau tiède de l’Hôpital plutôt qu’à l’eau froide des Célestins qu’ils s’adressent quand ils cherchent à stimuler la sécrétion gastrique.
S’il s’agit d’une cure balnéaire, la supériorité des eaux chaudes est incontestable, et à elles seules il faut demander l’action sédative du système nerveux qui a fait la notoriété de Plombières, de Néris, et que ne peut réaliser la balnéation à l’eau minérale réchauffée.