I. — EAUX ALCALINES
Les eaux alcalines peuvent se diviser en deux groupes ; les bicarbonatées sodiques, dont les types sont les eaux de Vichy, Vais, Montrond, le Boulou, en France; Neuenahr, Pachingen en Prusse; Bilin èn Bohême.; et les bicarbonatées calciques et magnésiennes, telles qu’on les trouve à Fougues, Saint- Galmier, Saint-Alban, Wildungen, Alet, Évian. Les eaux potables, en général, se rangent dans ce dernier groupe.
Toutes les eaux alcalines renferment en quantité très variable de l’acide carbonique libre (5 centimètres cubes par litre dans l’eau d’Évian,plus d’un litre dans les sources Magdeleine et Précieuse de Vais, dans les eaux de Fougues, du Boulou). Les eaux embouteillées renferment quelquefois une quantité plus grande encore de ce gaz ; elles sont alors arüficiellement gazéifiées : telles les eaux d’Apollinaris.
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Les sources chaudes sont parfois très riches en acide carbonique dans leur trajet souterrain, mais elles laissent échapper en jaillissant la plus grande partie de leur gaz.
L’acide carbonique ne se trouve pas exclusivement dans les eaux alcalines. Je citerai tout à l’heure un certain nombre d’eaux chlorurées qui en renferment de grandes quantités (Hombourg, Kissingen,etc.).
L’action de l’acide carbonique sur les fonctions g’astriques a été étudiée par Jaworski. Il excite la sécrétion et augmente l’appétit. On lui attribue une action excitatrice des mouvements péristaltiques et des propriétés analgésiques légères. L’usage habituel d’une eau très gazeuse tend peut-être à développer l’atonie gastrique.
C’est donc plutôt aux hypochlorhydriques qu’il faudra réserver les eaux très gazeuses, et on devra les éviter chez leshyperchlorhydriques.
Eaux bicarbonatées sodiques. — L’action du bicarbonate de soude sur la sécrétion gastrique a été étudiée par un grand nombre' d’expérimentateurs, dontles conclusions sont loin d’êtreconcordantes. On peut même dire qu’il n’est pas, relativement à cette action, une opinion théoriquement possible qui n’ait trouvé un défenseur.
On peut admettre que le bicarbonate de soude est constamment et à toutes doses un excitant de la sécrétion gastrique. C’est l’opinion à laquelle je suis resté fidèle depuis les expériences que j’ai faites en 1894, en collaboration avec G. -H. Lemoine. C’est celte qu’admettent Robin et Mathieu.
Par contre, Hayem, dans ses Leçons de thérapeutique publiées vers la même époque, l’a considéré comme toujours dépresseur.
Antérieurement, Trousseau, tout en admettant, avec Claude Bernard, l’action excitante des petites doses, attribuait aux hautes doses une action dépressive.
Pour Gilbert, l’action est variable, non pas suivant la dose, mais suivant la capacité sécrétoire de l’estomac dans lequel on introduit le médicament. Celui-ci est excitantpour les hypochlorhydriques, dépresseur pour les hyperchlorhydriques, c’est-à-dire toujours utile.
Hayem, dans ses publications les plus récentes, a modifié son opinion première et a pris le contre-pied de celle de Gilbert. Pour lui, le bicarbonate de soude agit comme excitant chez les hyperchlorliydriques, comme dépresseur chez les hypochlorhydriques, c’est-àdire qu’il est toujours nuisible.
Il ne restait plus qu’une opinion à émettre, c’est que le bicarbonate de soude est sans action et n’agit que comme l’eau dans laquelle il est dissous. Reichmann l’a faite sienne.
Cette énumération, qui n’a aucune prétention à être un historique suffit à faire prévoir combien les cliniciens les plus versés dans l’étude de la pathologie gastrique seront peu d’accord sur les indications des eaux bicarbonatées sodiques dans les affections de l’estomac.
Les uns les prescrivent aux hypochlorhydriques et les redoutent pour les hyperchlorhydriques; d’autres les réservent aux hyperchlorhydriques et les interdisent aux hypochlorhydriques ; quelques-uns les conseillent indifféremment dans l’un et l’autre cas ; d’autres les trouvent toujours contre-indiquées.
En présence de ces contradictions, devons-nous nous borner à déclarer impossible, en l’état actuel de la science, la solution d’une question aussi controversée? Il ne me le semble pas, et je pense au contraire que, de l’analyse rigoureuse de toutes les expériences effectuées, on peut tirer une conclusion unique, et, je crois, définitive. Les résultats expérimentaux sont en effet, en réalité, beaucoup plus constants qu’ils ne paraissent, et une erreur d’interprétation les a seule fait considérer comme contradictoires.
Il faut considérer au bicarbonate de soude deux actions :
1“ Une action chimique. C’est l’action saturante de l’acidité. Elle s’exerce dans l’estomac comme dans un verre à expérience et ne saurait fournir matière à aucune contestation ; ,
2° Une ÿiCiion physiologique. C’est Faction modificatrice de la fonction sécrétoire de la muqueuse . C’est elle qui a donné lieu à controverses. J’admets qu’elle est toujours, et quelle que soit la dose employée, excitante.
Mais, pour la mettre en évidence, il faut éviter qu’elle ne soit masquée par Faction chimique, et c’est ce dont ne se sont pas suffisamment préoccupés les divers expérimentateurs. Je ne puis insister sur une discussion que j’ai développée ailleurs (1), je ne veux qu’ajouter àcette notion de Faction excitante du bicarbonate de soude, la proposition suivante, que nous avons déduite, Lemoine et moi, de nos recherches sous la forme d’un théorème :
La sensibilité d'un estomac au bicarbonate de soude est en raison inverse de la richesse en acide chlorhydrique de sa sécrétion.
La connaissance de cette loi est très importante pour l’application du traitement hydrominéral dans les stations d’eaux alcalines ; elle explique comment des effets d’excitation très remarquables peuvent
(1) Linossier et Lemoine, Contribution à l’étude des alcalins sur la digestion gastrique chez rbomme [Arch. gén. de méd., 1893). Action du bicarbonate de soude sur la sécrétion gastrique {Bull. gén. de ihérapeutique, 1894 et 1896).
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s’observer à la suite de l’ingestion de doses minimes chez les sujets à sécrétion presque tarie, et pourquoi on peut ne pas constater cette excitation, quand on traite un hyperchlorhydrique par des doses relativement élevées des mêmes eaux.
J’ajoute, pour être complet, que le bicarbonate de soude dissout le mucus; que, d’après Mathieu, il stimule la musculature stomacale; enfin, qu’il agit très favorablement sur la plupart des douleurs et malaises gastriques qui apparaissent vers la fin de la digestion, quel que soit d'ailleurs le type chimique de la sécrétion (1). Cette dernière propriété est celle à laquelle Soupault et Binet accordent le plus d’importance (2).
Les notions que je viens d’exposer sont intéressantes, mais ne nous apprennent qu’une chose, l’effet immédiat de l’ingestion d’une eau minérale alcaline. Elles ne nous permettent pas de prévoir l’action éloignée du traitement thermal, la seule qui intéresse le médecin au moment où il a à prescrire un tel traitement.
Cette action éloignée est beaucoup plus mal connue. Les recherches auxquelles elle a donné lieu ont surtout porté sur les conséquences de l’abus des alcalins et ont abouti à deux conclusions^, que je ne puis ne pas discuter en quelques mots.
La première a dû au grand nom de Trousseau une fortune exagérée : c’est que l’abus du bicarbonate de soude peut engendrer l’anémie et même un état de cachexie particulier. La peur de la cachexie alcaline a conduit à une alcalinophobie^ suivant l’expression de Huchard, qui n’est pas encore entièrement dissipée. Et cependant les véritables orgies de bicarbonate de soude auxquelles a conduit dans . ces vingt dernières années la notion nouvelle de l’hyperchlorhydrie ont suffisamment montré l’innocuité de ce sel. On ne compte plus les observations de malades qui ont pris pendant des mois de 15 à 30 grammes de bicarbonate de soude par jour, et en ont retiré grand profit, non seulement au point de vue exclusivement gastrique, mais au point de vue de leur santé g’énérale. J’ai publié, d’après Tixier, l’observation d’un hyperchlorhydrique qui était arrivé à en ingérer plus de 100 grammes par jour, sans aboutir à la cachexie.
Ge n’est pas que je veuille donner cet exemple comme un exemple à suivre. Il y a eu, dans le cours de ces dernières années, des
(1) Linossier, Sur l’action analgésique du bicarbonate de soude dans les affections digestives (Bulletin médical, 1895).
(2) Binet, Les alcalins (Thèse de Paris, 1905).
alcalinomanes, comme il y a des morphinomanes, qui ont abusé sans utilité, d’un excellent médicament. Sans les imiter dans leurs bus, on peut tirer de leur observation la conclusion que le bicarbonate de soude est un remède à coup sûr inotïensif aux doses beaucoup plus modérées qu’ing-èrent, au cours d’une saison, les malades adressés aux eaux minérales alcalines.
Plus récemment, on a fait au bicarbonate de soude en excès un autre reproche, celui de provoquer l’atrophie glandulaire de la muqueuse gastrique. Ce reproche ne me paraît pas plus justifié. Hayem prétend au contraire que l’hyperchlorhydrie, c’est-à-dire l’activité sécrétoire de la muqueuse, est exagérée par un traitement prolongé et intensif au bicarbonate de soude; il a trouvé une chlorhydrie de 4,83 p. 1 000 chez un malade abusant depuis huit ans du bicarbonate de soude (jusqu’à 40 grammes par jour, plus une bouteille d’eau de Vichy). 11 est vrai que le même auteur admet que le bicarbonate de soude exag’ère l’hypochlorhydrie. En vertu delà loi que j’ai posée plus haut, il est certain qu’il faut être beaucoup plus modéré dans son emploi, quand la sécrétion chlorhydrique . a tendance à se tarir. Moyennant cette précaution, on ne fait courir aucun risque au malade en excitant modérément ses glandes inactives. Si, dans l’un ou l’autre cas, on a observé l’atrophie glandulaire de la muqueuse chez des malades traités au bicarbonate de soude, c’est très vraisemblablement que cette atrophie a été le résultat de l’évolution naturelle de leur affection, et rien ne prouve que le médicament doive être incriminé.
Ce qui complique étrangement l’étude des résultats éloignés d’un traitement au bicarbonate de soude, c’est que ces résultats ne dépendent pas simplement de l’action locale du médicament sur l’estomac, mais bien de son action sur tout l’organisme. Pour les prévoir, il ne suffit pas d’établir quel est le type de l’affection gastrique, il faut voir comment elle se relie à l’état du foie, du pancréas, de l’intestin, aux perturbations de la nutrition générale. C’est par l’observation de l’organisme tout entier que l’on s’expliquera comment, dans une même station, guérissent ou s’améliorent des malades très différents à un examen superficiel, des hypochlorhydriques et des bypercblorbydriques par exemple : c’est que leurs états gastriques sont des manifestations différentes d’une même cause première, et que la disparition de cette cause première entraîne la disparition de ses conséquences.
Je vais trouver immédiatement des preuves de cette proposition,
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en étudiant la station de Vichy, qui est le type le plus important des stations d’eaux bicarbonatées sodiques.
Les difîérentes sources de Vichy présentent très sensiblement la même teneur en principes fixes. Elles ne diffèrent que par leur température, variable de 14“ (Célestins) à 44° (Chomel), et par leur richesse en acide carbonique, d’autant. moindre que leur température
est plus élevée,
La proportion de bicarbonate de soude (CO^NaH) y varie entre 5 grammes et par litre ; celle des autres bicarbonates oscille autour de 1 gramme.
Le traitement consiste surtout dans la boisson de l’eau. La balnéation ne joue qu’un rôle accessoire.
Le premier effet ressenti par les buveurs d’eau est conforme à celui que permettent de prévoir les notions exposées plus haut sur l’action immédiate du bicarbonate de soude.
Les hypochlorhydriques éprouvent dès les premiers verres ingérés un mieux-être évident; l’appétit est accru, la dig-estion est plus facile; les hyperchlorhydriques ressentent fréquemment, et presque toujours quand le traitement est mal dirigé, une exagération de leurs malaises habituels. Il arrive même que des malades en traitement aux eaux alcalines pour tout autre chose que leur estomac, et qui n’ont jamais ressenti de malaises gastriques, éprouvent pour la première fois des symptômes passagers d’hyperchlorhydrie. J’ajoute que les eaux chaudes de Vichy provoquent souvent une constipation momentanée, due à une élaboration plus parfaite des aliments, et, consécutivement, à une diminution du volume des fèces. Cette constipation ne survit pas à la cure.
Telle est l’action immédiate. Reste à savoir quels sont les malades qui éprouveront de leur traitement une action favorable persistante, ceux, par conséquent, qui ont intérêt à s’y soumettre.
Je l’ai déjà dit : pour les dyspeptiques, ce n’est pas dans la proportion plus ou moins grande d’acide chlorhydrique du suc gastrique qu’il faut chercher l’indication ou la contre-indication de la cure. Chez les hypochlorhydriques et chez les hyperchlorhydriques, il peut y avoir des succès et ’ des échecs. Il faut rechercher si la cause première de la dyspepsie est modifiable par le traitement de Vichy.
Rechercher cette cause première, et, pour ce faire, procéder à un examen minutieux, non seulement de l’estomac, mais de tous les organes et de la nutrition générale, tel doit donc être le premier soin
d’un médecin qui veut diriger un dyspeptique sur une station thermale appropriée.
Cet examen permettra de distraire de la foule des sujets dyspeptiques tous ceux dont l’état gastrique est secondaire à un état du foie, de l’intestin, à une lésion cardiaque, pulmonaire, médullaire (tabes), à une maladie générale (chlorose, tuberculose, rhumatisme goutte, diabète, hystérie, etc.).
Dans le cortège important de ces dyspepsies secondaires, il nous est facile de désigner celles sur lesquelles le traitement de Vichy peut exercer une action particulièrement favorable.
Tout le monde connaît l’action élective des eaux de Vichy sur le foie et les voies biliaires. On peut constituer un premier groupe des dyspeptiques justiciables de Vichy avec les malades, dont les malaises gastriques ne sont que le retentissement sur l’estomac d’une lithiase biliaire franche ou larvée, d’une angiocholite légère, d’une simple cholémie. Qu’ils soient hyper ou hypochlorhydriques, que les phénomènes de motricité gastrique soient ou non insuffisants, que leur affection soit ou non douloureuse, de tels malades seront à peu près sûrement améliorés .
Les malades de cette classe paraîtront très nombreux, si l’on ne se contente pas de rechercher les grosses lésions des voies biliaires, et si on s’efforce de dépister tous les petits signes de la cholémie que Gilbert et Lereboullet ont récemment soigneusement étudiés, en en montrant l’extrême fréquence.
Les troubles digestifs prémonitoires des cirrhoses, ou qui accompagnent les cirrhoses confirmées, sont en général justiciables de la cure de Vichy, bien qu’ils puissent présenter des types chimiques opposés, l’hyperchlorhydrie étant la règle dans les cirrhoses canaliculaires, et l’hypochlorhydrie se montrant au contraire plus fréquente dans les cirrhoses veineuses. J’ajoute qu’il est d’autant plus utile, en pareil cas, de déceler la cause des troubles gastriques, qu’un traitement approprié peut, à cette phase de la cirrhose, en enrayer l’évolution et en réaliser la guérison clinique, guérison tout à fait exceptionnelle à une période plus avancée de la maladie.
La dyspepsie des gros mangeurs, les troubles gastriques des alcooliques, qui s’allient toujours à un certain degré de congestion hépatique, sont justiciables de Vichy.
Il en est de même des troubles de l’estomac liés à la « pléthore abdominale », symptôme hépatique par excellence, conséquence d’une circulation difficile dans la veine porte, et qui est un des
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éléments du syndrome de l’hypertension portale de Gilbert.
Il en est encore de même des affections gastriques qui ont retenti secondairement sur le foie, quand le trouble hépatique prend une certaine importance.
D’autres groupes sont constitués par les affections gastriques symptomatiques d’une maladie de la nutrition justiciable de Vichy ; uricémie, goutte, polysarcie, diabète... L’action de l’eau minérale sera d’autant plus efficace qu’elle s’exercera à la fois sur la manifestation o-astrique et sur le trouble de la nutrition générale.
Le groupe des dyspeptiques, pour lesquels le trouble de fonctionnement gastrique semble résumer toute la maladie, se restreint d’autant plus que l’on met plus de soin à relever tous les symptômes connexes à la dyspepsie. Toutefois le domaine de ce que Mathieu désigne sous le nom de dyspepsie nervo-motrice reste assez vaste. Il faut faire dans ce groupe, au point de vue des indications de la cure de Vichy, une importante coupure. Chez certains sujets, le trouble gastrique est sous la dépendance évidente et exclusive de troubles primitifs du système nerveux ; il s’agit de ces dyspeptiques, dont je parlais au début de cet article, qui peuvent guérir partout où ils trouvent l’oubli de leurs soucis habituels, de la distraction, du grand air, de l’hydrothérapie. L’eau de Vichy ayant sur les troubles gastriques une influence favorable, ils guérissent peut-être un peu plus vite à Vichy qu’ailleurs, mais voilà tout. Le second groupe est constitué par les malades dont l’état nerveux paraît plutôt secondaire à l’affection gastrique. L’indication de Vichy sera alors plus nette : si la dyspepsie est du type hypochlorhydrique, l’amélioration sera immédiate ; elle sera plus lente à réaliser et ne sera parfois obtenue qu’après une phase d’excitation des malaises, si elle est du typehyperchlorhydrique, mais l’amélioration obtenue sera souvent plus stable.
Passons maintenant aux lésions organiques de l’estomac.
Rien ne nous autorise a penser qu’une eau minérale, quelle qu’elle soit, ait la propriété de modifier les lésions d’une gastrite. Il faudrait, pour l’affirmer, avoir pu examiner une muqueuse avant et après le traitement. Si l’on admet, avec Hayem, que toutes les altérations du chimisme ne sont que la traduction fonctionnelle d’une gastrite véritable, il faut de toute nécessité admettre aussi que l’état structural de la muqueuse peut se modifier par le traitement de Vichy, puisque les améliorations de la sécrétion sous l’influence de ce traitement sont incontestables. Les gastrites muqueuse et interstitielle de cet auteur seraient plus facilement modifiables que la gastrite hyperpeptique ;
car il est beaucoup plus fréquent de constater à la fin d’une cure uae excitation de la sécrétion chlorhydropeptique chez un hypochlorhydrique qu’une diminution de cette sécrétion chez un hyperchlorhydrique. Chez ces derniers, la guérison clinique coïncide fréquemment avec la persistance de l’hyperchlorhydrie, c’est-à-dire, d’après Hayem, de la gastrite.
Mais il est difficile de penser que des glandes en voie de destruction, et à plus forte raison des glandes détruites, puissent se régénérer sous l’influence d’une eau minérale. Il est plus probable que, dans les gastrites s’accompagnant de dégénérescence glandulaire, dans les gastrites au sens ancien du terme, le traitement de Vichy agit en exaltant les fonctions des glandes restées saines, en améliorant peutêtre celles des glandes altérées, et en enrayant, par l’activité plus grande donnée au fonctionnement cellulaire normal, les progrès de la dégénérescence.
Ce qu’il y a de certain, c’est que, dans les premières phases d’une gastrite, on peut obtenir une amélioration remarquable et durable du fonctionnement de l’estomac et un arrêt du processus. Bien entendu, plus le processus gastritique sera avancé, moins il y aura à espérer du traitement.
Il est impossible de parler en bloc de l’action de l’eau de Vichy sur les dilatations. On sait combien, sous ce terme trop compréhensif, se groupent d’affections différentes. Je dois dire un mot de chacune d’elles.
Hayem a démontré que beaucoup de prétendues dilatations n’étaient que la traduction symptomatique d’un trouble évolutif de la sécrétion. L’estomac ne se vidant que quand la période sécrétoire est terminée, si celle-ci se prolonge, le séjour des aliments dans l’estomac est lui-même prolongé, et un certain degré de dilatation en peut résulter. Comme c’est l’acide chlorhydrique qui, au contact des parois duodénales, provoque le spasme occlusif du pylore (Hirsch, Marbaix), c’est dans l’hyperchlorhydrie que ce spasme est le plus persistant. A. Robin le considère comme la cause la plus fréquente des dilatations.
Dans ce cas, la dilatation n’est qu’un trouble fonctionnel, qui ne peut par lui- même fournir une indication pour la prescription d’une cure thermale, et qui est appelé à disparaître avec l’affection dont il est un symptôme. Comme, chez les hyperchlorhydriques cliniquement guéris, l’analyse décèle en général la même teneur de leur suc gastrique en acide chlorhydrique qu’au moment de leurs plus forts malaises.
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Hayem admet que c’est précisément en limitant la durée du séjour (ju chyme dans l’estomac que les eaux minérales agissent favorablement. Quant à cette limitation, elle s’obtient par l’exaltation des propriétés de défense du duodénum contre l’acidité gastrique, c’est-àdire par un accroissement d’activité des sécrétions saturantes, hépatique et duodénale.
La dilatation atonique de l’estomac est assez rare. Mathieu a établi expérimentalement que le bicarbonate de soude est un excitant de la musculature gastrique, et, de fait, il semble bien que l’eau de Vichy peut améliorer, dans le cas d’atonie, les phénomènes moteurs. Toutefois son action s’exerce moins nettement que sur les dilatations liées aux troubles de la sécrétion.
Les sténoses anatomiques du pylore, qui sont la cause principale des grandes dilatations, qu’elles soient intrinsèques (tumeurs, cicatrices d’ulcère, linite plastique) ou extrinsèques (brides péritonéales), n’ont évidemment rien à gagner à un traitement thermal. Si, dans de tels cas, on constate des améliorations, c’est qu’un élément spasmodique aggrave presque toujours la structure anatomique, et c’est sur cet élément spasmodique que peut agir l’eau minérale.
Les ulcères de l’estomac doivent-ils être envoyés à Vichy ? S’il s’agit d’un ulcère en activité, avec menaces d’hématémèses, il vaut mieux s’abstenir. Il faut se rappeler que la cure de Vichy, même le plus prudemment conduite, risque de provoquer une exagération momentanée d’une sécrétion gastrique déjà excessive. Dans le cas d’un ulcère torpide, si le sujet est par l'état de sa nutrition générale justiciable de Vichy ^ on peut espérer un résultat, mais le traitement devra être surveillé de très près.
Il est à peine utile de dire que la cure de Vichy est contre-indiquée chez les cancéreux. Comme hypochlorhydriques, ils éprouvent le plus souvent une excitation sécrétoire lég’ère, un retour de l’appétit, une amélioration momentanée de leur digestion et, par contre-coup, de leur état général. Assez souvent ils augmentent de poids. Mais ce bien-être de quelques jours est souvent payé d’une accélération ultérieure de la marche de l’affection.
Ce n’est pas ici le lieu de parler de l’organisation du traitement hydrominéral des gastropathes à Vichy. C’est une question qui n intéresse que le médecin de la station. Il a pour agent à peu près exclusif les sources chaudes. Les doses sont variables. La concentration de 1 eau de Vichy permet de réaliser des traitements actifs, en ne faisant absorber que des quantités très modérées de liquide. Cette possibilité
est précieuse. Est-elle achetée, comme on le redoute parfois, au prix d’une activité excessive, pouvant même devenir, en certaines circonstances, dangereuse ? Cette crainte est enfantine. Avec le médicament le plus actif, on peut réaliser la plus prudente et la moins perturbatrice des médications. C’est une question de dose et d’opportunité thérapeutique. Qui songerait à rejeter l’emploi de la digitaline, de la morphine à cause de leur toxicité? Ce sont pourtant substances autrement dangereuses que l’eau de Vichy!
J’ai insisté longuement sur Vichy, non seulement parce que c’est la plus importante des stations qui reçoivent les malades atteints de maladies de l’estomac, mais parce que, la connaissant mieux, il m’a été plus facile d’exposer à son sujet des notions générales qui me permettront de parler plus hrièvement des autres stations.
Les eaux de Vals diffèrent des eaux de Vichy par leur température ; elles sont toutes froides. Elles sont remarquables par la grande variété de leur minéralisation. La teneur en bicarbonate de soude varie de (source Saint- Jean) à 7e>',3 (source Magdeleine). Cette dernière renferme près de 9 grammes de bicarbonates divers. Les indications des eaux de Vais dans les affections de l’estomac sont à peu près les mêmes que celles de Vichy. L’absence d’eaux thermales est une infériorité réelle, surtout pour le traitement des gastropathies à type hyperchlorhydrique et des gastropathies liées à un fonctionnement défectueux du foie ou des voies biliaires. Par contre, les eaux de Vais, par leur température basse à la source, par leur richesse en acide carbonique et la variété de leur composition, se prêtent plus que toutes autres au traitement à domicile.
Neubnahr (Prusse Rhénane) est la seule station allemande qui possède des eaux bicarbonatées sodiques chaudes. La température des sources y varie de 24 à 40°. La proportion de bicarbonate de soude y est peu élevée (1 gramme par litre environ). Les indications sont
les mêmes que celles de Vichy. C’est un Vichy atténué.
Je citerai encore, parmi les eaux alcalines étrangères, celles de Bilin. en Bohême. Froides avec 3s%3 p. 1000 de bicarbonate de soude,, elles se rapprochent des eaux de Vais. Elles sont faiblement laxatives. Les eaux thermales de Borjom (Caucase), avec leurs 5 grammes de bicarbonate de soude, sont au contraire plus comparables à celles de Vichy. Les eaux de Pachingen (Prusse) avec de bicarbonate de soude ne servent qu’à l’exportation.
Eaux bicarbonatées calciques. — Nous manquons de données expérimentales pour décrire une différence entre l’action des eaux
EAUX CHLORURÉES.
bicarbonatées sodiques et celle des bicarbonatées calciques. Elle est vraisemblablement très analogue, mais le sel de chaux a une action plus sédative, La seule station française de quelque importance, dans ce groupe, est Fougues. La principale source renferme 2s'',4 environ de bicarbonates terreux avec moins de 1 gramme de bicarbonates alcalins. Elle est froide et gazeuse. Elle est donc plus excitante que sédative de la sécrétion gastrique et convient plutôt aux hypochlorbydriques. Pour éviter son action excitante chez les hyperchlorhydriques, on fait parfois, à la source même, chauffer l’eau au bain-marie.
Les autres eaux bicarbonatées calciques, Saint-Galmier, Saint- Alban, sont plutôt des eaux de table.
C’est parmi les eaux bicarbonatées calciques que se rangent les eaux potables ordinaires de rivière et de source. L’eau d’ÉviAN n’en diffère que par la facilité avec laquelle elle est absorbée et éliminée. Cette facilité permet de réaliser dans d’excellentes conditions le lavage de l’organisme en général et de l’appareil urinaire en particulier, lavage très utile dans la goutte, lagravelle urinaire, les affections vésicales. Au point de vue de l’estomac, on ne peut demander qu’une chose à la cure d’Évian, c’est de ne pas le surmener par l’ing-estion quotidienne de doses d’eau excessives. Son action sur le foie est douteuse, et à coup sûr insuffisante dans tous les cas où les fonctions del’organe sont sérieusement altérées. L’indiff“érence de l’eau d’Évian en fait au contraire une eau de table très recommandable pour les hyperchlorhydriques, dont l’estomac supporte mal l’excitation produite par les eaux alcalines fortes.
IL — EAUX CHLORURÉES.
L’action du sel marin sur la digestion a donné lieu aux mêmes controverses que l’action du bicarbonate de soude (1). Comme cette dernière, elle est complexe, et il est indispensable, pour la bien comprendre, de la dissocier en ses éléments. Les auteurs quiont voulu 1 étudier en bloc ont obtenu des résultats contradictoires, si bien que, par les uns (Rabuteau, Ogato, Munk et Ewald, Vincent) le sel est considéré comme excitant, par les autres (Herzen, Leresche, Reichmann, Pawlow, Wolff) comme modérateur de la sécrétion gastrique.
Or il peut être en réalité l’un ou l’autre, suivant la manière dont il est
administré.
^ (t) G. Linossier, Action du chlorure de sodium sur la digestion gastrique dans les diverses formes de dyspepsies [Société de biologie, 16 janvier 1904).
Il faut tout d’abord établir une distinction entre l’action immédiate
du sel et son action éloignée.
Malgré les expériences anciennes de Rabuteau, on peut admettre que l’action immédiate du sel mis en contact avec la muqueuse gastrique se traduit par une diminution de l’acidité chlorhydrique du suc sécrété. Les recherches d’Herzen, Leresche, Reichmann, Girard Hayem, les miennes propres ne laissent aucun doute à cet égard. Par quel mécanisme se produit cette action ? On peut en invoquer deux : une inhibition sécrétoire et la saturation par une sécrétion alcaline de l’acide chlorhydrique normalement sécrété.
L’inhibition sécrétoire est ])ossible ; elle est même probable ; mais elle n’est pas prouvée ; la sécrétion de mucus alcalin sous l’influence de l’ingestion de chlorures est, au contraire, un fait bien établi.
L’action du sel en tant qu’agent de chloruration de l’organisme est au contraire excitante de la sécrétion stomacale. La suppression du sel de l’alimentation peut provoquer une réduction notable et même la disparition de l’acide chlorhydrique dans le suc gastrique (Cahn, Pavlow, Dastre et Frouin, Vincent). Par contre, llntroduction du sel dans l’organisme, en évitant son contact direct avec la muqueuse gastrique, sous forme de lavements salés par exemple (Girard), augmente nettement la sécrétion chlorhydrique. 11 en est de même d’un traitement prolongé au chlorure de sodium (Hayem). C’est le cas d’une cure aux eaux. salines. Aussi ces eaux sont-elles réservées en général aux dyspeptiques avec insuffisance de la sécrétion, bien que Dopper et Von Noorden les considèrent comme pouvant être utiles même dans les cas d’hyperchlorhydrie.
Ce que j 'ai dit de l’action des eaux alcalines permet de considérer comme vraisemblable la possibilité de cette action paradoxale en apparence. Les dyspepsies développées chez les sujets dont la nutrition générale relève de la médication saline (lymphatiques, scrofuleux) peuvent s’améliorer aux eaux chlorurées, quel que soit leur type chimique. Il n’en est pas moins vrai que ces eaux sont surtout efficaces dans les dyspepsies par insuffisance.: Elles agissent beaucoup moins sur les sécrétions hépatique et pancréatique que les eaux alcalines et sulfatées. Elles ont, par contre, une action favorable sur le fonctionnement de l’intestin. D’après Boas, on nedoitadresser aux eaux chlorurées sodiques ni les dilatés, ni les dyspeptiques nerveux.
La richesse de la France en eaux alcalines chaudes et froides, plus actives, fait qu'aucune station chlorurée simple ne réclame les gastropathes. D ailleurs nos stations chlorurées sodiques les plus réputées
EAUX CHLORURÉES.
ont en général des eaux trop concentrées pour l’usage interne, et sont plus particulièrement des stations balnéaires . Les bains de Salins, de Salibs-db-Béarn, de Biarritz pourront être conseillés dans certaines dyspepsies d’origine utérine.
Il n’en est pas de même en Allemagne, où les seules eaux alcalines chaudes sont les eaux peu minéralisées de Neuenahr. La plupart des stations chlorurées inscrivent les affections de l’estomac parmi leurs indications. L’action excito-sécrétoire en est d’autant plus nette qu’elles renferment souvent une forte quantité d’acide carbonique et de faibles doses de bicarbonates. Je ne cite que les principales :
Les eaux chaudes de Baden-Baden ne contiennent pas plus de 2 grammes de chlorures par litre. Les cliniciens allemands les réservent aux malades atteints d’insuffisance gastrique légère, de dyspepsie nervo-motrice peu accentuée, et à ceux que, pour une raison quelconque, on n’ose pas diriger vers des eaux plus actives.
L’eau froide de Niederbronn (Alsace), avec 3 grammes de chlorure de sodium et 1 gramme de chlorures alcalino-terreux, l’eau chaude de Wiesbaden avec 7 p, 1000 de chlorure de sodium, les sources chaudes et froides de Nauheim avec 14 grammes de chlorure de sodium sont aussi conseillées aux gastropathes par insuffisance. Dans cette dernière station, on utilise surtout, quand il s’agit d’agir sur l’estomac, l’eau très gazeuse et légèrement bicarbonatée de ScHWALEiM (ls’’,3 de chlorure de sodium avec 1 gramme de bicarbonates terreux).
Les eaux froides de Hombourg ont, au point de vue du traitement des gastropathies, une réputation plus étendue. Leur activité plus grande est liée sans doute à l’association au chlorure de sodium (10 grammes par litre) d’une quantité non négligeable de bicarbonates terreux, et d’une forte proportion d’acide carbonique. On y adresse surtout des sujets atteints d’atonie gastro-intestinale, avec constipation, pléthore abdominale, surtout quand ces affections se sont développées sur un terrain lymphatique. Mais c’est surtout leau froide de Kissingen, avec ses 5 grammes de chlorure de sodium, ls'^,5 de bicarbonates terreux, et sa richesse en acide carbonique, qui réalise, en Allemagne, les indications de la médication chlorurée dans les maladies de l’estomac.
Je citerai en terminant comme présentant des indications analogues, la station de Montecatini, près de Florence.